Garlin. 28 juillet. Les trois novilleros a hombros.

Une demi-arène, nuages et quelques éclairs de soleil, température chaude et humide, deux heures trente de spectacle.

Quatre novillos de La Reina (1°, 2°, 3° et 4°), deux El Tajo (5°, remplacé par un Roland Durand, et 6°). Tous deux piques, le dernier, un seul châtiment, généralement toréables à la muleta, à l’exception du deuxième. Tous de gabarit et d’armures sans excès, le dernier, mieux fait.

  • Angel Jimenez (rose et or), au premier, une entière foudroyante, deux oreilles ; au quatrième, deux pinchazos, un quart de lame, deux descabellos, avis, silence.
  • Dorian Canton (rouge et or), au deuxième, deux pinchazos, une entière, silence ; au cinquième, un pinchazo, une entière, deux oreilles.
  • Alejandro Mora (beige diaphane et or), au troisième, un pinchazo et une entière, une oreille ; au dernier, une entière, un descabellos, avis, deux oreilles.

Avec trois oreilles en poche, Alejandro Mora n’a pas manqué sa présentation en France, dans les arènes de Garlin, face à des novillos de Joselito. Une novillada bien présentée, «entretenida» de bout en bout, peut être un peu «surpayée» mais totalement récompensée dans le sens de la course. Seule restriction, un peu plus d’agressivité chez les novillos aurait fait de cette journée un grand moment taurin.

Parmi les invités, Juan Mora, venut appuyer son neveu Alejandro, et Luis Vilches, toujours aussi grand et énigmatique, venu accompagner Angel Jimenez. Et pour terminer une très belle sortie en triomphe des trois novilleros. Garlin n’a pas failli à sa tradition.

Angel Jimenez, qui revenait sur le succès conquis avec deux oreilles face au Pedraza en avril dernier, arrivait détendu. Bien à la cape, il fut, avec «Duque», impérial sur les deux mains. Il signait quelques naturelles d’école, rien à lui reprocher dans cette aisance parfaite. Par contre ce fut plus compliqué pour son retour… Un brindis à Juan Mora, puis une série de châtiment, genoux à terre avec de longs et interminable derechazos. Il dominait à la perfection son adversaire,  mais son échec à l’épée l’empêcha de faire mieux.

Dorian Canton, qui commençait son marathon taurin, ne fut pas favorisé par le sort. Son premier, un La Reina nommé « Cerillero », lui permit de démontrer son courage à la cape, mais après une jolie série à droite, s’étouffa dès les premières naturelles. Dorian fut obligé d’en terminer rapidement. Il pouvait espérer dans le Tajo sortie en cinquième position et renvoyé aussitôt au corral, invalide de la patte arrière gauche. Il eut donc affaire à un Roland Durand, « Lagastero ». Il se plaça au centre de la piste pour toréer, ou plutôt arracher, une à une les passes à cet animal qui ne voulait pas répéter. A gauche on avait l’impression que le garçon avait un tire-bouchon pour avancer dans sa faena. Dorian Canton avait compris que s’il voulait triompher il fallait s’accrocher, et dur ! Il le fit et fut payé de ses efforts.

Alejandro Mora se présentait en France… «Mora» vous avez bien lu, le neveu de Juan, le faux gitan de Caceres qui nous a fait rêver et que nous avions désigné comme le successeur de Rafael de Paula à la cape ! Juan Mora en polo et jeans était le matin au sortéo. Pour la course il était dans un élégant costume trois pièces, dans les bleus et cravaté au plus juste. Bon sang ne saurait mentir, dès la première rencontre, Mora, le neveu, fut dominateur avec quelques gestes et attitudes qui nous rappelaient le tonton. Par la suite il témoignait beaucoup d’élégance à gauche. Malheureusement désarmé, ce fut tout de même une bonne faena d’ensemble. Il franchit un cran avec le dernier La Reina et nous fit rêver avec cette muleta qui tombait de façon nonchalante, et ces muletazos interminables avec une muleta caressant le sable. Sur la main gauche il fallait se battre. Alejandro l’emporta, aidé par quelques subtils changements de mains. Du grand art qui nous ramenait deux décennies en arrière… Mais attention Juan Mora nous l’a confié, : « Je n’apprend rien a mon neveu. Je l’aide seulement à améliorer ses meilleurs gestes ». Alejandro Mora… affaire à suivre. Il y avait à Garlin, un novillero débordant de talent, même si le public l’a aidé à couper sa deuxième oreille au dernier.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Reportage photos : Romain Tastet.