Saint Vincent de Tyrosse. 22 juillet. Oreille pour Robleño et Lamelas.

L’empresa Audaz Productions avait programmé un duel ganadero pour sa traditionnelle corrida.

Deux fers de légende, l’un espagnol, Miura, l’autre portugais, Palha, s’affrontaient dans la placita landaise, duel arbitré par trois toreros dont deux rompus à l’exercice, Fernando Robleño et Alberto Lamelas, le troisième, Arturo Macias, venu de ses terres aztèques pour la circonstance.

Fernando Robleño prit en charge un premier Palha à la charge incertaine qui prit trois piques, puis qui s’avéra compliqué dans la muleta du madrilène qui eut le mérite de faire face avec fermeté. Silence après un final difficile avec les aciers. Robleño sut ensuite mettre progressivement le Miura dans son capote avant de le faire piquer, puis lui servit une faena puissante et de bon goût, profonde par moments, et conclue d’une bonne lame au second assaut. Oreille.

Arturo Macias, d’Aguascalientes, se montra élégant lors de la réception de son Palha par véroniques, puis après deux puyazos, laissa des muletazos méritants avant de conclure d’un estoconazo. Vuelta après une pétition que le palco ne valida pas. Le Miura sorti avec le dossard n° 5 fut un bicho compliqué et exigeant. Le mexicain sut le mettre dans son capote avant de le mener au cheval, puis essaya d’en tirer parti muleta en mains, exercice difficile avant une mise à mort avec bousculade à la clé, heureusement sans conséquences. Palmas.

Alberto Lamelas reçut a porta gayola le Palha sorti en troisième position. Il en fut quite pour un varetazo à la fesse, ce qui ne l’empêcha pas de poursuivre par deux largas cambiadas de rodillas près des planches, se relevant ensuite pour une série de véroniques. La faena qui suivit fut de correcte facture bien que lle Palha ne rende pas le trasteo facile. Ovation. Le sixième, de Miura, fut un autre toro exigeant et dangereux. Le garçon se montra ferme et volontaire, signant des muletazos méritants et subissant une voltereta dont il se sortit sans mal. L’estoconazo final lui permit de recevoir une oreille.

Photos : Emilio Mendez.

Rendons d’abord hommage à Baptiste Bordes à qui revient les deux moments les plus émouvants de cette après-midi. Deux écarts face au Palha (sorti en second) et au dernier Miura impressionnants pour la prise de risque et la vista du torero landais. C’est une bonne idée que d’avoir mêlé tauromachie espagnole et landaise. A condition, bien sûr, qu’elle reste exceptionnelle. Baptiste a fait honneur à la grande tradition landaise faite d’habileté, mais surtout de courage. (corrida.si)

Le point de vue de François Gellez, l’un des organisateurs.

LES LÉGENDES NE MEURENT JAMAIS.

Au lendemain de notre corrida tyrossaise, le sentiment du devoir accompli en tant que membre de l’organisation est pour moi la promesse d’une nuit plus calme et moins tourmentée que ces dernières semaines.

Ensuite, pour l’aficionado que je suis ( et forcément pas objectif), cette corrida me fait regretter les premières courses que j ai vues avec mon œil peu connaisseur de jeune adulte. Ma passion pour les Toros a fait qu’au fil des années, en voulant comprendre, décortiquer, analyser, j’ai peut être oublié de me laisser porter par le seul jugement qui compte finalement: mes émotions. L’art est la chose qui nous différencie des autres espèces car on est les seuls à pouvoir rire, pleurer, frissonner devant un tableau, un film ou un muletazo. Aussi, plutôt que de faire un résumé factuel de la course que je ne saurais faire, je partage avec vous ce que j’ai ressenti hier dans mes arènes.

Je ne le cache pas, je suis amoureux de MIURA depuis le jour où mon père, il y a 20 ans, m’a mis entre les mains le livre « MIURA » du TIO PEPE. C’est ma bible, j’aime le mystère de ces Toros et la classe discrète de cette famille. Alors, hier, en voyant toréer Fernando ROBLEÑO avec tant de classe, de douceur et de courage ce toro 8 qui m’avait enchanté au campo en janvier, j’ai repensé à ESPADEÑO. ESPADEÑO est le toro de ma vie, un cardeno de MIURA sorti à Fenouillet en 2003, tué par MECA, à une époque où l’indulto n’était pas à la mode, mais qui aurait dû revoir Zahariche, tellement il fut brave, encasté et noble. Ce toro 8 n’était pas ESPADEÑO, mais ce fut un noble toro, que Fernando sut écouter, attendre et comprendre pour lui faire une faena intense, passe par passe,dans les pitons et en tombant la main. C’était beau et c’était fort. Je n’ai vu que El FUNDI toréer un MIURA de la sorte, c’était en Arles en 2008, et après avoir vu ça hier, je me dis que Fernando ROBLEÑO mériterait la même estime qu’ El FUNDI dans le cœur des aficionados, et la même place dans les ferias qui comptent.

3 MIURA, les 3 facettes classiques de cette ganaderia. Un noble, le 8, un toro impossible, le castaño 50, qui depuis sa montée dans le camion, avait comme seule obsession de tout casser ( feu les portes des corrales de Dax et les burladeros de Tyrosse en sont la preuve) au point qu’il s’en détruit une corne, et un cardeno 86 qui voulait vendre chèrement ses oreilles mais à la loyale. Alberto LAMELAS n’est pas MORANTE, mais il possède une vertu rare : l’altruisme. Il veut tout donner au public, au Toro, même son sang si nécessaire et sa faena d’oreille a ce Toro 86 est de ces trophées qui font du bruit dans le mundillo. Une faena d’égal à égal, où le MIURA a finalement rendu les armes en se soumettant à la muleta de l’Andalou, mais à quel prix! Ceux qui disent que les MIURA sont finis, décastés, faibles demanderont aux 3 maestros d’hier ce qu’ils en pensent…
La légende de MIURA va continuer et j’en suis heureux.

Je ne connaissais que peu Arturo MACIAS,et malheureusement les Toros qu’il a touchés hier n’ont pas permis d’en savoir plus, la faute a un PALHA très arrêté, et le MIURA 50 hyper violent.Par contre, son coup d’épée au PALHA, foudroyant, est un des plus grands estoconazos que j’ai vus ces dernières années. Un volapié incroyable de précision et de lenteur qui a alimenté les discussions d après course. Oreille ou pas, le débat était lancé, mais dieu que ce fut beau.

Je suis déçu pour Joao et Joaquin, le vieux mayoral, mais PALHA n’a pas connu la même fortune. Joaquin avait les yeux de Chimene pour le berrendo 799 de la lignée IBAN, qui n’est jamais sorti, estropié par ses frères dans les corrales. Les 2 autres ont manqué de cette chispa qui fait la réputation des PALHA, même si Alberto LAMELAS aurait coupé une oreille au cinqueño troisième très ( trop?) piqué.

Enfin, quel écart de catégorie de Baptiste BORDES au PALHA sortir second! Il a lancé la course par une prise de risque maximale. Écarter 2 Toros est un exploit, mais un MIURA et un PALHA, chapeau bas.

Je ne sais ce que les gens retiendront de cette course mais je suis sûr que chacun, à un ou plusieurs moments, a ressenti le frisson de peur,d’admiration ou de joie qui fait les beaux après-midis. 

2/3 d’arène, un public attentif et intelligent.

C’était un jour spécial pour moi, mais je sais qu’il aurait été fier de ces Toros et de ces Maestros dans ses arènes qu’il chérissait tant…

San Vicente de Tyrosse, 22.jul.2018 from Suerte Matador TV on Vimeo.