La Brède. 23 juin (tarde). Le triomphe inspiré de Luque.

La Brède (33). Arènes très bien remplies, soleil, chaleur et un peu de vent, deux heures trente de spectacle.

Six toros de Fuente Ymbro, bien présentés pour une arène portative, aux armures diverses mais correctes. Tous une pique sauf le dernier deux châtiments, acceptés avec une belle bravoure d’ensemble. Vuelta posthume au troisième. A la muleta toréables, sans jamais un coup de tête, parfois lents à charger.

  • Daniel Luque (moutarde et or souligné de noir), au premier, une entière, silence ; au quatrième, une entière, deux oreilles.
  • Tomás Campos (havane funèbre et or), au deuxième, un quart de lame, un descabello, silence ; au cinquième, un pinchazo, une entière, un descabello, avis, silence.
  • Jesus Enrique Colombo (blanc et or), au troisième, une entière, deux oreilles et vuelta au toro, deux oreilles ; au dernier une entière, une oreille.

Daniel Luque remporte le premier trophée Alain Briscadieu, en mémoire de celui qui a créé les toros à La Brède. Un trophée remis par son fils, Antoine Briscadieu, un trophée qui a jailli au cours d’une magnifique faena où le torero a repoussé les limites de ce que peut être une excellente faena. La Brède a vécu un long moment sur un nuage. Une faena qui fera date.

Daniel Luque n’avait guère eu de chance avec son premier adversaire, un toro qui finit soso après avoir été fuyard. Ce ne furent pas les cinq à six grandes véroniques d’accueil qui modifièrent le comportement de l’animal. Quelques belles séries au départ et des naturelles pour tenter de retenir le fuyard. Pas grand-chose à démontrer et à voir.

Par contre on sentait la volonté et la rage de vaincre dans les première statuaires servies à «Pardillo». Puis ce fut cette muleta qui tombait d’un corps relâché, une certaine négligence parfaitement maîtrisée… Ces moments donnèrent le top départ d’une faena très lente… tellement lente qu’elle paraissait manquer de rythme. Il sollicitait le toro avec douceur. Puis soudainement activa la rencontre avant de la replacer dans cette quiétude naturelle… au point que Daniel Luque vint, d’un geste amoureux et lent, caresser la tête du Fuente Ymbro. Un grand moment qui succédait à d’autres. Daniel Luque, tel un magicien, extirpait des passes venues d’un monde irréel… deux oreilles. Le contrat d’amour avec son public était honoré.

Tomas Campos est apparu comme absent, perdu dans ces «arènes du nord», même soutenu par la présence de son ami Diego Urdiales, l’âme n’y était pas. Devant sont premier toro il connaît un moment de grâce sur la main gauche, mais cela ne dure pas et il revient dans un enchaînement de droitières sans la même profondeur. Par la suite face à un ennemi le plus dangereusement armé du lot, il se laisse balader dans sa faena où il ne maîtrise rien. Toutefois il est torero et signe de beaux moments esthétiques.

Jésus Enrique Colombo, c’est la jeunesse qui veut tout bouffer. Avec son premier toro, le troisième de la course, le vénézuelien réveille la tarde qui s’assoupissait, un grand tercio de cape, puis un moment sportif mais très alluré aux  banderilles. Il enflamme les arènes. Sa faena débute dans un univers de douceur… et progressivement il accélère le rythme sur la main droite. Il vient à gauche, mais retient les charges pour se livrer à un toreo très varié. Son adversaire est un grand toro, et lui, domine. Le coup d’épée, même bas, est sans appel. Il ne retrouvera pas le même rythme pour terminer la course. Il est un peu moins sûr avec les banderilles, mais par contre il est inégalable dans les changements de main. Il se retirera après quelques naturelles.

Une course où la fougue de Colombo n’a pas bousculé la maîtrise de Luque mais une sortie commune en triomphe.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.