Jerez de la Frontera. 11 mai. Roca Rey triomphe et séduit… quatre oreilles et une queue !

Arènes quasi combles, soleil et fond de fraîcheur, deux heures ving d’un spectacle commencé avec trois minutes de retard.

Six toros de Nuñez del Cuvillo, bien présentés de 505 à 475 kilos, tous une pique, le troisième applaudi à l’arrastre, le quatrième renverse le cheval. Lot astifino dans l’ensemble, très mobile, agressif et rapide, mais sans jamais un coup de tête. Parfaitement toréable à condition de bien dominer son métier.

  • Julian Lopez « El Juli » (nazareño et azabache), au premier, une entière basse et un descabello, une oreille ; au quatrième, trois-quarts de lame et cinq descabellos, salut.
  • Alejandro Talavante (noir et or), au deuxième, trois-quarts de lame, silence ; au cinquième, un mete y saca et une entière, silence.
  • Andrès Roca Rey (bordeaux et or), au troisième, une entière, deux oreilles ; au dernier, une entière foudroyante, deux oreilles et la queue.

Dans les arènes de Jerez de la Frontera, Andrès Roca Rey a affirmé, une nouvelle fois, sa suprématie sur quelques figures vieillissantes du mundillo. Il aimerait avec de gros moyens faire disparaître ses deux compagnons de cartel… et deux d’autant plus facilement que vendredi El juli est apparu en nettement en-dessous de sa réputation et que Talavante traversait une évidente méforme. Mais la route est encore longue avant que le Péruvien puisse s’affrmer numéro un.

Julian Lopez «El Juli» ouvrait la tarde par un tercio de cape composé essentiellement de chicuelinas très spectaculaires. Un brindis au public et il ouvre sur une tauromachie très classique sur les deux mains, avec beaucoup de lenteur et une muleta toujours très basse. Un moment qui a été précédé par quelques passes de châtiment. Viendront ensuite, quelques naturelles parfaites. Tout est parfait mais manque sûrement de cœur.  Il affirme la même volonté pour sa seconde sortie avec des séries à droite enjolivées de quelques trincheras. Malheureusement le toro s’éteint vite. Il tente alors une série les pieds rivés au sol en allant d’une main sur l’autre. Mais rien ne pourra mettre en valeur ce toro sans classe.

Le Juli ne fut que l’ombre de lui-même.

Alejandro Talavante, lui aussi, n’a fait que passer. Difficile de comprendre pourquoi il n’a jamais pris la mesure de ses deux adversaires. Techniquement il dominait mais ne pouvait insuffler l’élan nécessaire à une véritable faena. On retiendra beaucoup de lenteur, une muleta généralement très basse, mais jamais un accord de rythme. Il avait bien promis de se rattraper lors de sa seconde sortie, mais après avoir été très morne à la cape et désarmé à la muleta, le garçon, comme vexé, allait rapidement chercher l’acier.

Andrés Roca Rey s’est promené, par deux fois, comme sur un nuage. A la cape, il signe de spectaculaires chicuelinas et, après un brindis au public, se lance dans une tauromachie sur les deux mains où le beau rencontre le bon goût. Des naturelles parfaites, des pechos spectaculaires, des ronds complets sur la gauche où il reprend son souffle avec des trincheras. Deux oreilles à l’arrivée. Lorsqu’il revient pour en terminer avec la tarde c’est la même partition, avec un léger décalage… mais toujours beaucoup de rythme, de sensibilité et une grande douceur. Roca Rey semble dans une troisième dimension… celle jamais atteinte de la perfection… deux oreilles et une queue. Nous avons atteint des sommets taurins, bien plus haut que les plus hauts du Pérou qui ouvrent la porte du rêve aux aficionados. Merci Andrès !

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.