Séville. 22 avril. Deux oreilles pour Pepe Moral. Mais que sont les Miura devenus ?

La Feria de Abril s’est achevée hier par la traditionnelle corrida de Miura.

L’arrivée du nouveau siècle vit la disparition du « lunes de resaca » à Séville, ce fameux lundi qui mettait fin à la Feria de Abril par la célébration d’une corrida du fer de Maria Luisa Dominguez y Perez de Vargas hélas aujourd’hui disparu. Beaucoup de tardes inoubliables grâce à ces Pedrajas qui obtinrent souvent le prix du meilleur lot de toros de la Feria de Abril.

Actuellement, ce sont les Miura qui mettent un point final à la feria. Une devise mythique qui est en train de perdre son identité pour se mettre au goût du jour. Certes, les Miura d’aujourd’hui « servent », comme disent les taurins, mais est-ce cela qu’on attend des toros de la devise ? Souvent nobles et sans forces, ils gardent un peu de leur apparence d’origine, mais pour ce qui est du caractère et du comportement, ils se sont « modernisés » et par là même « civilisés ». Mettez-leur un autre fer sur la cuisse et leurs combats seront à l’identique des Domecq qui ont colonisé la Fiesta. Que sont devenus les Miura d’il y a trente ans ? Les créateurs du fer doivent se retourner dans leur tombe s’ils voient ce que leurs descendants ont fait de la devise. 

Au train où vont les choses, les Miura ne pourront pas plus prétendre à la corrida de clôture que les Victoriano del Rio, Nuñez del Cuvillo et autres Garcigrande ou Juan Pedro Domecq. Désolant, non ?

Passons au résumé de cette dernière corrida, de Miura donc, qui prit la forme d’un mano a mano entre deux toreros sévillans, Manuel Escribano (de Gerena) et Pepe Moral (de Los Palacios).

Manuel Escribano ne put faire grand chose face à un premier toro compliqué qui garda la tête haute et ne s’employa jamais vraiment. Le torero de Gerena le banderilla avec métier mais sans grand brio. Salut après une lame desprendida. Escribano accueillit le troisième par une larga cambiada a porta gayola suivie de deux autres près des tablas. Le garçon s’illustra cette fois par un grand second tiers terminé par une pose al violin et al quiebro parfaitement maîtrisée. Noble maix vite éteint, le Miura ne permit qu’une faena propre faute d’être brillante. Salut. Le quinto fut changé pour invalidité par un sobrero du même fer. Escribano accueillit les deux a porta gayola. Bon second tiers à nouveau, puis une faena volontaire face à un bicho violent, de charge courte et impossible à gauche. Salut.

Pepe Moral eut la chance de tomber sur un premier toro noble qu’il comprit à merveille. Faena sûre, bien menée sur les deux bords, et oreille pour ce bon savoir-faire. Le torero de Los Palacios s’en fut chercher le quatrième a porta gayona (bien la competencia qui se manifesta aussi lors des quites). Petit à petit, Pepe Moral assura sa domination sur ce bicho qui s’avéra être le meilleur de la tarde, composant une faena ambidextre de bonne facture qui lui valut le second pavillon de la tarde. Le dernier Miura fut lidié sous une grosse averse. Pas très coopérateur, il mit en avant la face lidiadora du torero, lequel s’imposa sans pouvoir briller et dans des conditions difficiles.

Sortie a hombros par la porte principale pour un Pepe Moral qu’il sera intéressant de revoir.

Minute de silence à l’issue du paseillo en mémoire de l’ancien torero José Rodríguez « El Pío » décé dé samedi à l’âge de 81 ans.

(Photo : https://plazadetorosdelamaestranza.com/)