Le regard de Freddy Porte sur l’encerrona de Diego Ventura à Espartinas.

15 avril 2018. Ventura contre Ventura8 oreilles et 2 rabos .

Il est des jours bénis des dieux : ce dimanche 15 avril, Jean-Pierre et Michel Gallon voient tomber du palco de Vergèze le fameux mouchoir bleu, lequel permet d’honorer «Opulente» de la vuelta al ruedo posthume. J’imagine les larmes….

Quatre oreilles se coupent lors de la corrida équestre à la Maestranza de Sevilla. Angel Peralta veille sur sa protégée !

Cerise sur le gâteau, celui du gâteau d’anniversaire des 20 ans d’alternative de Diego Ventura à Espartinas . Anniversaire qui se fêta en grande pompe et à guichet fermé.

Trois évènements, de quoi nourrir l’intérêt de l’aficion et alimenter la polémique.

Espartinas : No hay billetes pour un rendez-vous aficionado et un rapport de forces auquel se livre le numéro 1 actuel de la corrida équestre qui se sent floué et humilié. Après la déception du premier instant, Diego Ventura décida  de réagir avec les armes qu’il possède le mieux : la maîtrise de son art. .

«Historico» écrit le média espagnol Mundotoro pour qualifier ce pari osé de Diego Ventura et le résultat obtenu : 8 oreilles et 2 rabos qui devraient mettre un certain poids dans la balance de ce bras de fer qui oppose les parties. Le pot de terre contre le pot de fer.

Diversité, entrega, valor, aguante, alegria, respect….. Clin d’oeil au passé, touche personnelle, innovation, variété…. Le ton était donné.

Avec Bronce, Diego se profile comme à pied  pour tuer à l’épée son adversaire. N’est-ce pas là le fruit d’une grande technique savamment  peaufinée et maîtrisée ? Maîtrise, il en sera question tout au long de la tarde et dans toutes les phases du combat.

Les clarines sonnent, la puerta des cuadrillas s’ouvre : pas moins de 20 chevaux vont maculer le ruedo, tenus en main par les mozos. Comme 20 bougies, 20 stars de robes différentes pour illuminer cette symbolique journée que seuls les grands maestros s’autorisent.

Vingt ans d’alternative, vingt ans à s’efforcer et à vouloir être le meilleur, meilleur que les autres, mais avant tout meilleur que soi, que ce que l’on fut la veille…

Travail acharné, dépassement de soi ne sont-elles pas les valeurs que véhicule la tauromachie ?

Dans le burladero n° 15 des supporters de catégorie : El Juli et Miguel Angel Perera encadrent le marquis de Villareal et son fils Tomas. On verra plus loin Javier Buendia et même Morante de la Puebla dans le patio de caballos.

Au delà des discours, ce sont les actes, toujours les actes, encore les actes : laissons donc s’ouvrir la porte du toril : le premier toro entre en scène….et la course s’égraine tel un chapelet, une prière à la vierge du Rocio…. Une supplique… Que la suerte accompagne l’audace !

Lambrusco, Guadalquivir, Campina, et Jaguar surent dominer par de parfaits récortes la fougue des encastes aussi différents qu’inhabituels.

Bronce, Alcochete, Vivaldi, Pestigio, Viagante, Lio, Nazari, Morante, Importante, Fino, Dolar, Kilate et Duelo rivalisèrent d’équilibre et de talent dans les différentes suertes de banderilles. Suertes où l’on a pu voir un Ventura au balcon, offrant le pecho de ses montures, laissant arriver les cornes jusqu’à l’étrier pour une réunion parfaite. L’apothéose de ses faenas fut atteinte face au Partido de Resina et face à l’Espartales.

C’est au 4ème, du fer de la casa, que Ventura invita les deux sobresalientes : Juan Manuel Munera et Manuel Moreno.

Avec la présence des Forcados d’Alcochete, Diego ne saisissait-il pas l’occasion de souligner son appartenance lusitanienne et l’influence de son toreo fortement imprégné de ce courage portugais que l’on retrouve dans la tourada ? La tourada qui pourrait bien avoir pour devise : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »

Savant mélange pour que ce gâteau d’anniversaire ait une saveur particulièrement goûteuse.

L’ultimo tercio étant assuré par Remate, Trianera, Bombon et Toranjo.

Un seul absent : l’ennui,  cet ennui, qui nous tenaille quelquefois malgré notre passion, était totalement absent. La corrida était-elle parfaite ?… 

Je ne sais pas, je ne sais plus… ce que je sais, c’est qu’elle était audacieuse…

Savant mélange de faenas camperas telle la garrocha et autres suertes qui demandent une savante équitation et un engagement total du maestro et des ses montures.

La corrida est faite par des êtres d’exception qui donnent le meilleur d’eux-même pour marquer l’histoire, celle de la corrida, celle des hommes…

Dans le froid des hivers, lorsque les nuits sont longues, dans la solitude des courtes journées humides et sombres, toreros et hommes de l’ombre s’activent pour que le printemps venu brille de tous ses feux la Fiesta.

C’est ici, plus que nulle part ailleurs, par le fruit de ce travail obscur, ingrat, que prend forme et se dessine la future œuvre que nous verrons sur le sable ocré. Les toreros le savent, la lumière est au bout de ce modeste quotidien.

Alors, d’accord, ce n’était pas Nîmes, ce n’était pas Madrid, ce n’était qu’une plaza de 3ème, c’était Espartinas. Mais vous savez, à Istres aussi, Ponce nous a laissé un goût subtil. J’en pleure encore !

Historico, vous avez dit historico… Ce mot guida notre plume, malgré la raison et au-delà même, aux frontières de la folie…. que serions nous sans elle ? Travailleur triste au destin laborieux et ennuyeux, il y en a tant…

Angel Peralta ne disait-il pas : «Jouer avec la mort, pour distraire la vie». N’est-ce pas une folie que de mettre en péril ce bien si précieux, si unique, qu’est notre vie ?

Prochainement, Méjanes, qui va recevoir le Maestro de la Puebla, ne peut que se féliciter de son choix. Méjanes n’est pas une arène de 1ère catégorie, au sens du règlement taurin : ne demeure-t-il pas pour autant le Temple du Rejoneo français ?

Texte de Freddy Porte. Photos : http://www.diegoventura.com/

Résultat

  • Prieto de la Cal : oreille.
  • Pallarés : silence.
  • Partido de Resina : deux oreilles.
  • Diego Ventura : deux oreilles et rabo.
  • María Guiomar : oreille.
  • Los Espartales : deux oreilles et rabo.