Devoir de mémoire.

Retour sur les disparitions subies par le monde du Cheval et du Toro en ce début 2018.

Durement touchés le mundillo et la bouvino l’ont été ce premier trimestre 2018.

A peine avions nous eu le temps d’assimiler une première information, de commencer notre processus de deuil, qu’une autre triste nouvelle nous était annoncée.

Nous nous préparions à la fête, alors que se profilait la Feria de Pâques ; il nous fallut nous habiller de noir, de gris et mettre un voile sombre sur nos joies légitimes à l’orée de l’ouverture de la  nouvelle temporada.

Florence, Pierre, Alain, Luc, Angel !

A propos de Luc, je vous cite ces quelques mots qui me furent adressés par Jean-Louis Guntz, Maître Ecuyer au Cadre Noir de Saumur. Ce dernier connaissait bien Luc Jalabert.  «Merci Freddy de cette mise au courant d’un tel événement. Quelle tristesse pour tous les amis, et tout le monde, encore plus important, qui ont gravité autour de cet homme entreprenant. C’est plus que la région qui est en deuil, mais bien tous ceux qui l’ont approché ou tout simplement profité de tout ce qu’il a pu créer dans les spectacles taurins ou équestres…»

Le Cadre Noir lui doit sa première présentation à Méjanes, puis en Arles début 80. En 1983, c’est l’Ecole Espagnole de Vienne qui foulait à son tour le ruedo arlésien. Et plus récemment, en 2013, Luc et Marc réunirent les 4 grandes écoles dans l’amphithéâtre romain.

Entreprenant, passionné, courageux, déterminé : Torero !…

Luc était le plus jeune des pionniers que nous étions, à une époque où se mettait en place et se structurait le Rejoneo en France.

Compagnon de cartel dans les années 70-85, il comprit très vite qu’il fallait organiser nos propres programmations. L’époque était difficile, sans structure, il fallait tout imaginer ! Le seul socle était Méjanes. Luc y créa la Feria du Cheval en 1981.

Il organisa un grand nombre de Touradas en association avec Henri Laurent et Manuel Gonçalves.

Après avoir rangé ses éperons, il s’occupa de la carrière de Gines Cartagena, puis de celle d’Andy Cartagena, son neveu, et dernièrement il mit le pied à l’étrier à Ginés Cartagena junior.

La suite vous la connaissez. En 1999 il prit avec Marc la direction des arènes d’Arles pour les céder en 2015 à Lola et Juan Bautista dont il avait assuré le début de carrière.

Je saute volontairement l’énumération de son long parcours que les autres médias ont largement commenté, pour revenir sur ce temps, sur une époque où  la tauromachie n’avait pas en France la consistance d’aujourd’hui. Un temps où il n’était pas question d’argent, ou si peu, ou du moins ce n’était pas la motivation première. Nous étions réunis, animés par une même passion. Dans mon cas, un certain romantisme…

Nourris par le rêve que véhiculaient les images des stars du Rejoneo de l’époque, nous nous étions jetés dans une aventure dont on ne connaissait pas l’issue mais qui nous motivait à en perdre la tête. Ce fut un véritable parcours du combattant, semé d’embûches, d’épines, d’obstacles en tous genres que nous dûmes franchir. Il fallait convaincre, il fallait prouver, inventer ce qui existait déjà ailleurs, mais que nous ignorions.

S’il y eu quelques rivalités, l’ambiance demeurait bon enfant, chacun se devant de tirer son épingle du jeu : la vie quoi ! Nous rivalisions à remporter une victoire sur nous-même. C’était la préhistoire !

Avec le départ de Luc, à évoquer ces souvenirs, c’est un peu notre jeunesse qui s’en est allée.

A-t-il retrouvé les chevaux de ses débuts ? Ben, Desquerado le Palha, Do-la-si qui finit sa carrière sous la selle de Bartabas,  Trinitad de Gustavo Zenkl, Quieto l’Ortigao-Costa, Ingénu le petit Anglo-arabe alezan au grand cœur….Nul ne le sait, la voûte céleste est si vague et si mystérieuse…..

Texte : Freddy Porte.
Photos1-2-3 : Alain Laurioux. Autres photos : archives.
(A
vril 2018)