Pour un nouveau souffle des Ferias de Nîmes.

La Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard, inquiète de la situation et du devenir des Ferias de Nîmes, a lancé récemment une consultation des différents acteurs impliqués dans l’organisation et le déroulement de deux des manifestations majeures se déroulant dans la cité gardoise.

Après avoir défini les bases de cette consultation, la Coordination a rassemblé les informations récoltées, dressant un constat et proposant d’éventuelles pistes de réflexion « pour un nouveau souffle des Ferias de Nîmes ».

Cette synthèse a été présentée hier à la presse et aux différents clubs taurins. Vous la trouverez dans le document ci-dessous, en espérant que les décideurs sauront se saisir de ces réflexions.

https://gardaficion.com/

SYNTHESE DES CONSULTATIONS Conduites par la Coordination des Clubs Taurins

De NIMES et du GARD

« POUR UN SOUFFLE NOUVEAU DES FERIAS DE NIMES »

SAMEDI 7 AVRIL 2018

Salons du NOVOTEL ATRIA CENTRE HÔTEL NIMES

POUR UN SOUFFLE NOUVEAU DES FERIAS DE NÎMES

INTRODUCTION AU DÉBAT

Le présent document prend son origine dans l’expression d’un certain nombre de constats et d’inquiétudes exprimés, de manière plus ou moins formelle, au sein des clubs taurins de la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard, au cours des Ferias de Nîmes de ces dernières années. Les constats les plus visibles étant la diminution du nombre de spectateurs dans les cycles des spectacles taurins, une désaffection des publics pour les animations proposées à ces occasions, et un manque d’intérêt pour les programmations proposées, aussi bien dans les arènes que hors des arènes.

Il nous a semblé qu’il était trop facile de se contenter, sur ces sujets, du sentiment, forcément subjectif, de quelques aficionados, si « avertis » soient-ils, et qu’il convenait donc de le confronter à celui de différents autres acteurs.

Historiquement, la Feria de Nîmes, née en 1952 de la volonté de quelques aficionados militants de cinq sociétés taurines nîmoises (Union Taurine Nîmoise, Cercle Taurin Nîmois, Aficion Cheminote, Club Taurin Lou Ferri de Saint-Césaire, et Les Amis de Toros), s’est toujours appuyée sur toutes les forces créatrices et économiques de la ville (associations taurines ou non, commerçants, cafetiers et restaurateurs, CCI locale, Syndicat d’Initiative, clubs sportifs…), regroupés au sein d’un Comité permanent de la Feria de Nîmes. Il était donc logique que cette démarche de consultation s’appuie, elle aussi, sur l’opinion de ces acteurs importants de notre cité.

Même si, très rapidement, l’ampleur de la manifestation, a justifié que la Mairie de Nîmes en reprenne la destinée, ces acteurs « originels » (toujours actifs plus de soixante ans plus tard!) se sentent toujours très concernés par son devenir.

Dès lors que cette démarche était actée, plusieurs écueils nous semblaient devoir être évités :

– Tout d’abord être conscients du contexte complexe dans lequel se déroulent ces jours de fête, où de multiples facteurs, pas forcément compatibles, entrent en ligne de compte pour réussir l’ alchimie de la
« fête autour du taureau » que constitue une « bonne » feria: problèmes de sécurité publique évidents, offre pléthorique de loisirs et manifestations concurrentes, attentes de publics très divers, contraintes budgétaires des collectivités territoriales, goûts antagonistes chez les aficionados et aspect populaire intergénérationnel. L’organisation d’une Feria est devenue, au fil du temps, une grosse machine, nécessitant les compétences de professionnels de différents domaines, mais en tant que « fête populaire » il est indispensable que ceux-ci puissent s’appuyer sur un tissu local solide et concerné.

  • Ne pas tomber dans l’aspect nostalgique du « c’était mieux avant !» car la mémoire enjolive bien des aspects, et les Ferias ont de tous temps, soulevés des sujets polémiques : rappelons nous des controverses sur les jets de pétards sur la voie publique, la « professionnalisation » des Pégoulades, les « fracasos » aux arènes, l’ouverture des bodegas en centre ville…etc.
  • Ne pas se contenter, pour les aficionados, d’un entre-soi, en ayant conscience que tous les nîmois, aficionados ou pas, doivent cohabiter même dans ces jours là, et chacun doit pouvoir découvrir « sa Feria ». Les Cultures taurines sont, par nature, régionales, diverses, et ésotériques par certains aspects. Cela doit être pris en compte par les associations taurines de la ville qui doivent se comporter, en la matière, en véritables médiateurs culturels. « Faire ensemble ce que l’on ne peut réaliser seul » a toujours été l’une des raisons d’être de la Coordination des Clubs taurins.
  • Ne pas diaboliser le contexte sociétal actuel très défavorable aux Cultures taurines sujettes à des agressions de plus en plus violentes de la part des anti-corridas, qui savent parfaitement utiliser le lobbying pour diffuser leur idéologie mortifère. Travailler à la disparition d’une culture locale, même et surtout, si elle est minoritaire dans le pays, ne nous semblera jamais une perspective acceptable, d’où qu’elle vienne. Cependant les tauromachies ont traversé des périodes bien plus noires (notamment d’interruption sur plusieurs années consécutives), et elles ne peuvent pas se contenter de rechercher des causes exogènes à leurs difficultés. Cela renforce donc notre obligation à l’action.
  • Enfin il serait particulièrement injuste de se cantonner à une critique facile de « ce qui ne va pas », sans faire des propositions constructives et réalistes aux acteurs « en première ligne », à savoir la Ville de Nîmes et la Société Simon Casas Production. C’est la raison pour laquelle nous avons estimé qu’ils devaient être les premiers et principaux destinataires de notre mobilisation. Nous ne prétendons pas, non plus, à une exhaustivité sur le sujet et cette consultation pourra parfaitement s’associer à d’autres démarches ayant pour but de se pencher sur l’avenir de « nos » Ferias.

Avant de nous lancer dans cette réflexion nous nous sommes interrogés sur notre légitimité à aborder ces questions.

Tout d’abord, au sein des Clubs taurins, toutes les opinions politiques (au sens noble de la conduite des affaires de la Cité) sont présentes, et ne constituent pas un obstacle à la circulation des idées et des opinions. Cette pluralité leur permet de mobiliser sans arrière pensée tous les acteurs possibles (entreprises, restaurateurs, hôteliers, commerçants, comités de quartiers, associations…etc).

Par ailleurs les membres de Clubs taurins ont une certaine expertise des spectacles taurins, du point de vue du spectateur, qui, en tauromachie plus qu’ailleurs, peut diverger de manière non négligeable de celui des acteurs de l’arène. La spécificité et la dangerosité évidente de leur art ne doivent pas leur faire oublier qu’il n’y a pas de spectacle durable sans spectateurs avertis, et que l’on se doit de prendre en compte leurs attentes. Le public, après taureaux et toreros, reste la troisième composante de réussite d’une corrida, et plus son niveau de compétence est élevé, plus le spectacle a des chances d’être digne d’intérêt et de se dérouler dans des conditions d’éthique qui font honneur à la tauromachie.

Les aficionados, de nos jours, se déplacent plus qu’avant, soit dans le cadre de leurs activités d’associations taurines, soit dans le cadre privé, et ont la possibilité de comparer ce qui se passe ailleurs, par rapport aux Ferias de leur ville. Même si
« l’herbe est toujours plus verte chez le voisin » cela n’empêche pas de s’inspirer de certains concepts constatés et de les adapter, si besoin, au cadre sociologique de la « Cité des Antonins ».

De plus les Clubs taurins de la ville (Nîmes est certainement la ville qui en compte le plus au monde !) ne se contentent pas d’être des consommateurs passifs de la fête. A travers les « bodegas », « les tertulias », les informations du public, et leurs activités taurines qui dépassent largement le cadre temporel des Ferias, ils sont aussi des acteurs bénévoles, et contribuent très largement à faire de Nîmes

une « Ville de traditions taurines ».

Tous ces facteurs réunis nous ont donc confortés pour nous lancer dans cet exercice et en rendre compte aujourd’hui.

A PROPOS DE LA MÉTHODE…

Pour mener à bien son projet la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard a choisi de confier le travail de synthèse à quatre personnes (trois hommes et une femme, la parité étant en tauromachie comme ailleurs difficile à constituer !), provenant de quatre clubs taurins différents, ce qui garantissait à nos yeux, une pluralité des approches.

Lors d’une consultation préalable des Clubs taurins de la CCTNG, réalisée sur support Power Point, il a été déterminé une trame générale comportant dix points d’encrages « historiques » de la Feria et l’étude de leur évolution au fil des années, puis des constats et propositions faits dans les deux domaines principaux : ce qui se passe dans les arènes pour les spectacles taurins, et les festivités organisées hors des arènes.

La consultation des clubs taurins membres de la Coordination a donc été antérieure à toutes les autres consultations, celles-ci se déroulant à partir de la même trame pour les autres clubs taurins, et sous forme d’entretien libre pour les rencontres individuelles ou avec un petit nombre de personnes. Chaque entretien a fait l’objet d’un compte rendu.

L’analyse des comptes rendus a permis de dégager un certain nombre de lignes et de propositions transversales, choisies par les quatre rédacteurs, en négligeant les remarques trop isolées ou inutilement polémiques.

Le document final a été validé par le Conseil d’Administration de la Coordination, composé d’un représentant de chaque club taurin membre et signé, au nom de tous, par son Président.

Avant la communication à l’ensemble des partenaires et à la presse locale, nous avons estimé qu’une présentation à M. le Maire de Nîmes, et au représentant de la société Simon Casas Production était prioritaire.

Nous avons donc fait, par courrier, une information préalable sur notre initiative et sommes restés disponibles à des rendez vous. Celui avec l’empresa des arènes n’a pu se concrétiser.

PREMIERE PARTIE

LES FONDAMENTAUX DE LA FERIA DE NÎMES ET LEURS EVOLUTIONS

1) Un évènement mobilisant les clubs taurins.

Comme nous l’avons vu précédemment la Feria de Nîmes est due à l’initiative de clubs taurins et il semble important que ceux-ci puissent rester durablement des partenaires privilégiés dans le déroulement des manifestations.

Au fil du temps les cinq associations fondatrices ont « fait des petits » et Nîmes se voit dotée actuellement de plus d’une cinquantaine de Clubs taurins ayant, bien évidemment des compositions sociologiques, des sensibilités, des activités et des importances très diverses. Pour mener à bien certains projets de promotion de la tauromachie, ces clubs se sont regroupés en deux entités distinctes : la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard, ayant une existence associative, et les Clubs Taurins organisateurs des « Rendez-vous en terre d’aficion », n’ayant pas de réalité juridique propre. Ces deux structures organisent, hors ferias, des manifestations promotionnelles dont la pertinence devrait être revisitée et remise en perspective: pourquoi ne pas mobiliser ces « forces vives » ensemble, au moment ou existe, dans la ville un public captif, prêt à découvrir les tauromachies, et certainement en attente d’en avoir une meilleure connaissance ?

Une seule association taurine, bénéficiant du soutien municipal, anime, lors des ferias une arène portative où se déroulent des spectacles promotionnels qui ont un succès certain auprès d’un public jeune dont les moyens limités ne lui permettent pas de se rendre aux corridas formelles.

Par ailleurs des « bodegas » associatives ont vu le jour en divers lieux de la ville et maintiennent tout au long de l’année une activité taurine qui n’est pas que festive.

Les entretiens que nous avons menés ont confirmé que ces bodegas associatives qui ne peuvent fonctionner que grâce au bénévolat ne sont pas considérées par les cafetiers restaurateurs comme des concurrents déloyaux car elles s’adressent, pour la grande majorité, à des « militants » venant y rechercher une ambiance particulière.

Il y a donc place, dans ce domaine, aussi bien pour le monde associatif, que pour le commerce des «limonadiers ». Ceci est un élément rassurant, bien dans l’esprit des créateurs des premières ferias.

Les relations clubs taurins-Ville de Nîmes, et clubs taurins-adjudicataire des spectacles taurins s’avèrent plus complexes.

La ville de Nîmes soutient, certes, les associations taurines au même titre que les autres, sans cependant que cela se traduise en matière de financement courant ou d’aide logistique permanente.

S’il est possible que des élus puissent présenter une certaine réserve, vis-à-vis de militants dont les initiatives peuvent échapper à tout contrôle, les ferias auraient sans doute à gagner à ce qu’une confiance mutuelle puisse faire des clubs taurins des partenaires d’animation de la ville, dans des actions coordonnées.

En ce qui concerne l’adjudicataire des arènes, les relations sont quasiment inexistantes : éloignement ? désintérêt pour le monde associatif ? Cet état de fait rend impossible toute relation construite et devant dés lors passer par divers intermédiaires. Cette méfiance rend toute critique, même constructive, comme une remise en cause, a priori, de sa légitimité.

Un seul club taurin est impliqué, pour des raisons historiques, dans le déroulement de la novillade de la Cape d’or, la Peña Ordoñez, sans pour autant avoir une quelconque initiative possible dans les choix organisationnels.

Nous regrettons, cette situation qui n’aide pas à la réalisation de projets et qui, malheureusement, a éloigné des arènes de Nîmes une « clientèle » parfois exigeante, mais présentant un fort potentiel en nombre de corridas.

2) Des Ferias associant tauromachie espagnole et tauromachie camarguaise.

Si la tauromachie espagnole qui s’est organisée en spectacle réglementé au XIXième siècle a cherché parfois à s’expatrier dans des régions improbables (jusqu’en Hongrie !), elle n’a pu s’implanter durablement que dans des régions où existaient depuis la nuit des temps des activités taurines et des élevages de taureaux.

Conscients de ce phénomène les fondateurs de cette manifestation ont tenu à ce que le lien existant entre ces traditions taurines soit conservé, voire développé.6

Cela est toujours le cas aujourd’hui, et d’autres types de traditions tauromachiques ont pu également y coexister (course landaise, encierros, toreo à cheval…etc).

Cependant ce rapprochement est peu exploité et peu développé, ne permettant pas, notamment pour un public extérieur, une véritable découverte du milieu
camarguais et de ses traditions. La course camarguaise est souvent placée dans le cycle à une date peu valorisante, ne se prêtant pas à une grande manifestation de la bouvine, permettant de faire un lien entre l’écosystème de la Camargue et les fêtes nîmoises. Le lien entre les élevages des taureaux dans le monde rural de la

Camargue et les ferias en milieu urbain est peu mis en avant à une époque où l’évidence de la conservation d’un milieu rural et de l’existence des tauromachies constitue un des meilleurs arguments plaidant pour la sauvegarde des traditions taurines. Les différents offices de tourisme ne développent rien de particulier qui pourrait être proposé à ces occasions (circuit du taureau et de la riziculture, circuit
« vinos y toros », proposition d’excursions de découverte des zones humides, visites d’élevages de taureaux et de toros…).

3) Culture et Ferias.

L’art taurin est une source d’inspiration remarquable pour les autres « nobles arts » que sont la peinture, la sculpture, la littérature, la poésie, le théâtre, la danse, la musique et même le cinéma. Les ferias ont donc développé dès leur naissance des manifestations visant à faire connaître ces œuvres « d’élévation de l’esprit » et de recherche du beau.

Nous devons souligner que dans ce domaine ont pu avoir lieu des expositions ou spectacles donnés dans des lieux prestigieux (Chapelle des Jésuites, Arènes) et que, au fil des ferias, le niveau qualitatif s’est amélioré et professionnalisé.

Nîmes s’est même dotée d’un musée taurin qui porte le nom d’un peintre contemporain connu et reconnu internationalement.

Nous devons également signaler comme une réussite notoire l’initiative de l’empresa des arènes et des éditions « Au Diable Vauvert » d’avoir créé le Prix littéraire Hemingway, dont la réputation maintenant bien établie dépasse largement le cadre de la tauromachie locale. Il constitue, pour nous, l’exemple à suivre et à développer pour montrer le lien entre tauromachie, beauté et créativité. Il pourrait, par exemple être associé à un véritable salon du livre taurin, invitant auteurs français et étrangers.

Ces manifestations auraient semble-t-il un retentissement d’autant plus important qu’elles pourraient faire lien entre les deux ferias, comme ce qui est prévu pour l’exposition Picasso en 2018. Elles pourraient également être inscrites dans une politique de découverte de l’art pouvant se dérouler tout au long de l’année dans les écoles ou les lieux de création des quartiers, et aboutissant à des productions populaires décoratives pendant les ferias.

Bien entendu nous savons que ce genre de manifestation représente des moyens financiers conséquents dans un contexte budgétaire contraint pour les collectivités territoriales. Ceux-ci ne doivent cependant pas être regardés comme une dépense uniquement festive, mais surtout comme un investissement à long terme permettant de positionner la ville comme un lieu culturel permanent.

4) Folklore et Ferias.

Ce terme est malheureusement souvent injustement perçu de manière péjorative, alors que si l’on veut bien le considérer comme un « ensemble de productions collectives, populaires et se transmettant d’une génération à l’autre » il contribue à donner une identité locale, justement recherchée aussi bien par les Nîmois que par le public extérieur : on ne vient pas à la Feria de Nîmes pour voir ou entendre les mêmes choses qu’au Festival interceltique de Lorient, au carnaval de Nice ou au Palio de Sienne !

Il nous semblerait intéressant qu’un travail de redécouverte des cultures locales et languedociennes soit effectué, valorisé, et qu’un effort de médiation culturelle soit réellement mis en place. Dans une époque d’uniformisation mondialisée, où tout se confond, il nous semble qu’il y a là un enjeu important. La perte de ces repères identitaires est certainement un des éléments d’une forme de mal être sur le plan social.

Les timides initiatives dans ce domaine (comme le fait de chanter « La font de Nîmes » après les paseos) n’ont pas été poursuivies, et ce, sans raison ni concertation.

Aujourd’hui le folklore n’est présent qu’à travers des groupes constitués à qui on veut bien laisser une petite place entre les décibels des musiques électroacoustiques, alors que pourraient être instaurée une véritable initiation et découverte de ces traditions.8

La Pégoulade est à ce titre exemplaire : après avoir été tentée par ce qui est considéré par nombre de Nîmois comme une dérive professionnalisée mais carnavalesque (Philippe DÉCOUFLÉ), il semble qu’elle soit revenue à une production locale dans laquelle les associations, encadrées éventuellement par des professionnels, ont la possibilité de s’investir et de travailler à une création sur plusieurs mois d’activité. Elle mériterait sans doute un meilleur écrin que la joyeuse pagaille qui en empêche une vision spectaculaire et scénarisée. Le retour d’un final dans les arènes, avec une manifestation symbolique d’ouverture des festivités valoriserait davantage le travail de ses acteurs. Il est également regrettable qu’elle ne soit vue qu’un jour de semaine par les Nîmois, alors que plusieurs sorties en cours de feria, dans une enceinte délimitée, valoriseraient cette manifestation éminemment populaire.

Nous reviendrons ultérieurement sur les aspects sécuritaires souvent mis en avant pour « justifier » l’impossibilité de l’organisation de ce type de moments.

5) Taureaux et chevaux dans les rues.

L’originalité des Ferias est de se dérouler pour et autour de la célébration d’un animal particulier qui est le taureau sauvage, accompagné et encadré par « la plus belle conquête de l’homme » qui est le cheval. Laisser croire qu’il pourrait exister des ferias sans taureaux est une tartufferie que les adversaires les plus acharnés aux cultures taurines essaient d’instiller pour gagner en audience.

Il est donc particulièrement important que le taureau soit partout présent, dans les arènes, mais aussi hors des arènes, pour afficher son caractère indispensable.

Sur ce point, malgré l’accroissement parfois trop invoqué des contraintes de sécurité ambiantes, la présence de manifestations taurines dans l’espace public a pu être maintenue, sur des parcours urbains, et dans des conditions de sécurité, sans doute plus importantes que celles des premières Ferias. Nous avons pu mesurer, au cours des entretiens réalisés, combien le maintien et le développement de cet aspect de la fête sont particulièrement attendus.

Une meilleure exploitation pourrait en être faite, par des initiatives originales mettant en avant les acteurs de ces manifestations (concours d’abrivados, concours « d’attrapaïres », « roussataïro », encieros de cabestros…etc) avec une délocalisation des lieux d’animation.

6) Les spectacles nocturnes.

Parents pauvres des programmes de Feria, ils ont connu des fortunes diverses, allant du spectacle de qualité (Philippe CAUBERE, École équestre andalouse, concerts de groupes connus) à des soirées moins brillantes (spectacles comico-taurins d’un goût douteux). Ils présentent l’avantage de pouvoir mobiliser des publics différents, non exclusivement taurins et surtout plus familiaux. La disponibilité des arènes comme lieu scénique est rendue techniquement difficile par la pratique de deux corridas journalières, qui pourrait être réinterrogée quant à leur justification notamment économique. Par contre le parvis des arènes pourrait être concerné par l’implantation de spectacles de qualité, tout en « sacralisant » le lieu central de la fête.

Un festival pyrotechnique, serait une piste exploitable, également, en y associant les différents quartiers de la ville.

7) La communication.

Devenue incontournable, voire omnipotente, de toute organisation événementielle, elle a évoluée d’une envergure purement locale et régionale, à une extension, dans les années 80, vers des médias nationaux (presse et télévisions), voire internatio naux (Espagne et Amérique latine). Ces dernières années l’arrivée des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) a bouleversé la manière de communiquer et de se faire connaître de publics potentiels. Cela obligerait à une réflexion particulière sur le sujet dans une période où les médias nationaux, sous l’influence du « politiquement correct », sont passés d’une curiosité culturelle pour l’inédit, à une hostilité qui ne s’intéresse qu’à l’aspect morbide du sujet (l’exemple du décès d’Ivan FANDINO en donne un éclairage caractéristique).

Entre le milieu des années 80 et le début des années 2000, les choix ont laissé penser que la communication s’orientait vers un public extérieur nouveau, plutôt que vers une fidélisation d’un public aficionado forcément plus exigeant.

Les médias locaux, dans un souci d’objectivité mal comprise, se croient obligés d’accorder une importance équivalente aux groupuscules anti-corrida qu’aux manifestations taurines locales.

En matière de sponsorisation par des entreprises, la Société PERNOD-RICARD est la seule, d’un niveau international, qui montre une constante sans faille dans son soutien aux activités taurines et qui l’assume pleinement.

8) Les modèles identitaires.

En s’inspirant des modèles navarrais la Feria de Nîmes puisait sa source originelle dans des manifestations populaires, où la rue devenait l’espace festif, et où les références costumières jouaient un rôle identitaire et social. (les socios des peñas)

Au début des années 80 il y a eu un changement d’inspiration voulu et calculé vers un modèle « andalou », plus sophistiqué, mais dont l’expression se situait dans des espaces fermés (les bodegas) moins accessibles. En l’absence de « campo de feria » désigné comme tel, la synthèse des deux sources d’inspirations ne s’est pas faite, et les ferias cherchent encore une vraie identité.

Paradoxalement la Ville de Nîmes, pourtant porteuse d’une identité très particulière peine à trouver celle de ses Ferias. Il nous semble qu’un travail avec les acteurs locaux, orchestré par un coordinateur professionnel animant un Comité permanent des ferias, permettrait d’en dessiner les contours.

La « toile De Nim », à la diffusion planétaire, pourrait-elle être un fil conducteur (au sens propre et figuré!) exploité dans cette recherche identitaire ?

Les cultes du taureau autour de la Méditerranée pourraient également être une source d’inspiration en rapport avec le contexte de la romanité.

9) Le financement.

Bien entendu il reste le « nerf de la guerre » et doit être intégré dans un contexte où la Ville de Nîmes accompagne d’autres manifestations populaires (Grands jeux romains, concerts d’été, jeudis de Nîmes départ de la Vuelta …etc.)

En comparant les budgets en monnaie constante ( c’est-à-dire, en tenant compte de l’évolution du niveau de vie), on s’aperçoit, que dès 1952, les sommes consacrées à la Feria, alors réduite à 3 jours, étaient très importantes. Il conviendrait de les comparer aux budgets qui y sont consacrés actuellement pour s’apercevoir que les efforts financiers consentis étaient déjà dans les mêmes proportions que ceux effectués actuellement.

La dernière étude qui nous a été communiquée par la CCI (datant de 2015) pour analyser les retombées économiques des Ferias est intéressante à de nombreux titres, mais il ne semble pas qu’elle ait été utilisée par les organisateurs pour décider d’une inflexion quelconque de certaines tendances, ou même pour faire des choix dans certains aspects de la communication.

Au milieu des années 90 la Feria était quasiment en équilibre financier, les bénéfices laissés aux arènes finançant les manifestations publiques (rapport d’étape du Conseil Economique et Social de septembre 1997, communiqué aux élus de la Ville de Nîmes).

La perte de rentabilité des Arènes, mises, par Délégation de Service public, entre les mains d’une entreprise privée, a pour conséquence, (avec la pondération entrainant, de fait, la diminution de la redevance du délégataire) de faire partager à la Ville le risque financier de l’organisation des spectacles tauromachiques. Dans un contexte où il est, en permanence, demandé aux collectivités territoriales de restreindre leurs budgets, les festivités et la culture sont des cibles de choix.

L’évocation de l’état d’urgence pour expliquer les pertes de fréquentation n’est pas totalement acceptable, dans la mesure, où dans le même contexte, d’autres spectacles, présentant les mêmes risques, font le plein dans les arènes (jeux romains, concerts de l’été) ou autour des boulevards (cf la Vuelta).

10) L’apport du bénévolat.

C’est sans doute grâce au bénévolat de ses « pionniers » que les Ferias ont réussi à s’enraciner dans le paysage nîmois, et, à ce jour la Ville de Nîmes est certainement la ville comportant le plus d’associations taurines susceptibles de mobiliser des bénévoles.

Hors clubs taurins, dans le domaine culturel et de la vie de la cité il y a, à Nîmes, une vie associative riche (clubs sportifs, associations culturelles, comités de quartiers…etc.)

Ce potentiel n’est sans doute pas exploité à son maximum, car la Ville, organisatrice des Ferias, ne manifeste à leur égard aucune confiance collaborative apparente et ne montre pas un grand empressement à mobiliser celui-ci. C’est une perte considérable d’énergie et d’idées. Certes, le caractère « réboussié » nîmois peut faire craindre au politique que la collaboration avec un milieu associatif, parfois critique, risque d’être difficile.

Les interlocuteurs principaux semblent être les acteurs économiques marchands dont les idées ne sont pas toujours reprises, et même parfois entravées par une interprétation tatillonne des réglementations. Les retours que nous avons eus de leur part montrent que leurs intérêts ne sont pas vus comme incompatibles avec un secteur associatif à but non lucratif, pour peu que les initiatives des uns et des autres soient coordonnées et obéissent à une certaine logique lisible par tous. Cela constitue un aspect non négligeable de la consultation que nous avons menée.

Le système des appels à projets, mis en place dans les collectivités territoriales, a pour conséquence de « mettre en concurrence » le monde associatif et non de regrouper ses possibilités. Il induit le fait que dans tout projet subventionné il y a obligatoirement un « gagnant » et un « perdant », ce qui est néfaste pour réaliser des synergies. Cependant ce phénomène ne se retrouve pas exclusivement dans le secteur culturel, mais touche tout financement d’un opérateur associatif par le secteur public.

Après avoir fait le tour des principaux points qui ont permis le développement des Ferias et marqué leur évolution, il convient d’examiner deux aspects complémentaires constitutifs des Ferias : la tauromachie dans les arènes, et les animations proposées dans la ville.

DEUXIEME PARTIE

Nous avons conscience en abordant ce chapitre qu’il ne peut être complètement consensuel. Nous avons mesuré, notamment en rencontrant les différents clubs taurins, combien les sensibilités d’approches peuvent être différentes en matière taurines et combien certaines préoccupations essentielles pour certains, sont considérées comme accessoires pour d’autres. Le but de ce document n’est pas de trouver facilement des boucs émissaires (empresa en particulier, ou autres professionnels taurins) car nous ne mesurons que trop la complexité d’organisation des spectacles, la difficulté de leur entreprise, et le contexte sociétal très défavorable actuel à leur réalisation (idéologie anticorrida et animaliste, perte de repères sociétaux, contexte économique difficile, obsession sécuritaire), pour ne citer que les principaux.

Par ailleurs il n’est pas question de remettre en cause les compétences professionnelles d’une personne qui n’a plus rien à prouver dans ce domaine.

Bien au contraire cette notoriété et ce savoir faire reconnu devraient lui permettre de prendre des risques et de se montrer novateur dans des domaines considérés jusqu’à présent comme immuables.

Nous nous sommes donc efforcés de trouver quelques lignes directrices réalistes qui pourraient servir à une amélioration du cadre général du déroulement des spectacles taurins.

RECONQUÉRIR UN PUBLIC.

Il n’est nul besoin d’être un observateur très averti des choses taurines pour constater la diminution du nombre de spectateurs ces dernières années, dans les arènes nîmoises, même si ce phénomène s’inscrit dans une tendance générale observée en France et en Espagne. Dans l’euphorie des années « paillettes » la transmission à la génération suivante a sans doute été négligée (ou considérée comme allant de soi), dans un domaine (celui de l’art taurin) où la médiation culturelle inter-générationnelle est particulièrement indispensable.

Réfléchir à un nouveau modèle économique.

Pour certaines journées des Ferias, le modèle économique des deux corridas journalières pourraient être ré-interrogé, au bénéfice de celui, peut-être actuellement plus pertinent, d’un spectacle taurin « populaire » du matin (type recortadores, jeux gardians, course camarguaise, spectacle équestre…etc) et d’une grande corrida d’après-midi. Les horaires pourraient ainsi en être plus adaptés ( 11h le matin) rendant moins précipité l’entre-deux corridas. De plus ces spectacles « périphériques » aux corridas constituent souvent une porte d’entrée pour un nouveau public. Il ne s’agit pas ici de diminuer le nombre de corridas et novillades, mais de les étaler dans la durée.

– Repenser la billetterie et la politique tarifaire semble également devoir être examiné : les arènes sont le seul lieu de spectacle où la présence de tel ou tel artiste à l’affiche n’a aucune incidence sur le prix du spectacle. On connaît pourtant les exigences tarifaires très variables des acteurs selon les compositions de cartel. Dans une conception moderne du spectacle vivant ce phénomène est un anachronisme. Cela amènerait peut- être une diversité des affiches plus importante, et une possibilité de choix appréciée par le « consommateur ». De plus certaines personnes consultées ont fait remarquer que l’étalonnage du prix des places n’est pas forcément pertinent pour permettre un accès à un public populaire. Celles- ci pourraient être plus chères dans les premiers rangs (moins sensibles à un pourcentage d’augmentation !) et moins onéreuses pour les entrées générales non numérotées. Une rapide étude en Euros constants (utilisant le convertisseur de l’INSEE) nous a montré qu’un jeune spectateur d’aujourd’hui payait 3 fois plus cher sa place d’amphithéâtre que celui de la génération du « baby-boom ». Cette situation, s’ajoutant à la diminution du nombre de ces places (des tribunes numérotées s’y substituant), rend plus difficile un accès à la corrida dans des conditions abordables pour la jeunesse. L’existence d’une tribune-jeunes (intention louable) positionnée au plus mauvais emplacement des arènes (et donc rapidement désertée par un public allant s’installer ailleurs !), n’est peut être pas la meilleure manière de mixer socialement les publics et de montrer l’intérêt porté à la jeunesse ainsi qu’à son accompagnement dans la découverte de la tauromachie.

Avoir une lisibilité de sa politique taurine.

Il n’est pas question ici de remettre en cause le caractère généraliste des arènes de Nîmes, dont la capacité et la clientèle actuelle ne permettraient pas, (en supposant qu’on l’estime souhaitable !), de s’orienter vers une spécificité concernant un public très aficionado qui constitue le « fond de commerce » de certaines arènes. Par contre, au fil des dernières années, l’équilibre existant entre programmation de type « torista » et celle de type « torerista » (même si la nuance est parfois équivoque !) a été rompu au bénéfice de celle-ci, et avec les conséquences que l’on connaît (répétition des cartels et des élevages choisis pour ce type de circuit).

Il semble qu’un ré-équilibrage dans ce domaine soit espéré par de nombreux observateurs, car il y a pour nos arènes le risque de provoquer une coupure définitive avec un certain public qui constitue une garantie de régularité et de fidélité, même s’il se montre parfois plus exigent et plus critique. Il faut être conscient qu’aujourd’hui aucun nom de la tauromachie ne remplit, à lui seul, des arènes, et le « travail » sur les diverses composantes d’un « bon » cartel doit être affiné, la composante « toro » ne pouvant pas en être complètement écartée.

S’ADAPTER AU CONTEXTE DE L’ÉPOQUE.

Malgré sa tendance naturelle à un certain conservatisme, qui fait partie de son charme, le milieu taurin doit saisir l’opportunité de s’adapter pleinement à son époque dans certains domaines considérés auparavant comme relativement accessoires.

Penser une communication moderne.

Il ne suffira plus aujourd’hui, pour séduire une clientèle, de répéter que Nîmes est la première arène française et qu’elle a la meilleure programmation.

Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) permettent d’établir entre le « primo-client » ou le client occasionnel, une relation suivie et personnalisée qui, s’il a été sensible à l’art taurin, peut l’amener à s’intéresser, s’informer, et le faire ainsi retourner dans les arènes.

Elle implique de s’inquiéter davantage des différentes composantes de ces publics, de leurs attentes et d’essayer d’y répondre sans utiliser un discours volontariste ou militant qui peut s’avérer, à certains égards, contre-productif. Cela suppose de s’éloigner d’une politique de « coups » médiatiques qui retombent vite comme un soufflé, pour essayer de s’inscrire dans une fidélisation, moins tapageuse, à moyen et long terme.

Promouvoir la tauromachie.

Toute communication est indissociable d’une politique de promotion bien positionnée pour assurer la transmission intergénérationnelle et la médiation culturelle indispensables à la diffusion d’une culture aussi particulière que la tauromachie.

– A cet égard nous avons pu mesurer au cours de nos consultations, combien, toutes générations confondues, l’accès aux arènes lors du dernier taureau avait pu être un élément déterminant de l’intérêt futur pour la corrida ou de sa prise en compte comme une composante essentielle de la culture locale.

Une étude sur la faisabilité de cet aspect promotionnel serait très importante à faire en tenant compte, bien entendu, des exigences sécuritaires de l’époque, (garantie de la jauge réglementaire des arènes et filtrage nécessaire des
« spectateurs du dernier toro »).

– Actuellement figure au cahier des charges de l’adjudicataire l’obligation dans le cadre de « La Fête des aficionados » de « prendre en charge l’organisation des spectacles tauromachiques en collaboration avec les clubs taurins. A cette occasion il doit organiser divers ateliers de découverte de la tauromachie et 2 novilladas sans picador en costume de lumière» (article 1 des Dispositions générales du cahier des charges- source Mairie de Nîmes). Cette opération promotionnelle constitue le « Rendez-vous en terre d’aficion » qui s’est substitué au « Printemps des Jeunes Aficionados » conservé sur un autre modèle. Ces manifestations gratuites à vocation pédagogique se déroulent hors Feria, à des dates où il est parfois difficile de mobiliser le public à qui elles s’adressent. Ce dispositif pourrait être proposé à une date plus judicieuse, ouvrant, par une grande manifestation populaire et gratuite les festivités de la Feria. Pourquoi ne pas imaginer le mercredi qui précède la Pentecôte, une grande journée de la jeunesse, avec jeux d’enfants sur le parvis des arènes, ateliers de découverte avec les écoles taurines camarguaises et espagnoles, et novillade sans picador gratuite, se terminant, en soirée, et dans les arènes, par une « Pégoulade » avec ouverture symbolique des festivités ?

Nous pensons que dans ce contexte l’impact promotionnel en serait largement augmenté.
– Par ailleurs, sans augmenter la charge financière pour l’adjudicataire, la deuxième novillade non piquée pourrait être remplacée par l’organisation, en fin de saison, (mois d’octobre par exemple) d’un festival taurin dont les bénéfices seraient versés à la Fondation pour la rénovation des Arènes. L’aficion locale aurait ainsi l’occasion de clore sa temporada en montrant son attachement pour le monument et participer ainsi à sa conservation dans l’esprit des combats de l’antiquité.

FIXER UN CADRE RÉGLEMENTAIRE ET UNE ÉTHIQUE.

Il peut paraître paradoxal en cette année de commémoration des évènements de Mai 1968, de souhaiter faire référence à un cadre réglementaire et à une éthique pour les spectacles se déroulant dans les arènes !

Sur ce point nous risquons de diverger du point de vue du délégataire actuel qui revendique dans les médias de pouvoir exercer son activité hors de toute contrainte de règlement pouvant entraver, à ces yeux, sa conception de l’évolution des spectacles et de la tauromachie. Il bénéficie pourtant déjà d’un cadre peu contraignant sur le plan qualitatif, dans le cadre d’une DSP qui donne un contour très large et général à cet aspect : l’originalité et la diversité des spectacles sont définies par le délégataire (article 5 du chapitre Exploitation du service), et celui-ci fixe les indicateurs de qualité (article 37.3 du chapitre Contrôle de la délégation).

La Ville de Nîmes a donc très largement confié le pouvoir décisionnaire de sa politique taurine au délégataire, unique candidat, choisi. Comme tout pouvoir il serait sein qu’il soit précisément circonscrit :

« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites…Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». (MONTESQUIEU – L’esprit des lois).

Le cadre réglementaire.

  • La Ville de Nîmes vit sur ce point, depuis plusieurs années, une situation assez paradoxale, dans laquelle tout en faisant référence dans son document de DSP à la réglementation de l’UVTF (Union des Villes Taurines de France) elle n’adhère pas à cette association, affaiblissant par là même, la portée du travail de structuration, de promotion, et de réflexion que cette instance tente de poursuivre dans un contexte difficile. Le moment semble venu de mettre un terme à cette incongruité et que Nîmes puisse apporter à la seule instance officielle réglementant les spectacles taurins en France, le poids et la crédibilité de la ville taurine la plus importante, en nombre d’habitants, et en nombre de spectacles.
  • Ce retour éventuel dans ce cadre supposerait, par voie de conséquence, la nomination d’une nouvelle CTEM (Commission Taurine Extra Municipale) et le retour des contrôles s’opérant par le biais de cet organisme.

 

Cependant le seul rétablissement purement formel de ce cadre ne saurait suffire à une amélioration de la situation : la CTEM, n’ayant qu’un rôle de conseil, encore faudrait-il que soient délimités précisément, sa composition dans un but d’efficacité, les conditions de son champ d’intervention et l’indépendance de ses conclusions vis-à-vis du délégataire et du pouvoir politique décisionnaire.

 

Impartialité et éthique.

Les récentes prises de positions de Domingo DELGADO DE LA CAMARA viennent opportunément rappeler que l’on ne saurait faire une confiance aveugle au milieu taurin pour adopter une position rigoureuse sur sa pratique professionnelle. Si l’exercice particulièrement périlleux de celle-ci, qui justifie le respect et l’admiration des aficionados, doit être pris en compte (par exemple à propos des infirmeries), il est sans doute nécessaire d’objectiver et de limiter les dérives qui peuvent advenir dans le déroulement des spectacles.

Dans une société qui, à tort ou à raison, est avide de transparence, le milieu taurin ne saurait se satisfaire d’un fonctionnement souvent opaque et peu regardant qui ne contribue pas au respect du à son art et au développement de celui-ci. Les références aux errances du passé ne sauraient justifier celles constatées de nos jours, dans un contexte beaucoup plus critique de la tauromachie qui s’attaque à ses fondamentaux. Au cours de nos consultations nous avons pu être surpris du peu de cas que certains aficionados accordent à cet aspect, car nous sommes de ceux qui pensons que la corrida ne pourra continuer d’exister que si elle est capable de montrer qu’elle s’exerce dans un cadre éthique strict, respectant à la fois les animaux dans leur intégrité, et les hommes dans la manière d’apprécier la qualité de leurs prestations.

  • Dans ce domaine la présentation des taureaux dans une arène comme Nîmes ne doit souffrir d’aucune réserve : contrôle des poids au débarquement, soins vétérinaires, et analyse systématique des cornes avec publication des résultats doivent pouvoir s’opérer dans une totale indépendance.
  • L’objectivité et la compétence des Présidences doit être également un élément sur lequel les arènes de Nîmes doivent s’attacher. Nous avons pu constater ces dernières années la perte de crédibilité que des décisions pas toujours justifiées (décisions très irrégulières des « palcos », distributions pléthoriques de trophées, « indultos » contestables) ont véhiculée sur l’image et la réputation de la « plaza » nîmoise.

 

A ce sujet la Ville de Nîmes semble considérer comme une tradition, à ne pas remettre en question, le fait que les Présidents de courses soient des élus désignés par le Maire. Cette tradition est très paradoxale dans la mesure où elle place en position d’arbitre le représentant de l’organisateur du spectacle !

Imaginerait-on pareille situation dans le domaine des spectacles sportifs ?

Certes il existe dans les prérogatives des Présidents, des domaines relevant incontestablement du pouvoir municipal : représentativité de la ville et pouvoir décisionnaire de police (décision de report de spectacle en cas d’évènement particulier par exemple), alors que d’autres ne sont que de l’appréciation et de l’application du règlement taurin, nécessitant des compétences et une expérience particulière que ne possèdent pas forcément des personnes occupant très accessoirement une fonction devenue parfois purement honorifique.

Il nous semble que dans un esprit novateur, la Ville de Nîmes aurait tout intérêt à dissocier les deux aspects de cette fonction importante qui détermine le crédit que les aficionados accordent à des arènes : le représentant de la Ville siégeant dans la loge des Consuls, en compagnie des personnes que la Ville souhaiterait honorer, recevrait le salut des acteurs à l’issue du paseo, et une Présidence technique, positionnée dans un endroit distinct, protégé des pressions de tout bord (par exemple dans le petit axe de l’ellipse), pourrait prendre le relais pour les décisions techniques prises en cours de spectacle (déroulement de la « lidia », attribution des trophées, « indulto » éventuel…etc). Elle pourrait être composée de personnes dont la compétence serait difficilement contestable (Corps des Présidents de la FSTF, vétérinaire membre de l’association des vétérinaires taurins, ancien professionnel non nîmois…etc).

Ce dispositif qui existe dans certaines arènes où il fonctionne sans difficulté, présente l’avantage de replacer l’organisateur dans une position d’observateur, et de le dégager de décisions parfois vigoureusement contestées, tout en conservant les attributions et les prérogatives de chacun. Bien entendu la mise en œuvre d’un tel dispositif devrait se faire en concertation avec la CTEM qui en fixerait précisément le fonctionnement.

Nous avons bien conscience que certaines de ces propositions qui touchent au cœur du fonctionnement des spectacles taurins sont ambitieuses et peuvent être regardées comme trop novatrices au regard d’un milieu taurin plutôt conservateur, cependant la tauromachie semble aujourd’hui être dans un contexte qui justifie impérativement de faire « bouger les lignes ».

Le maintien d’un statu quo serait sans doute la pire des choses qui laisserait s’éteindre doucement l’intérêt que les nouvelles générations portent à la tauromachie. Celle-ci, par les valeurs universelles qu’elle véhicule, nous semble pourtant avoir sa place dans une société ne tournant pas complètement le dos à ses racines culturelles.

Il nous reste maintenant à examiner tous les aspects extérieurs engendrés par la fête pour, et autour du taureau.

TROISIEME PARTIE

FAIRE BATTRE LE CŒUR DES NÎMOIS AU RYTHME DES CULTURES TAUROMACHIQUES

Ce titre à lui seul pourrait résumer ce que nous ont dit les personnes que nous avons rencontrées. Il est indispensable pour un regain d’intérêt des ferias par la population que celle-ci se retrouve « embarquée » dans la fête comme acteurs et pas seulement spectateurs.

Plusieurs options sont possibles compte tenu de la vitalité de la vie associative. Les commerçants, qui bien évidemment mesurent la Feria à la progression de leur activité économique, ce qui est légitime, sont prêts à « mettre la main à la pâte » par exemple au travers de leur vitrine ou de l’animation de leur terrasse. Certains le font mais à leur seule initiative sans être motivés par une thématique d’ensemble, et sont aussi, disent-ils, freinés par une réglementation qu’ils considèrent fort tatillonne ou en tout cas appliquée de façon inéquitable suivant les commerces.

Les Comités de quartiers – ou plus exactement « des » comités de quartier- trouvent que la vie de leur quartier pendant la féria n’est plus aussi dynamisée qu’avant. Les conditions d’accès sont souvent trop « barriérées » y compris pour les résidents eux- mêmes. Chaque quartier a une histoire et une identité qui pourraient être « convoquées » pour être parties prenantes pendant la Feria.

Quid des écoles – au sein des quartiers- mais cela reste de l’ordre de la « liberté » pédagogique parfois injustement contestée par les « anti-taurins » en ce qui concerne les cultures taurines. La présentation de l’exposition de l’UVTF sur les tauromachies universelles, proposée aux écoles, est un exemple qui ne devrait pas rester unique.

Nîmes, corrélativement appelée la Madrid française ou la Rome française, est aux portes de la Camargue. Cette proximité géographique et culturelle semble en perte de présence pendant les Ferias, malgré des efforts parcellaires menés par quelques associations. On nous a dit : où sont les chevaux, où sont les taureaux, où sont les gardians, où sont les arlésiennes…etc. Il y a une véritable attente pour un regain camarguais.

De plus, la Camargue, et son « personnage » emblématique qu’est le cheval, est un thème auquel les familles et les enfants sont sensibles.

Bref, il y a des forces disponibles à mobiliser autour d’une ligne directrice qui semble faire défaut. Nos spécificités locales gastronomiques pourraient heureusement contrecarrer l’invasion de stands « à manger » et les spécificités des « musiques de rue » pourraient contrebalancer la musique électroacoustique.

Une idée a souvent occupé nos échanges : dans les animations proposées, faire coopérer des professionnels avec des amateurs, en vue de mettre en synergie compétences professionnelles et dynamisme bénévole.

QUELLES PERSPECTIVES PROGRAMMATIQUES ?

Donner des repères spatio-temporels.

Ouvrir la féria par un événement spectaculaire qui mobiliserait, par exemple sur le parvis des arènes, ou à l’intérieur de celles-ci, tous les acteurs. Jadis, des pégoulades plus associatives qu’aujourd’hui jouaient ce rôle. Pensons, toute comparaison mise à part, à la cérémonie d’ouverture des JO.

Idem pour la clôture. La scénarisation de ces « deux » temps constituerait des repères dans le temps et dans l’espace.

Autre repère : mieux équilibrer les horaires entre ce qui se passe dans les arènes et hors arènes. Examiner l’horaire tardif de la corrida du matin pour dégager un début d’après midi plus long.

La « fête » se tient de fait, sur un axe unique qui va des arènes à la Maison carrée avec une légère extension vers le bosquet et le canal de la Fontaine. Comment y faire figurer toutes nos places (les Carmes, Saint Charles, l’Horloge, Assas, la Couronne, la Cathédrale, l’axe Feuchères) qui ont toutes été très agréablement « ré- urbanisées », comme autant de « pôles » possibles d’animation.

Donner des repères en termes de contenus.

  • Des journées thématiques sembleraient être bienvenues. On a entendu parler d’une journée pour les enfants avec une double dimension ludique et pédagogique, une nuit des gardians (cette profession ne manquant pas d’initiatives et de jeux fleuris pour faire briller et vibrer chevaux et taureaux de Camargue), celle-ci pouvant être précédée par roussataio et abrivado.
  • Les liens entre tauromachie et flamenco sont tels qu’une nuit flamenca aurait toute sa place.
  • Un concours de bandas pourrait réunir le « gusto » espagnol, avec le Sud- Ouest et le « gardois ».
  • A la messe en « lengo nostro » à la Cathédrale viendrait s’ajouter une « misa criolla » à proximité des arènes et de l’Esplanade en l’Eglise Sainte Perpétue.

L’idée d’un jumelage festif, pour la féria, avec une ville d’Espagne et/ou une ville du Sud- Ouest, avec un « match » retour chez elles, serait une ouverture également intéressante qui nous sortirait du « nîmo-nîmois »…

DES CONDITIONS DE REUSSITE …

On doit rappeler l’idée centrale du début de cette partie de notre synthèse : solliciter et soutenir les idées des « locaux ». Ils n’en manquent pas !

Tous les segments de notre culture diversifiée peuvent s’y déployer : la cévenole, la languedocienne, la provençale, l’occitane….dans toutes leurs dimensions. Cette variété qui a fait de notre ville un carrefour culturel, parfois difficilement identifiable, est une richesse sur laquelle nous devons nous appuyer.

Un triptyque pourrait figurer au fronton de ce renouveau recherché :

– Mettre en exergue une identité vestimentaire (dress code pour satisfaire à la modernité !) à l’instar de ce qui se pratique ailleurs. Le jean de Nîmes et la chemise blanche pourraient faire cet office.

– Confier à un professionnel une mission de « chef d’orchestre » sur la base d’un cahier des charges, politique, budgétaire, et programmatique.

– Constituer un Comité de suivi, ad hoc, pluridisciplinaire et multi-partenarial placé sous l’égide de la municipalité, chargé de coordonner les initiatives des divers acteurs et partenaires, ainsi que d’évaluer l’évolution de la fête au cours des ans.

… MAIS AUSSI DES CONTRAINTES.

En tout premier lieu, comment dégager des marges de manœuvre financières fléchées sur ce temps du « vivre ensemble » que peut constituer sans nul doute la féria ?

On ne peut s’exonérer des questions de sécurité, mais qui sont identiques, que ce soient pour les jeux romains, le départ de la Vuelta, les concerts d’été, ou « un réalisateur dans la ville »…etc. Ce serait faire trop d’honneur à ceux qui veulent détruire notre cohésion sociale que de sombrer dans une dérive sécuritaire.

Enfin, il faut contenir (!) l’image de fête trop alcoolisée, que parfois certains médias nationaux se complaisent à mettre à la une. Cela entretient un climat de méfiance, et freine l’attractivité de la fête… y compris parfois pour les Nîmois eux mêmes.

En dernier lieu, ne céder aucun terrain aux anti-taurins et défendre, ici comme ailleurs, notre droit à la différence culturelle. Dans ce domaine également, ne pas accorder plus d’importance aux causes « exogènes » qu’à celles sur lesquelles nous avons réellement une emprise.

EN GUISE DE NON-CONCLUSION….

Cette réflexion, conduite à l’initiative de la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard, n’a pas pour prétention d’être exhaustive, et de constituer la seule source d’inspiration possible pour faire évoluer nos Ferias locales. Nous souhaitons que d’autres démarches soient également conduites, et tant mieux si, par certains aspects, elles pouvaient se rejoindre et même se confondre.

A partir d’un existant ancien, que l’on ne doit ni oublier, ni caricaturer, et qui est encore présent dans « l’inconscient collectif », des espaces de progression existent, et notre seule ambition était de les ouvrir.

Si ce document peut paraître parfois un catalogue un peu touffu, c’est que nous nous sommes efforcés d’y faire figurer la grande majorité des idées qui ont été abordées au cours des entretiens réalisés.

La synthèse de ces rencontres a été mise au service des décideurs pour nourrir leur discernement, leur réflexion, et inspirer leurs décisions à venir.

Nous avons conscience qu’aujourd’hui les Ferias sont à une étape importante qu’elles ne pourront franchir que si les Nîmois savent se les réapproprier et se réinvestir dans leur déroulement.

Le plus grand mérite de notre initiative est peut-être d’avoir mis en exergue la sympathie que toutes les personnes rencontrées nous ont exprimée, montrant ainsi que des femmes et des hommes, Nîmois de naissance ou d’adoption, sont disponibles pour un nouvel élan, et pour « Donner un souffle nouveau aux Ferias de Nîmes ». Nous leur adressons nos plus sincères remerciements.

Les rédacteurs : Danielle BASTIDE, Philippe MICHEL, Gérard QUITTARD, Eric DUMOND.

Pour la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard.
Le Président, Jean GABOURDES.

UNION TAURINE NÎMOISE – CERCLE TAURIN NÎMOIS – AFICION CHEMINOTE NÎMOISE – LES AMIS DE TOROS – PEÑA ANTONIO ORDOÑEZ – CLUB TAURIN LION’S CLUB – LA PUNTILLA – CLUB TAURIN PAUL RICARD BUOUS I CAVAUS – CLUB TAURIN FIESTA BRAVA – PALMAS Y PITOS – CLUB TAURIN LA QUERENCIA – EL CAMPO – A LAS CINCO DE LA TARDE – LES AMIS DE PABLO ROMERO – CLUB TAURIN LOU SARRAIE – CERCLE TAURIN CAMPUZANO – CLUB TAURIN JONATHAN VEYRUNES – CLUB TAURIN PEPE DE MONTIJO – PEÑA CAYETANO RIVIERA ORDOÑEZ – CLUB TAURIN COL Y TOROS – BIOUS Y TOROS VAUNAJEOL – CLUB TAURIN LAS AFICIONADAS – LOS ARENEROS DE FIESTA BRAVA – PEÑA TAURINE TORO CASTAÑO – TORRITO AFICION – LES JEUNES AFICIONADOS NÎMOIS – UNION TAURINE ALESIENNE – LES AMIS DE CAMILLE JUAN – CLUB TAURIN LE PROLÉ D’ALÉS.