Arles. 2 avril (matin). Triomphe majuscule de Diego Ventura.

Triomphe majuscule de Diego Ventura qui enflamma l’amphithéâtre arlésien. La précision et la toreria du centaure luso-espagnol a marqué cette matinée équestre de son empreinte.

Les deux oreilles de Léonardo n’avaient pas la même couleur. La seconde aurait pu être évitée mais la présidence s’est laissée infléchir par la vox populi. Si le public n’a pas toujours raison, il a quelquefois gain de cause. Ce fut le cas ce matin-là !…. Mais ne blâmons personne….

Loin devant ses compagnons de cartel, Diego a montré une fois de plus la totale maîtrise qu’il avait de son art.

« Un colosse en paix » titrait cet hiver la revue Aplausos dans son Spécial Rejoneadores. Une fois encore, c’est  le sentiment que nous avons eu, convaincu par la maestria de Ventura et par son toréo de verdad.

Au delà des paroles et superlatifs, je suis de ceux qui croient à la force des actes, toujours les actes, qui permettent au public de s’émouvoir. Le média n’a  pas pour mission d’inventer une situation,  mais de décrire au mieux ce qu’il voit et s’appliquer à le faire partager. Seul, le torero a le droit et le devoir d’inventer sa faena pour peindre un tableau magique et en faire un moment inoubliable.

L’oeuvre éphémère que réalisa Ventura ce lundi matin avec Africano et Veleto n’aura de vie que ce que permet la fidélité de nos mémoires. Pourtant le goût en est déjà si subtil que les saveurs m’enivrent. Guadalquivir, Lambrusco, Fino, Nazari, Importante, Remate et bien sûr la botte secrète, Dolar, venu parachever l’ouvrage et nous donner le dernier vertige. Il est des galops qui ont un son particulier.  

Dans l’ombre de Ventura, le chef de lidia, Andy Cartagena, nous sembla quelque peu absent et souffrant, visiblement mal remis de sa récente blessure au poignet, suite à une sévère chute dans les arènes mexicaines cet hiver. Ceci est suffisant pour expliquer les imprécisions inhabituelles chez le cavalier de Benidorm. Pour les mêmes raisons, il manqua l’alégria habituelle et le pouvoir de séduction et de transmission qui le caractérisent.

Silence à son premier, il entendra une bronca à son second lors du maniement du descabello. Quatre tentatives mettant à mal son fragile poignet.

Léonardo Hernandez : silence lui aussi à son premier, nous avait habitué à beaucoup mieux. Il se rattrapa à son second, le sixième San Pelayo qui fut le plus lourd (575 kg) et le plus exigeant. C’est avec Sol qu’il domina le mieux « Mariposa », ce toro brusque sans cesse en mouvement.

En selle sur Xarope il cloua de bons bâtons mais on sentit la fatigue chez ce Braga qui a été longtemps la star et le pilier de son écurie. Ses courbettes ne sont plus aussi spectaculaires, l’énergie lui manque, il perd la rectitude et la force nécessaires à l’exécution de ce saut d’école si complexe qui, jadis, nous avait tant émus.

Nous espérons qu’il saura très vite retrouver et former un nouvel athlète pour étoffer sa cuadra.

Avec Estoque, le bien nommé, il mit un rejon de mort qui coucha rapidement le bicho. Ceci incita et excita le public qui réclama une puis deux oreilles lui permettant de sortir à hombros aux côtés du grand triomphateur de la matinée : Diego Ventura.

Le lot de San Pelayo, bien présenté, montra les qualités propres au Murube, avec cette particularité de galop et la noblesse caractéristique de cet encaste.

Reseña : Freddy Porte.
Photos : Muriel Haaz.