Mugron. 2 avril (tarde). La grande première de Dorian Canton.

Une solide entrée, temps nuageux et frais, deux heures quarante de spectacle.

Sept novillos de Pincha, le premier se blessant à l’entrée contre un burladero, remplacé par un sobrero du même fer. Tous deux piques, le dernier une. Chaque fois beaucoup de bravoure et de puissance, deux chevaux renversés, le deuxième un peu faible. Toujours toréables mais très piquants à la muleta.

  • Carlos Ochoa (rouge et or), au premier, une entière, une oreille ; au quatrième, un pinchazo, une demi-lame, avis, trois descabello, vuelta.
  • Yannis « El Adureño » (bleu roi et or), au deuxième, avis, deux pinchazos, une demi-lame, une entière et deux descabellos, silence ; au cinquième, une entière, six descabellos, silence.
  • Dorian Canton (bleu marine et or), au troisième, une demi-lame, quatre descabellos, salut ; au dernier, une entière, deux oreilles.

Dorian Canton n’aura pas manqué son entrée chez les novilleros, le lundi de Pâques à Mugron. Ses deux premières oreilles il les a enlevées à « Helado », novillo de Pincha, en montrant une volonté de gagneur et piochant les ultimes neurones de son courage, au plus profond de lui-même quand il s’agissait de ne pas reculer. Après un brindis au public il distillait quelques muletazos, assis sur l’estribo avant d’entrer dans le vif du sujet. Très calme, immobile avec des toques très doux, il se lançait alors dans un lent derechazo avec une muleta très basse, traînant avec nonchalance sur le sable. Un rêve agréable qu’il renouvelait plusieurs fois, autant de goût dans les naturelles. Il construisit toute sa faena dans un minuscule terrain. De beaux moments de tauromachie.

L’estocade, quasi foudroyante, fut étonnante. Le novillo parfaitement cadré, il se jeta de toutes ses forces entre les cornes. L’épée hésita à entrer, plia sur un os… Un pinchazo ? Non finalement elle s’enfonça jusqu’à la boule, « Hasta la bola », pour une première sortie en triomphe.

On imagine la joie de l’impétrant. Il peut désormais se présenter dans toutes les ferias.

S’il avait mieux maîtrisé l’acier, sa première sortie était digne de trophée. Après un brindis au copain Baptiste Cissé, novillero depuis un an, il commence par trois muletazos à genoux, une succession de séries sur les deux mains, quelques passes de poitrine spectaculaires, et là encore le plaisir de toréer. Ses deux tercios de cape furent chaque fois très précis, élégants, avec des véroniques à couper le souffle, des moments qui lui valurent d’emporter le trophée Jeannot Lestage.

Dorian Canton est désormais le novillero avec lequel il faut compter… et sa sortie devrait inspirer certains, ses deux faenas ont duré moins de huit minutes, mais sans jamais un temps mort.

Carlos Ochoa, le chef de Lidia, passe tout près du triomphe; encore une histoire d’acier avec son second adversaire. Il pouvait prétendre à un deuxième trophée dans cette course. Le garçon est un excellent torero. A la cape ou à la muleta il témoigne la même aisance et la même élégance. Toujours très précis dans ses figures. Il est complet dans toutes les phases de la technique. En le voyant on se prendrait à scander « torero… torero » ! Cela ne l’empêcha pas de connaître quelques moments difficiles, désarmé et bousculé. Mais chaque fois il se rattrapa parfaitement. On retiendra sa première estocade, un modèle.

Yannis « El Adureño » n’a sûrement pas supporté la pression de cette première course dans le Sud-Ouest. On ne lui reprochera rien dans ses tercios de cape, mais à la muleta, face à ce lot encasté, la moindre erreur se payait aussitôt, surtout avec son toreo surprenant et baroque, très personnel, souvent applaudi par les aficionados. Il fut chaque fois châtié et jeté au sol lors de ses deux sorties. Yannis devra rapidement réviser sa copie. Ces scories effacent totalement les bon moments qu’il montre par instant.

Une novillada dont il faudra retenir la caste et la bravoure qui n’ont pas étouffé une belle noblesse très piquante.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Reportage photos : Romain Tastet.