Arles. 2 avril (tarde). Glaciale mais intéressante corrida d’Alcurrucen.

Les cieux s’étaient couverts, le vent s’était levé et, après le beau dimanche de Pâques, l’après-midi du lundi fut glaciale. Dommage car la corrida d’Alcurrucen aurait mérité meilleur environnement et une plus grande assemblée pour la suivre.

Au menu donc des toros d’origine Nuñez porteurs du fer d’Alcurrucen, de belle présentation et maintenant l’intérêt tout au long de la tarde face à une terna composée du torero granadino David Fandila « El Fandi », banderillero puissant qui jouit d’une belle notoriété en Espagne mais qui n’est jamais arrivé à trouver sa place de ce côté-ci des Pyrénées, du jeune matador extremeño José Garrido, qui s’impose course après course comme une valeur sûre, et du matador mexicain Luis David Adame, frère du matador Joselito et du novillero Alejandro, qui apporte une certaine alegria en piste. Bref une affiche intéressante qui a tenu ses promesses.

El Fandi débuta sa tarde par une larga de rodillas mais ne put poursuivre sur sa lancée, son premier adversaire tardant à se fixer dans l’étoffe (les cinq autres eurent un comportement quasi-identique à leur entrée en piste). Deux piques pour ce premier Alcurrucen, entrecoupées d’un quite du Fandi par chicuelinas et largas, et suivies d’un second quite de José Garrido par chicuelinas et demie. David Fandila prit ensuite les banderilles pour clouer facilement en poder a poder, sesgo por dentro et violin. Brindée à l’assemblée, la première faena du granadino débuta par doblones genou fléchi, puis se poursuivit sur la corne droite, l’essai à gauche s’avérant moins probant. Quelques séries droitières donc, de bonne facture, dessinées en courant bien la main mais manquant un peu d’âme. Trois-quart delantera et latérale pour en finir. Silence.

El Fandi parvint à imposer une correcte série de véroniques et demie au quatrième qui fut ensuite piqué à deux reprises, avec esthétique mise en suerte par chicuelinas pour la seconde rencontre. Après un bon quite de José Garrido par véroniques et demie, David reprit les bâtonnets pour deux poder a poder et un sesgo por fuera parfaitement maîtrisés. Face à un toro noble qui ne lui refusa rien, El Fandi dessina une seconde faena tout aussi propre que la première, avec des séquences de bonne facture cette fois sur les deux bords, mais à nouveau sans cette profondeur qui fait souvent la différence entre la moyenne et l’excellence. Nouvelle lame basse pour la conclusion et oreille (un peu protestée).

Avec José Garrido on changea de registre. Il mena ainsi son premier adversaire vers le centre par correctes véroniques et l’y fixa par une demie. Deux piques, trasera la première, précédèrent un quite de Luis David Adame par tafalleras et larga. Débutée de rodillas après quelques passes hautes, la faena s’étoffa sur la corne droite en trois bonnes séries,  tout autant à gauche avec quelques naturelles aidées pour le souvenir, puis retour à dextre, un trasteo bien construit face à un bicho noble qui ne lui refusa rien mais qui manqua un peu de chispa. Final par manoletinas, entière un poil de côté complétée par un descabello et oreille logique.

Quelques véroniques et demie pour accueillir le très beau quinto qui ne fut pas ménagé aux piques, le lancier posant son fer très en arrière lors de la première rencontre, puis « pompant » allègrement lors de la seconde. Quite du titulaire par chicuelinas. Trop (et mal) piqué, l’Alcurrucen s’éteint assez vite et se mit sur la réserve. Quelques bonnes tandas droitières, souvent arrachées, puis bref passage à gauche avant trois-quart en place rapide d’effet. Palmas.

C’est par véroniques « en tablier » que Luis David Adame débuta son premier trasteo, poursuivant par chicuelinas al paso pour présenter son adversaire au lancier de service. Une pique avec chute du bicho à la sortie, puis un quite du mexicain par faroles, gaoneras et demie. Après une légère seconde ration de fer, le faible animal chuta à nouveau après la première paire de banderilles. Brindée à Juan Bautista, la faena fut habilement mené pour économiser les forces du cornu qui se prêta au jeu d’Adame qui se l’enroula à la ceinture, enchaînant les muletazos ambidextres avec une certaine douceur non dénuée d’élégance. Final par circulaires inversées et bernadinas avant entière caidita. Oreille.

Après quelques véroniques et deux piques, joli quite de Luis Adame par saltilleras avant brindis de la dernière faena de la feria à El Fandi, une faena ambidextre qui débuta par statuaires et se poursuivit sur la droite par trois séries liées de bonne facture. Passage à gauche tout aussi correct avant final sur la main droite par du toreo en redondo précédant manoletinas de conclusion. Entière basse pour expédier l’animal et nouvelle oreille, synonyme de sortie a hombros.

Les absents ont eu tort, … mais ont eu chaud, contrairement aux présents. Mais on ne boudera pas notre plaisir, le final valait qu’on se gèle un peu.

Reseña et photos : Paco.