Aignan. 1er avril (tarde). Manolo Vanegas à la poursuite d’un triomphe.

Arène quasi combles, temps clair et nuageux, frais en fin de course, deux heures trente de spectacle.

Trois Concha y Sierra et trois Curé de Valverde sortant dans cet ordre, admirablement présentés, trois piques pour cinq d’entre eux, prises avec bravoure, le dernier, deux piques. Souvent compliqués à la muleta, mais toréables.

  • Octavio Chacon (nazareño et or), au premier (Concha), une entière, un descabello, salut ; au quatrième (Valverde), une entière, une oreille.
  • Pepe Moral (funèbre et azabache), au deuxième (Concha), une entière, deux descabellos, salut ; au cinquième (Valverde), une entière, silence.
  • Manolo Vanegas (rouge et or), au troisième (Concha), une entière, une oreille ; au dernier (Valverde), deux pinchazos, une entière, silence.

 

Apostille. Quelques anti-taurins s’étaient réunis au dernier carrefour avant les arènes pour afficher et crier les slogans habituels.

Personne n’oubliera de longtemps la présentation de la corrida d’Aignan. Exceptionnelle, un modèle du genre, des toros sortis pour beaucoup de l’univers de Goya. Tout d’abord trois Concha y Sierra qui seront pratiquement surpassés par les Curé de Valverde aux armures longues et astifinas. On était dans le domaine de l’horreur, de la peur et du danger. On était dans un autre siècle taurin, quand la corrida était une affaire d’hommes qui voulaient vaincre et gagner.

Manolo Vanegas est le seul à avoir partagé ce sentiment et à s’en donner les moyens. On a vite compris que face au Concha y Sierra il s’est jeté à fond dans la bagarre, décidé à devenir le patron. Sur les deux mains il monte chaque fois sur l’adversaire, s’imposant progressivement. Ce n’est pas parce qu’il se fait arracher la muleta qu’il va renoncer. C’est la tauromachie de la volonté et du courage. Le coup d’épée sera admirable. Le garçon plonge entre les cornes et enfonce la lame jusqu’à la garde.

Avec le Curé de Valverde qui termine la course, ce n’est pas la même chose. L’animal n’a pas toute la caste qui conviendrait. Difficile de le faire avancer et bouger, plus compliqué, impossible même, de le faire répéter. Malgré toute sa bonne volonté Manolo Vanegas devra renoncer.

Octavio Chacon n’ a pas manifesté cette fraîcheur, surtout face à son premier Concha où il aura souvent reculé sur les passes. Il essaye un toreo très classique mais ne parvient guère à le conclure, même si certaines de ses passes pèsent sur le public. Par la suite, il sera aussi élégant à la cape que pour sa première sortie. Mais il devra se retirer rapidement d’autant que le Valverde a une fâcheuse tendance à s’arrêter dans la passe. Il parviendra toutefois à lui voler une oreille sur un splendide coup d’épée.

Pepe Moral aura été le moins convaincant de cette journée. Trop souvent sans confiance, il ne retrouvera pas son élégance à la cape devant le Valverde. Il est vrai que les deux problèmes qui lui ont été soumis étaient particulièrement compliqués.

Mais pour l’aficionado, cette course demeurera longtemps comme celle du toro ce combat, du toro de légende que l’on rencontre de moins en moins.

Reseña et Photos : Jean-Michel Dussol.
Reportage photos : Matthieu Saubion (http://www.vueltaalostoros.fr/)