Gamarde. 18 mars. Daniel Luque, le petit Prince, coupe trois oreilles.

Arènes couvertes combles, température fraîche pour les derniers toros, deux heures quarante de spectacle.

Six toros de Fernando Peña Catalan, lourds et bien armés malgré des armures arrangées pour certains, tous une pique, le sixième deux châtiments, tous très nobles à la muleta. Une course qui a séduit de nombreux aficionados.

  • Curro Diaz (blanc et or), au premier, une entière, deux descabellos, silence ; au quatrième, un quart de lame, neuf descabellos, silence.
  • Daniel Luque (vert funèbre et or), au deuxième, un pinchazo, une entière, deux descabellos, une oreille ; au cinquième, une demi-lame, avis, deux oreilles.
  • Thomas Dufau (bleu marine et or), au troisième, une entière, un descabello, avis, une oreille : au dernier, une entière, un descabello, avis, silence.

Apostille. Morenito d’Arles et Manolito de los Reyes ont été invités à saluer après les poses de banderilles au dernier toro.

Avec Tigre et Leocadio, Daniel Luque a pratiquement atteint les sommets de la tauromachie. Difficile de suivre une pareille main au service d’une temple parfait et qui progressivement se baisse pour faire humilier le toro. A Gamarde sous la coupole, celle de la tauromachie, nous avons eu droit à cette excellente leçon de tauromachie.

Curro Diaz, venu en empereur romain, s’est toujours avancé avec beaucoup de prudence. Plutôt gentil à droite, il a su agiter et ouvrir les flacons aux parfums sur la main gauche. Il apparaissait pratiquement comme un dominateur, mais on attendait plus de charisme et de séduction de la part de ce torero légendaire. Curro Diaz n’a guère forcé son talent pour sa seconde sortie, au point de passer à côté de son second adversaire. Il sera même désarmé. Il terminera sa faena sans jamais nous gratifier de la moindre naturelle.

Daniel Luque, ce fut sa journée, ce fut sa corrida, le jour où l’on se sent bien pour conduire une immense faena. Avec temple et beaucoup de rythme, en imposant sur la main gauche de profonde séries de naturelles, le torero de Gerena trouvait rapidement  le secret pour sortir vainqueur de cette confrontation. Il nous imposait quelques somptueuses naturelles et poursuivait sa domination. Il signait quelques florilèges pour en finir avec ce premier chapitre, et à chaque passe remate, à chaque pecho, il enflammait le public par son courage et sa volonté.

Par la suite les choses furent moins aisées. Un toro compliqué mais qui se laissait faire sur la droite et lui permettait de soulever les applaudissements à chaque fin de passe. Puis le garçon s’imposait, après avoir salué et remercié la musique. Il y avait quelque chose de magique dans cette fin de faena où tout s’enchaînait merveilleusement. Daniel Luque nous a fait vivre un immense moment de tauromachie.

Quant à Thomas Dufau, rien à lui reprocher, tout est parfait, calibré à la perfection, mais ses véroniques d’entrée sont trop propres pour être totalement efficaces. Tout au long de cette tentative de naturelles il n’impressionnera jamais par la sérénité de son torero. Si par la suite il commence bien avec quelques passes inversées, avec cet adversaire qui se blesse il ne trouvera jamais la bonne distance pour s’imposer. Thomas Dufau n’est jamais parvenu à convaincre. Dommage car il avait la quiétude et la volonté pour troiompher. Ce dimanche la chance lui a encore fait défaut.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.