Rion-des-Landes. 19 novembre. Trois toreros pour le bonheur et l’amitié.

Dimanche, le matin à 11 heures. Dix-septième feria campera de l’histoire de la plaza. Arène bien garnie, peut être la plus belle entrée depuis le début. Pâle soleil d’automne et fraîcheur vivifiante. Tous les toreros en traje de campo. Deux heures quinze de spectacle.

Cinq novillos et toros de Luc et Marc Jalabert, bien présentés, le quatrième le mieux armé. Tous une pique prise avec bravoure. Certains compliqués à la muleta mais tous toréables.

  • Rafaelillo, au premier, une entière al encuentro, deux oreilles.
  • Juan Bautista, au deuxième, une entière et un descabello, deux oreilles.
  • Emilio de Justo, au troisième, trois pinchazo, une demi-lame et un descabello, une oreille.
  • Cristobal Reyes, deux entières, une oreille.
  • Yon Lamothe, un pinchazo et une demi-lame, une oreille.

 

Apostille. Avant le paseo, alors que les organisateurs offraient trophées et récompenses aux participants, un individu a sauté en piste, rapidement suivi par six jeunes filles qui voulaient empêcher le déroulement de la fiesta campera. Ils ont été rapidement immobilisés et arrêtés par la gendarmerie. L’une des intervenantes, à l’aide d’une bombe aérosol a répandu un gaz nauséabond… qui a brûlé un gendarme à la joue. Ces individus ont été conduits à la gendarmerie de Rion pour être entendus.

Toujours aussi séduisante la Fiesta campera de Rion-des-Landes, surtout, comme hier matin, quand le soleil lutte avec le brouillard et finit après un beau recibir par lâcher ses pâles rayons sur l’arène… qui dès lors semble danser une infernale sévillane. Cinq toros et novillos de Jalabert complétaient l’ensemble que sont venus saupoudrer de leur art Rafaelillo, Juan Bautista et Emilio de Justo. Une belle matinée débordante d’amitié mais surtout pas nostalgique. Tous voulaient continuer et persévérer, même si quelques chagrins ont tenté d’imposer leur vision, eux qui croient que la nature est un modèle de démocratie. Les pôvres !!! C’est l’homme qui par sa raison, refusant toutes contraintes imaginaires, a créé la démocratie et la liberté de penser.

Rafaelillo… et les ans passent. Il a désormais la quarantaine et toujours cette figure et ce corps d’adolescent attardé. Mais soudainement lorsque surgit le toro le gamin grandit, et dans ce duo à genoux de capotazos, répondant à la violence on a rapidement rencontré l’immense torero auquel aucun élevage ne fait peur. A la muleta, ce matin-là, il pouvait respirer et ce fut une leçon de douceur avec beaucoup d’harmonie lorsqu’il prenait la main gauche. Dommage son toro s’est fatigué un peu vite. Le bonheur d’une vuelta dans  cette arène où il n’y avait que des amis.

Juan Bautista, il venait offrir le meilleur de son art dans ce Sud-ouest où cette temporada il a partout triomphé. Très classique, professoral presque à la cape, il y manifesta une domination totale. Certes le toro le permettait… mais le torero a dû s’imposer un challenge personnel : tout faire sur la main gauche. Ce fut exprimé avec beaucoup de douceur, un immense temple et une muleta qu’il tenait du bout des doigts, comme pour accompagner et non diriger. De quoi rêver, pleurer presque. On était transporté dans un autre monde. Ce doit être un peu cela l’éternité des toreros.

Emilio de Justo est plus habitué à des devises jaillies de l’enfer qu’à des toros de la famille Jalabert, certes toujours piquants, mais chaque fois toréables. Quelques véroniques pour ouvrir les débats. De ces capotazos amples et lents avec beaucoup de finesse au chapitre des medias. Après un brindis à Juan Bautista, une faena très diversifiée avec de très agréables moments sur la main gauche. Emilio a retrouvé le public qui, de Vic-Fezensac à Mont-de-Marsan, l’a porté tout au long de cette temporada.

Cristobal Reyes entrait au chapitre des nouveaux novilleros. Il a certainement hérité du novillo le mieux armé et au moral pas le plus facile. Mais il n’a jamais rompu le combat. A la cape, il livre un tercio à genoux et est très agréable lors des quite qui suivront. Aux banderilles il est encore un peu vert. Il brindera aux trois toreros d’alternative… comme implorant d’être accueilli en leur sein. Dans son début de faena il dessinera de grandes séries, mais manquera de souffle pour aller un peu plus loin et le toro accentue ses difficultés. Mais Cristobal Reyes, qui est celui qui a le moins toréé de cette matinée, se retire sans avoir à rougir. Mais la suite sera bien compliquée.

Yon Lamothe, bien à la cape et très dominateur, s’exerçait aux banderilles avec Mathieu Guillon. Pour Yon, il faut encore apprendre à maîtriser les terrains et la course devant les cornes. Par contre, à la muleta, son début de faena fut parfait. Mais il devait rapidement résoudre quelques difficultés et échoua. Sur la main gauche, après avoir été désarmé, il n’insista guère. Puis malmené par le toro il hésita sur la fin. « Il faut qu’il se domine quand les choses ne fonctionnent pas comme il le voudrait… » analysait son professeur, Richard Milian.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Diaporama : Matthieu Saubion (http://www.vueltaalostoros.fr/)