Samadet. 29 octobre. Marc Serrano sur le nuage du bonheur… et un grand novillo de Casanueva.

Arènes couvertes avec une jolie petite entrée, deux heures trente de spectacle. Toros et novillos offerts par diverses ganaderias, tous bien présentés et de jeux intéressants.

  • Morenito de Maracay, deux pinchazos, deux demi-lames et trois descabellos, silence. Toro de Patrick Laugier, bien présenté, deux piques mais il fallait le consentir.
  • Marc Serrano, une entière et trois-quarts de lame, une oreille. Toro de Virgen Maria (Jean-Marie Raymond), deux piques, brave et de belle noblesse.
  • Octavio Chacon, un pinchazo et une entière, une oreille. Toro du Lartet (Paul et Jérôme Bonnet) lourd et mobile, une pique, parfaitement toréable.
  • Eduardo Gallo, une entière, une oreille. Toro de Cuillé, une pique, belle noblesse.
  • El Galo, cinq pinchazos et une entière, vuelta. Novillo de Casanueva (José et Guillaume Bats),  deux piques, mobile, brave et noble, excellent novillo primé d’une vuelta al ruedo.
  • Bernardo Valencia, une entière, une oreille. Eral de Cuillé, agressif et noble.

 

En hommage à Philippe Cuillé mais aussi au profit du service de pédiatrie de l’hôpital de Mont-de-Marsan, le festival de Samadet voulu et organisé par Marc Serrano a été une fort belle après-midi taurine. On y aura tout particulièrement apprécié les faenas d’Octavio Chacon, de El Galo, sans oublier Marc Serrano qui livra un ensemble débordant de finesse… Une déception tout de même, les adieux de Morenito de Maracay, José Nelo, qui prirent une tournure quasi-pathétique. Le grand torero n’a pas pris les banderilles, où il excellait, et n’a jamais trouvé la bonne distance face à son adversaire. A ne pas oublier un novillo remarquable de José et Guillaume Bats.

Tout avait commencé par un hommage au ganadero camarguais disparu en début d’année, son épouse et son fils recevant un vibrant témoignage d’amitié de la part de Serge Dupouy, président de la Peña el Violin, co-organisateur, de Didier Cabanis et de Marc Serrano.

Morenito de Maracay, semblait n’avoir pas vieilli d’une année depuis sa période de gloire. Il fallut pourtant se rendre à l’évidence de retrouver un acteur qui ne fut que l’ombre de lui-même. Déjà hésitant à la cape, puis refusant les banderilles et enfin incapable de trouver la bonne distance avec le Laugier, ce ne furent que reculades. Certes le toro n’était pas un tendre, encore aurait-il fallu le consentir, et lorsqu’on pense aux élevages qu’a affronté Morenito, ce Laugier aurait été à sa mesure en d’autres temps. Dommage et beaucoup de tristesse pour tous les aficionados. Le souvenir n’était pas au rendez-vous.

Marc Serrano, agréable à la cape, parfait et courageux dans les quites, après avoir brindé à Mme Cuillé, montra la figure d’un torero sûr de lui, très fin au jeu de la muleta. Il ne tarda pas à respirer le plaisir de toréer, surtout sur la main droite. Il n’ignora pas pour autant les naturelles. Marc Serrano monta par moment sur le nuage du bonheur.

Octavio Chacon s’afficha en conquérant dès qu’il prit la cape. Il ne fut pas le moins du monde impressionné par le solide Lartet qu’il affrontait. Un animal qui se lança sur le cheval avec un beau galop, se jetant avec violence sur le peto qu’il ne voulait plus quitter. Chacon allait par la suite enchaîner de multiples derechazos, se battant à chaque cite et pesant sur le toro. Il découvrait un terrain plus compliqué à gauche et terminait par quelques aidées et trincheras.

Eduardo Gallo, que l’on redécouvrait, n’a rien perdu de son élégance. Là, avec un Cuillé, il se montrait à la hauteur de l’adversaire avec lequel il joua tout d’abord sur la droite avant de renchérir sur l’autre main et de déclencher la musique. Mais le torero oublie parfois les bases de la technique au profit de l’esthétisme, il le paya d’une voltereta. Simple rappel à l’ordre mais qui priva la faena de son rythme. On sera récompensé sur la fin par une belle série droitière.

El Galo fit lui aussi preuve d’une solide élégance et de beaucoup de volonté à la cape. Partageant les banderilles avec Bernardo Valencia, il se montra à l’aise avec les bâtonnets. Le novillo de Casanueva, par sa mobilité et ses charges rectilignes, permettait beaucoup et le Franco-Mexicain se lançait dans une faena très profonde et variée, aussi à l’aise sur les deux mains. On aura retenu la précision de ses gestes et une lenteur naturelle dans la façon de les exécuter. Belle et très classique tauromachie. Trahi par l’épée, il fera une vuelta avec les éleveurs dont le toro avait été célébré par le mouchoir bleu.

Bernardo Valencia trouva un eral de Philippe Cuillé, animal peu commode et très agressif, que quelques véroniques d’accueil n’avaient pas réglé. Il fut laborieux aux banderilles. Suivait une faena d’un intérêt moyen, même si toutes les figures furent dessinées  dans les règles de l’art.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Reportage photos :  Matthieu Saubion (http://www.vueltaalostoros.fr/)