Bouillargues. 7 octobre. « Lunero » de Tardieu et Dorian Canton, lauréats 2017.

Le beau temps, les dernier feux de la temporada qui s’éteignent progressivement, une affiche tricolore digne d’intérêt, autant d’arguments pour remplir les gradins du Plan di Biou André Dupuis de Bouillargues.

Au menu six novillos de diverses ganaderias françaises, un desafio ganadero qui a tenu ses promesses avec un bétail de qualité dont nos ganaderos se prévaloir car on va quelquefois chercher bien loin ce que l’on a à nos portes, au moins dans cette catégorie. De la caste, de la mobilité, du genio quelquefois, tous les ingrédients étaient réunis pour que la tarde soit belle, et elle le fut, même si les trois garçons du jour ne passèrent pas forcément de bons moments. Une étape nécessaire dans un apprentissage souvent édulcoré par la faible teneur de l’opposition.

Après une minute de silence à l’issue du paseillo en hommage aux membres du mundillo disparus, un autre hommage fut rendu à la ganaderia François André qui fêtait cette année ses soixante dix ans d’existence. La famille Lautier, qui en maintient le cap depuis la disparition de François et Mimi André, fut bien sûr à l’honneur, un trophée souvenir venant récompenser leur implication au quotidien.

« Jugador », de François André – Dylan Raimbaud.

Correctement reçu par véroniques et demies, le novillo fut ensuite pris en mains par El Rafi pour quite par chicuelinas et revolera. C’est sur la corne gauche que Dylan débuta une faena un peu décousue qui le vit très vite douter et reculer, surtout après une bousculade qui le laissa définitivement desconfiado. Toréant sur le voyage à droite comme à gauche, il ne sut s’imposer à un novillo querencioso dont il se défit d’une lame trasera et caida qu’il compléta d’un descabello après avis. Salut.

« Indeciso », de Turquay – El Rafi.

Bien mené vers le centre pour discipliner sa charge, le bicho s’engouffra ensuite dans le capote de Dorian Canton pour quelques tafalleras avec petite bousculade, le garçon reprenant ensuite les commandes par chicuelina et revolera. Bon second tiers de Rafi par deux cuarteos et un violin avant brindis de la faena à ses deux copains Tomas Ubeda et Geoffrey Chastel « El Péré ». Bonne entame sur la corne droite avec quelques séquences main basse de bonne facture malgré un novillo un peu tardo qui très vite raccourcit ses charges, à gauche surtout où Rafi dut tirer les passes au compte-gouttes. Final encimista avant trois entrées a matar infructueuses précédant une entière caidita. Vuelta.

« Cazador », de Durand – Dorian Canton.

Beau novillo accueilli par quelques véroniques de bonne facture, puis un quite de Dylan par chicuelinas. Débutée par passes hautes, la faena s’étoffa très vite sur la main droite par de bonnes sériesde longs derechazos templés servis en courant très bien la main, le passage à gauche s’avérant plus heurté du fait des charges vives du bicho que le garçon maîtrisa parfaitement en s’aidant de l’épée. Bon retour sur la corne droite, puis un final par luquecinas, mais alors que l’oreille semblait acquise, le mauvais maniement des aciers réduisit la récompense à une vuelta, vuelta qui fut refusée par le palco malgré une grosse pétition. A décharge du palco, il est vrai qu’au final le Durand lorgna un peu vers les tablas, mais la vuelta n’aurait pas été scandaleuse. Ovation à l’arrastre.

« Lunero », d’Alain et Frédérique Tardieu – Dylan Raimbaud.

Certainement le plus sérieux de tous, un novillo qui aurait pu être piqué pour adoucir son tempérament de feu. Mais pour Dylan, il y avait trop de toro en piste. Desconfiado, il fut dominé dès la réception au capote, obligé de rompre et de fuir. Quite de Rafi par delantales, avec une voltereta pour le nîmois qui revint au feu pour terminer son intervention par véronique et revolera. Bousculade également pour Julien Breton Merenciano au second tiers, heureusement sans mal pour lui aussi. Dylan sut ensuite faire l’effort moral pour se reprendre, doublant convenablement genou fléchi en début de faena, puis signa quelques bons derechazos avant de reculer à nouveau et de laisser l’initiative du combat au Tardieu. Noble mais ne pardonnant aucune erreur, le bicho bouscula le garçon lors du passage à gauche. On saluera le courage de Dylan qui refusa d’en rester là et qui repartit au combat, même s’il ne domina pas totalement. Entière contraire trasera après avis au quatrième assaut, descabello. Ovation à l’arrastre pour ce bon novillo et vuelta pour Dylan soulagé d’en avoir terminé.

« Avatares », de Giraud – El Rafi.

Entame inégale du nîmois qui joua une partie de gagne-terrain avec l’animal, les deux protagonistes prenant tour à tour l’avantage. Après un quite de Dorian par navarras et revolera, Rafi assura à nouveau de bonne manière le second tiers par trois bons cuarteos. La faena ambidextre qui suivit fut d’inégale valeur, le garçon prenant les commandes au début des (trop longues) séries pour les laisser à l’animal au final, perdant du terrain à chaque fois. Devenant petit à petit querencioso, c’est dans les tablas qu’il entraina le garçon, lequel l’y occit d’une épée très basse, d’une lame perçante et de quatre descabellos entrecoupés d’un avis. Silence.

« Bromeo », de La Paluna – Dorian Canton.  

Après quelques véroniques et demie, Dorian laissa son opposant dans les mains de Dylan pour quelques chicuelinas et demie. Très vite en querencia près des tablas, il obligea le protégé de Richard Milian à y dessiner sa faena. Quelques séries de bonne facture mais sans réelle continuité. On notera des passes en redondo bien maîtrisées, une maîtrise que l’on ne retrouvera pas avec les aciers qui firent à nouveau défaut, dénominateur commun de cette tarde. Deux pinchazos suivis d’un avis, deux-tiers contraire, puis cinq descabellos mirent fin au dernier combat. Silence.

Quelques temps après, dans la Salle de la Bergerie, Thierry Allez, Président du club taurin La Embestida, et le maire, Maurice Gaillard, remercièrent tous ceux qui firent de cette journée une réussite, membres de l’association, sponsors, aficionados, sans oublier les artistes, Alain Bonhoure auteur de l’affiche, et Tom Garcia et Bruno Eliot pour la décoration des burladeros.

Suivit la remise des trophées, « Lunero« , le pupille d’Alain Tardieu ralliant fort logiquement tous les suffrages côté bétail, Dorian Canton se détachant côté piétons. Les autres ganaderos reçurent l’affiche du jour encadrée, puis tous les présents continuèrent les discussions autour du verre de l’amitié.

Petit clin d’oeil à la cuadrilla des areneras, toujours efficaces.

Enhorabuena à La Embestida pour l’organisation. L’édition 2017 a vécu, vive celle de 2018 !

Note : le novillo de Durand s’était abimé la pointe d’une corne. L’annonce fut faite au micro. Tous les bichos sont sortis limpios, ce qui n’est pas le cas dans bien des arènes plus importantes. Ça mérite d’être souligné.

Reseña et photos : Paco.