Vient de paraître : Bastonito – Rincón.

Il se dit couramment que dans un couple il y en a toujours un qui a le dessus sur l’autre. Qu’après tout il ne s’agit que d’un rapport de forces. Alors, tout l’art du couple est de trouver le point d’équilibre et d’y tenir droit dessus malgré les tempêtes, les coups de la vie et le temps qui passe.

Que la beauté du couple est peut-être là, dans ce combat sourd que l’on ne nomme pas, dans les silences et les attentes qui deviennent, si l’on sait y faire ou si la chance veut bien sourire, une force, un torrent puissant, l’élaboration d’une oeuvre accouchée d’une lidia du quotidien dans laquelle chacun a son propre génie qui nourrit celui de l’autre et se nourrit de lui.
Un jour de décembre, il faisait froid au creux des monts tristes de la Sierra de Madrid, le vent rougissait les oreilles, piquait les lèvres, des carrés d’une neige tombée trop tôt persistaient ça et là et Domingo González m’a dit que ‘Bastonito’, son toro, avait dominé Rincón.
Tout a été écrit sur ‘Bastonito’ et Rincón. Il demeure des clichés au grain épais et c’est tant mieux.
Des années plus tard, si l’occasion m’en était donnée et si je tenais en laisse mon courage, je dirais à Domingo González que je ne partage pas son avis forcément partial.
‘Bastonito’ sans Rincón n’existerait plus ou si peu. Il serait devenu un grand toro que les annales mémorielles venteñas rappelleraient parfois au bon souvenir de ceux qui y étaient. Pas plus certainement. Les jeunes prononceraient son nom dans le flot d’une phrase, au milieu d’autres noms de grands toros madrilènes, avec respect mais sans plus.
Mais ‘Bastonito’ c’est Rincón et parce que l’un ne va pas sans l’autre, on ne prononce pas ‘Bastonito’ à la volée, pour faire le monsieur je sais tout, le singe savant ou pour être liké sur un réseau social. ‘Bastonito’, c’est Rincón, un type qui avoue que ça fait peur quand un toro qui porte un nom de sale gamin des rues lui arrive dessus à vingt mètres de distance. ‘Bastonito’, c’est Rincón, c’est l’engueulade majuscule du couple. Chacun veut le dernier mot et balance le premier avec l’énergie du désespoir. ‘Bastonito’, c’est Rincón, on se serre, on se touche, on se cherche. ‘Bastonito’, c’est Rincón, et la gorge se noue parce que le combat de rue accouche d’un ballet tragique, d’un couple acéré à la Schiele, d’un « je t’aime, moi non plus » aussi toujours jamais à la vie. ‘Bastonito’, c’est Rincón, les deux sont un tout, ça se prend en bloc et on en parle encore !
Ce jour de juin 1994, François Bruschet a assisté à ce ballet tragique. Il en parle encore. Il m’en a toujours parlé. Il s’est rappelé ‘Poleo’ de Cuadri, ‘Clavellino’ aussi, ‘Murciano’ et certainement d’autres de chez Adolfo. Mais ‘Bastonito’ est toujours revenu et jamais sans Rincón. Il m’a dit que c’était « énoooorme », je lui ai demandé de s’expliquer parce que tout ce qu’il aime est toujours « énooooorme » selon lui. Il m’a raconté ces vingt minutes avec une émotion intacte. C’était décousu, le souvenir d’un instant, d’une passe, en appelait un autre moins évident mais peu importait. Il m’a raconté Vidal le lendemain dans El País et l’histoire de sa photo au Batán où tout le monde s’est mis d’accord pour décréter que ce toro qui regarde le cartel de la course était ‘Bastonito’ et pas un autre. C’est comme ça qu’on construit les légendes.
Un jour, il m’a dit qu’il fallait que tout cela reste. Il y avait les photos, oui mais non. Il fallait que l’histoire de ‘Bastonito’ et de César Rincón ne se transforme pas en une ligne perdue dans un maelström d’éphémérides compilées pour raconter une énième histoire des courses de Madrid. Non !
Il fallait un livre. Le voilà qui arrive. C’est écrit noir sur blanc maintenant. ‘Bastonito’ et Rincón ont vraiment existé et se sont rencontré. Ce livre raconte leur histoire…
Laurent Larrieu

Le livre Bastonito Rincón a été pensé et élaboré par François Bruschet.

Ont participé à l’écriture de cet ouvrage : Marisa Navarro, René Pons, Jacques Durand, Botán, Sylvain Fraysse, Frédéric Bartholin, Laurent Larrieu et Chapu Apaolaza.
François Bruschet a mis en lumière les chroniques de l’époque de Joaquín Vidal, Vicente Zabala et Javier Villán.

Rien n’aurait été possible sans le talent et l’afición (aux beaux livres et a los toros) de Bruno Doan et de son équipe des éditions Atelier Baie.

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