Carnet noir. Décès du ganadero Victorino Martín Andrés.

On a appris hier, mardi 3 octobre, le décès à 88 ans du célèbre ganadero Victorino Martín Andrés des suites d’un accident vasculaire cérébral survenu le dimanche précédent. Son histoire, si riche, serait trop longue à raconter par le détail. En voici un résumé.

Victorino Martín Andrés était né le 6 mars 1929 à Galapagar, près de Madrid. Très tôt orphelin de père (il fut fusillé en 1936 lors des premiers mois de la guerre civile), après des études primaires et secondaires dans la capitale, il est contraint de mettre fin à sa scolarité pour aider aux affaires familiales. Ainsi, à 16 ans à peine, il prend en charge la boucherie de son oncle avant d’en ouvrir deux autres, avec ses frères Adolfo et Venancio, dans la même ville (Torrelodones). Par ce biais, il commence une carrière de maquignon mais aussi d’organisateur de spectacles taurins dans les régions de Madrid et de Castille à base du bétail morucho acquis par ses soins.

En 1953, il s’inscrit avec ses frères sous le nom d’Adolfo Martín Andrés à l’Asociación de Ganaderos de Reses de Lidia avec le fer du grand-père Venancio, le fameux V.

Le 18 août 1960, les trois frères font l’acquisition d’un premier lot de bétail auprès des frères Escudero Calvo, un bétail issu de José Bueno et ayant antérieurement appartenu au Marquis d’Albaserrada. Ainsi, 150 têtes changent de main avec l’autorisation d’utiliser le nom d’Escudero Calvo. C’est donc sous cette appellation que sortit à Zaragoza le 30 avril 1961 la première novillada combattue par Palmeño, Manolín Herrero et Emilio Oliva. La même année, la première corrida fut à l’affiche de l’inauguration de la plaza de toros de San Sebastián de los Reyes avec au cartel Antonio Bienvenida, Antoñete et Curro Montes.

En 1962, c’est un second lot de bétail d’Escudero Calvo qui rejoint le premier, les frères Martin Andrés faisant cette fois l’acquisition auprès de Josefa Escudero. 150 vaches et le semental Barquillero viennent donc grossir le cheptel familial. Un troisième lot acquis à Antonio Escudero suivra trois ans plus tard, le 23 décembre 1965. A la même période, la finca Monteviejo près de Caceres viendra grossir les terres familiales.

Après plusieurs sorties des plus positives (dont une première sortie a hombros de Victorino en 1964 à Aranjuez) viendra la présentation à Las Ventas le 19 juin 1965 avec une novillada qui verra le succès d’El Inclusero accompagné ce jour-là de José María Sussoni et El Pepe. Le 29 juin 1967, Victoriano lidia pour la première fois sous son nom à Castro Urdiales (Cantabria).

Un an après, le 2 juin 1968, Victorino subit de graves blessures au campo, attaqué par le semental Hospiciano qui l’encorna à plusieurs reprises, le ganadero n’ayant d’autres solutions pour lui échapper que de se jeter dans la rivière qui traversait les terres.

Baratero à Las Ventas

Le 18 août 1969, Victorino lidiait pour la première fois une corrida à son nom à Las Ventas, un lot combattu par Pepe Osuna, Adolfo Rojas et El Paquiro. L’année suivante dans la capitale Andrés Vasquez coupait les deux oreilles de Baratero et signait ainsi le premier des nombreux succès du ganadero en ces lieux jusqu’à cette corrida du 1er juin 1982 restée fameuse dans les annales de la Fiesta et que l’histoire retiendra comme « la corrida du siècle ».

Corrida du siècle

Devant les caméras de TVE, Ruiz Miguel, Luis Francisco Esplá et José Luis Palomar coupèrent chacun deux oreilles et sortirent a hombros en compagnie de Victorino. Deux toros, Director y Pobretón, furent honorés de la vuelta, le second cité désigné comme le meilleur toro du cycle isidril.

Indulto de Velador

Le 19 juillet suivant, le ganadero devait définitivement entrer dans la légende avec l’indulto de Velador lidié par Ortega Cano, le seul toro gracié à Las Ventas.

En 1988, Adolfo Martín fonda sa propre ganaderia avec sa part du ganado familial, adoptant le V comme fer de sa toute nouvelle ganaderia.

Le succès a aussi son revers. Ainsi, Victorino se sentant persécuté par les vétérinaires espagnols, décida de ne pas lidier dans son pays et envoya tous ses lots en France. Mais la Fiesta avait trop besoin d’un ganadero comme Victorino et les choses s’arrangèrent par la suite.

Victorino dans son musée

Le succès de la ganaderia ne se démentit pas jusqu’à nos jours avec l’implication croissante de Victorino Martin Garcia, fils issu du premier mariage du paleto avec Maria Garcia, dans le suivi de l’élevage. De nombreux indultos vinrent s’ajouter au premier, indultos qu’on ne commentera pas, le procédé s’étant peu à peu dévoyé.

Victorino Martin ne voulut jamais vendre des produits issus de sa ganaderia. La seule fois où il le fit fut en 1978 à Leopoldo Picazo, un bétail qui atterrit ensuite dans les mains de José Escolar. Quelques paillettes de sperme furent cédées au ganadero mexicain José Chafik.

Récemment Victorino père et fils avaient aussi acquis du bétail d’origine Vega Villar et Urcola dans le but de les préserver d’une possible disparition, deux encastes élevés bien sur à part. Une tentative de croisement fut tentée avec les Vega Villar sous le fer de Monteviejo. Le bétail issu de ce croisement ne donna pas satisfaction et il fut éliminé.

Victorino Martín Andrés est mort entouré des siens dans sa finca de Monteviejo. Il sera inhumé dans le cimetière de Galapagar après une cérémonie religieuse prévue ce mercredi 4 octobre à 18h00 dans l’église locale.

RIP

(Photos N et B : aplausos.es et couleur : JM. Dussol)