Mont-de-Marsan. 30 septembre. Deux oreilles coupées à d’excellents Victorino.

Petite demi-arène, temps couvert et frais, deux heure cinquante de spectacle.

Six toros de Victorino Martin, bien présentés, parfaitement dans le type de l’élevage, les premier, troisième et sixième applaudis à l’entrée.  De deux, troisième et quatrième, à trois piques. Le cinquième une quatrième avec la pique de tienta.

  • Emilio de Justo (blanc et or), au premier, trois pinchazos, une entière, salut ; au quatrième, un quart de lame, un avis, un pinchazo, une entière, une oreille.
  • Mathieu Guillon, « El Monteño » (bleu marine et or), au second, six pinchazos, une entière, un avis, silence ; au cinquième, une entière, salut.
  • Manolo Vanegas (bordeaux et or), au troisième, cinq pinchazos, une entière, avis, silence ; au dernier, une entière, une oreille.

Pas la moindre hésitation à ressentir, il s’agissait, à cent pour cent d’une course de Victorino. Des armures développées, souvent astifinas, des robes piquetées de petit gris, une façon de mettre la tête « à la Saltillo » qui ne trompe pas et cette inimitable façon de chercher les chevilles des trois toreros. Du Victorino pur sang !

Emilio de Justo devant un tel bétail a rappelé qu’il entendait demeurer le maître de la partition dans ce nouveau combat. Il nous aura régalé sur la main gauche, s’attardant longtemps sur ce côté. Avec le premier, il avait un adversaire parfait, avec une charge rectiligne et le museau dans le sable. Il signa de longues séries toujours dessinées au millimètre et sans la moindre improvisation. Une mise a mort hésitante le privera de trophée. Il jouera sa deuxième sortie sur la main droite avec un extraordinaire temple, coupant sa série de temps à autre avec d’admirables pechos. Là aussi tout est parfait, rien à reprocher à cette muleta… si ce n’est de durer un peu trop. Avec ces bons et grands moments, le public lui pardonne une mise à mort en plusieurs actes. Avec cette nouvelle oreille, De Justo confirme qu’il est le nouveau belluaire du Sud-Ouest.

Mathieu Guillon avait tout à craindre de passer deux fois après un pareil concurrent… Mais le Landais, certes chaque fois hésitant à la cape, aura démontré qu’il a des qualités à faire encore mûrir. Dans les deux cas, il ne prendra confiance que dans le fil du combat, quand la muleta lui permet de faire humilier son adversaire et qu’il tire d’interminables muletazos. Il y a du torero qui ne demande qu’à poindre. Mais c’est avec  «Mosquito», son second qu’il rencontre la plus belle réussite. On le verra mener son combat avec clairvoyance et efficacité, démontrant à tous les instants beaucoup de temple. Belle série à droite, lente, muleta basse et un même rythme, en suivant, sur la main gauche… Mathieu Guillon aura le tort de vouloir une série de plus. Elle n’atteindra pas la puissance des précédentes… et nuit à l’intérêt de son début de faena. Malgré un grand coup d’épée, le public lui refusa un trophée. Il y a parfois des injustices cuisantes et douloureuses.

Manolo Vanegas… Et s’il était le grand gagnant de cette journée ? Certes il fut un peu laborieux avec « Bolsiquero », comme s’il se réservait pour résoudre les équations que lui posait maintenant «Matematicas». Même s’il est par instants bousculé, débordé et dominé, Manolo reprend le commandement et rapidement il nous régala de quelques grands moments. Dans ces derniers muletazos, souvent sur les deux mains, il y eut des instants d’une lenteur infinie. Des charges conduites comme si Vanegas sculptait l’éternité. Pour sa troisième course, ce garçon a montré toute la maturité d’un torero affirmé. Ce fut une grande et belle oreille qu’il s’offrit.

Les grands vainqueurs de cet après-midi furent les Victorino, un très beau lot d’excellent comportement qui, avec des mise à mort réussies, aurait certainement laissé beaucoup plus d’oreilles.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol
Diaporama : Romain Tastet