Les Saintes Maries de la Mer. 30 septembre. Du bon toreo sous la pluie.

Les cieux avaient sûrement décidé de mettre un terme à leur temporada car les vannes célestes se sont ouvertes dès le début de la course pour ne plus se refermer par la suite. Mais il en fallait plus pour que les aficionados qui avaient fait le déplacement soient découragés car faisant preuve d’un remarquable stoïcisme, il restèrent sur les gradins jusqu’au bout, malgré les averses qui s’intensifièrent au fil du temps.

Un coup de chapeau aussi aux toreros du jour, et j’y englobe les cuadrillas, qui, malgré l’état de la piste transformée en bourbier à la mi-course, jouèrent le jeu jusqu’au bout, bravant le risque, pour que la tarde aille jusqu’à sa conclusion. Enhorabuena a todos !

Cette journée organisée au profit des écoles taurines connut donc un beau succès d’estime, même si la météo dut jouer dans la fréquentation des étagères remplies au quart de leur capacité. Mouillé mais heureux, diront certains (dont je fais partie), car on a passé un bon moment qui nous a permis, pour certains d’entre nous, de remonter le temps, à l’époque où deux des toreros du jour, Swan Soto et Diamante Negro, écumaient les pistes de nos contrées.

Avant le paseo, les manadiers remirent aux organisateurs le produit de leurs actions, puis, encadrés par les élèves des écoles taurines bénéficiaires, les six toreros défilèrent, se figeant au final pour un hommage à Nimeño II qui se termina par une minute d’applaudissements.

Swan Soto, que l’on n’avait pas vu depuis fort longtemps, a encore de belles choses à nous raconter. Ainsi, face au pupille de Patrick Laugier, il dessina quelques jolies véroniques, gagnant le centre pour y fixer son opposant par une demie, y retournant ensuite après la pique pour un quite à l’identique. Muleta en mains, le nîmois composa ensuite une agréable faena dont les meilleures séquences furent droitières, la corne gauche s’avérant moins propice. Des derechazos longs et templés, main basse pour quelques uns, des pechos allurés, il semble que le temps n’ait pas eu de prise sur le garçon. Entière contraire un peu tendida pour la conclusion et oreille bien gagnée.

Diamante Negro hérita ensuite d’un Gallon de petit format qu’il salua par une belle série de véroniques et demie, signant lui aussi un quite à l’identique après la pique. Brindée à ses collègues du jour, la faena de Diamante connut d’exquises séquences droitières, le garçon n’ayant rien perdu de l’élégance qui caractérisait son toreo il y a quelques lustres. A gauche, le bicho était plus court, et lors du changement de main, le Gallon se dégonfla et chercha l’abri des planches. C’est dans la querencia que s’acheva cette faenita de bon goût avant une bonne entière portée au second assaut que le torero du Sambuc compléta de deux descabellos avant que l’animal ne se couche. Oreille.

Jonathan Veyrunes était opposé à un Cuillé de belle apparence. Accueilli par bonnes véroniques, demie et revolera, le pensionnaire du Grand Badon contourna le cheval à la première rencontre avant d’y revenir pour une pique trasera. Quite du titulaire par véroniques et demie puis une faena de bon niveau, peut-être un peu longue, la charge du noble bicho se décomposant au final, et terminée par de bonnes naturelles que Jonathan arracha une à une. Entière en place après pinchazo. Oreille.

Mehdi Savalli, face à un Antonio Bañuelos de belle présence, s’est montré à son avantage, sûr de lui, conquérant, courageux et dominateur. Belle réception par véroniques et revolera, puis après la pique un quite fleuri par véroniques, chicuelinas, tafalleras et demie. Malgré l’état désastreux de la piste, Mehdi assura lui même le second tiers en deux poder a poder et un violin.

Grosse voltereta dès l’esquisse du premier derechazo, heureusement sans autres dommages que ceux causés au costume de l’arlésien, puis une faena vaillante, un peu tremendista, à laquelle il ne manqua rien du répertoire du garçon, ni les passes cambiadas, ni les dosantinas, l’ensemble sans temps mort et mis en valeur par l’alegria de l’animal qui ne refusa rien au garçon. Entière delantera après final encimista, descabello, et les trophées maxima acquis avec le coeur et les tripes. A revoir plus souvent !

Jérémy Banti, qui était opposé à un Tardieu, signa quelques correctes véroniques, puis, après la pique, dessina une faena de correcte facture, paraissant peut-être un peu terne après la prestation de Mehdi mais dans un registre somme toute honorable. Salut après des difficultés dans le maniement des aciers.

El Rafi, venu en remplacement de Sébastien Castella blessé au poignet, tint sa place avec beaucoup de détermination et d’envie. Face à un pensionnaire (pas très beau) de la famille Callet, il signa une entame par bonnes véroniques, demie et larga. Après les piques, Raphaël assura un bon second tiers, clouant fort bien les bâtonnets par trois fois en poder a poder malgré une piste on ne peut plus boueuse. Brindée aux toreros du festival, la faena ambidextre fut de bonne facture, un peu brusque sur la main gauche. Estocade pescuecera (dans le cou) après deux pinchazos. Oreille.

Reseña et photos : Paco.
Vidéo : Didier Ségarra