Carnet de voyage. Retour sur la Feria del Arroz de Calasparra.

Calasparra est une petite ville d’un peu plus de 10 000 habitants située à environ 70 km au nord-ouest de Murcia.

Connue pour son riz, la petite cité murciana organise chaque année, dans son ancienne (inaugurée en 1896) et coquette placita baptisée « La Caverina », sa Feria Taurina del Arroz dans le cadre de ses Fiestas en l’honneur de la Virgen de la Esperanza. Cette année, du lundi 4 au vendredi 8 septembre, six novilladas étaient au programme avec des fers prestigieux tels Monteviejo, Villamarta, Couto de Fornilhos, Conde de la Maza, Ana Rolmero et Cuadri. Pour les affronter, des novilleros pris dans le peloton de tête de l’escalafon novilleril.

Evénement exceptionnel cette année car pas moins de quatre français étaient à l’affiche, Andy Younes le lundi, Adrien Salenc le mardi, El Adoureño et Tibo Garcia le mercredi, les deux derniers rejoints par le franco-mexicain Andrés Lagravère « El Galo » remplaçant Garcia Navarrete toujours convalescent.

Ambiance taurine sur les gradins (4200 places) avec un public aficionado et connaisseur, même s’il se laisse convaincre quelquefois par les arguments pueblerinos de certains toreros.

Tous les matins à 10h00, encierro avec les novillos de la tarde, puis l’après-midi à 18h45 la novillada débutait par le passage en piste de l’orchestre chargé d’animer la course.

Les alguacilillos ouvraient ensuite le paseo, faisant évoluer leurs superbes montures sur quelques figures de haute école (passage, pas espagnol, …).


Lundi 4 septembre. Triomphe de Jorge Rico.

Après une novillada intéressante le dimanche hélas marquée par la faiblesse des utreros de Monteviejo, le lundi proposait du bétail de Villamarta pour Jésus Enrique Colombo, Andy Younes et Jorge Rico.

Si le bétail permettait aux garçons de s’exprimer, le plus en vue des trois fut incontestablement Jorge Rico qui apporta la fraîcheur de son toreo et l’enthousiasme de sa jeunesse. Il mit le feu aux gradins par un placement sûr, trouvant très vite le sitio lors de ses deux passages en piste. Il récolta les deux oreilles de son premier Villamarta mais connut des problèmes avec l’épée au sixième. Au final du cycle, le prix au meilleur novillero, la Espiga de Oro, lui fut décerné.

Andy Younes signa une bonne première prestation face au second mais il connut des difficultés avec la rapière (salut). Son second, qui  n’offrait guère d’options, nécessita trois assauts à l’épée (silence).

Jésus Enrique Colombo dessina quant à lui une bonne première faena qui fut créditée d’un pavillon. Il salua au terme d’une seconde prestation d’inégale intensité.


Mardi 5 septembre. Blessure d’Adrien Salenc.

Les novillos portugais de Couto de Fornilhos ont animé la course mais se sont avérés souvent mansos et compliqués, nécessitant un bon bagage de la part des novilleros.

Adrien Salenc sut s’imposer face au second mais son épée tendida tarda à faire de l’effet et nécessita l’usage du descabello, privant le nîmois d’un possible trophée. La séquence la plus émotionnante vint lors de l’accueil de son second adversaire. Adrien l’accueillit par une larga cambiada afarolada de rodillas près des barrières. Le novillo le prit au final de la passe et le coinça contre les planches, la corne frôlant la poitrine (deux varetazos) et atteignant l’épaule (luxation). Les présents ont craint une blessure plus grave. Fort heureusement il n’en fut rien mais la suite de la saison d’Adrien s’en trouva compromise.

Juan Carlos Benitez (un nom difficile à porter) est un garçon courageux mais il manque de fond. Le meilleur de ce qu’il produisit fut trois bonnes estocades. Le reste ne laissera pas un grand souvenir. Palmas, silence et silence.

Carlos Ochoa  a toréé de façon classique, presque introvertie, mais son premier adversaire permettait peu (vuelta pour son compte) et son second fut assassiné à la pique (silence).

A noter que la physionomie de la course changea après la cogida d’Adrien. Les cinquième et sixième novillos durent payer le prix fort et furent assassinés à la pique. Il fallait absolument les détruire et tout fut mis en branle pour y arriver, au point que le dernier utrero ne put mettre au final une patte devant l’autre. Lamentable, et une mauvaise image de la Fiesta !


Mercredi 6 septembre. Tibo Garcia s’impose.

Les novillos du Conde de la Maza, sérieux de présentation, ont montré deux visages, mansos et fades les trois premiers, meilleurs les trois suivants avec un bon quatrième, un excellent cinquième et un maniable sixième.

Tibo Garcia, chef de lidia du jour, fut le seul vrai torero de la tarde. Son premier novillo fut soso et ne lui permit d’afficher que des détails (silence), son second mit en valeur la pureté de son toreo et ses bonnes manières. Il lui manque encore un peu de transmettre mais le public ne se trompa pas et lui fit accorder un pavillon.

El Adoureño, que je découvrais, ne m’a pas convaincu. On ne le jugera pas sur sa prestation face au second qui manquait de race (silence). Par contre son toreo publerino sut toucher les tendidos qu’il toréa plus (à mon avis) que l’animal. Si quelques tandas furent de bon niveau, son toreo accrocheur pourrait le cantonner aux pueblos s’il n’en change pas. On attendra toutefois de le revoir pour affiner ce jugement que je ne veux pas trop hâtif.

El Galo, venu en remplacement de Garcia Navarrete, est encore trop vert pour ce genre de confrontation. Ainsi, malgré quelques tandas de correcte facture, il toréa en déchargeant continuellement la suerte et fut incapable de tuer son premier adversaire. Trois avis après une multitude de coups d’épée et de descabellos. Quand on en est là, on ne sort pas pour saluer ! Il s’adjugea une vuelta au sixième après une petite pétition que le palco refusa sagement de valider. La route est longue et il faudra encore travailler.

A noter qu’après les trois avis, le novillo se coucha et agonisa un long moment avant que l’on daigne s’occuper de lui. Lamentable ! Il fut relevé péniblement pour être dirigé vers les corrales où il termina son existence. Pas très glorieux tout ça !


En résumé, une feria intéressante qui mérite d’être connue. Public sympathique, chaleureux et accueillant. Un grand Merci à l’empresa qui m’a donné une accréditation pour travailler dans de bonnes conditions.

Compte-rendu et photos : Paco.