Malaga. 17 août. Ponce met le feu à La Malagueta.

Cette Corrida Picassiana-Crisol était attendue avec une certaine impatience et beaucoup de curiosité.

Tout un scénario avait été écrit par Enrique Ponce dans un décor déjà utilisé, avec quelques différences, les années précédentes, mais dans la même veine. Le côté pictural avait été confié au peintre Loren Pallatier, le côté musical à un orchestre dirigé par le chef montois Michel Cloup, la partie vocale étant assurée par les chanteuses Estrella Morente (épouse de Javier Conde), Alba Chantar et le chanteur Pitingo, l’ensemble savamment coordonné par l’autre montois Guillaume François.

Côté bétail, l’organisation avait fait appel aux toros « artistes » de Juan Pedro Domecq et Daniel Ruiz, lesquels, de présentation correcte, furent de parfaits auxiliaires. Pour les préserver et s’assurer leur concours, on les ménagea au premier tiers.

C’est donc plus à un ballet qu’à un combat que l’on assista et, comme je l’ai écrit lors d’un précédent article, il serait dangereux de classer ce spectacle dans la même catégorie que les corridas habituelles. Il sera donc prudent de le ranger dans celle des spectacles exceptionnels (au sens d’occasionnels) tels les festivals où les critères habituels ont un droit de cité plus restreint.

Pour avoir assisté à cette corrida au travers du petit écran, et avec la distance que celui-ci vous impose, on rangera les prestations artistiques d’Enrique Ponce dans le domaine du grand art, de la maîtrise absolue du métier au service d’une plastique exceptionnelle que peu de toreros possèdent à l’heure actuelle (personnellement je ne suis pas loin de penser qu’il est le seul à ce niveau). Tous les gestes sont calculés, précis, décomposés, sans aspérités autre que celles que peuvent y amener les réactions d’un animal qu’on ne pourra jamais (et c’est heureux) contrôler à 100%.

Il n’est pas nécessaire de passer par le détail les trois prestations du Maestro de Chiva, les deux premières étant créditées d’une oreille (mais les récompenses n’ont ici qu’une valeur relative et indicative), la troisième, la plus aboutie laissant dans les mains du torero deux trophées symboliques. Tout le répertoire de Ponce y passa lors des trois épisodes, les traditionnelles « poncinas » faisant toujours leur effet, d’autant qu’au cinquième toro le Maestro les réalisa au capote au final de sa faena.

Quant à l’indulto, bien évidemment pas accordé selon les canons habituels, on dira qu’il faisait partie de l’histoire qui devait s’écrire en ce 17 août sur le sable de La Malagueta, sans plus de commentaires (le premier tiers n’ayant été que symbolique). On peut comprendre que le public ait été sous le charme, j’y ai moi même succombé lors du solo de Ponce à Istres, l’ambiance entourant la manifestation ne pouvant que provoquer une émotion intense.

Mais je ne le répèterai jamais assez, la corrida, ce n’est pas ça ! Et quoi qu’en dise Simon Casas qui y voit la corrida du futur, si la notion de danger cède le pas à l’art, la corrida ne se justifiera plus en tant que telle, car pourquoi lors d’une manifestation « artistique » devrait-on alors sacrifier son « partenaire » ? Ainsi progressivement on en arriverait à supprimer les piques (qui sont déjà la plupart du temps symboliques), puis les banderilles (dont on ne pose plus souvent que deux paires) et, à terme, la mise à mort. Attention, danger !!

N’oublions pas dans l’affaire d’évoquer le matador malagueño Javier Conde qui fut l’auteur de trois prestations plus qu’honorables, abstraction faite des mises à mort qui ne furent jamais le point fort du garçon. Conde, à l’opposé de Ponce, torée à l’instinct. Ses prestations ne sont ni calculées, ni étudiées, telles celles d’un Rafael de Paula à sa grande époque. Il fut hier plus qu’un faire-valoir, apportant sa touche d’originalité à un ensemble bien huilé. Pas désagréable !

Et tout ce petit monde se retrouva lors d’une vuelta finale chaleureuse. Contrat rempli, la Corrida Picassiana-Crisol fut un événement exceptionnel. Elle se doit de le rester !

Texte : Paco.
Photos : Pablo Cobos.

Fiche du spectacle.

Quatre toros de Juan Pedro Domecq et deux (2º et 3º) de Daniel Ruiz, tous nobles mais justes de forces, le cinquième, « Jaraiz », n° 53, negro mulato chorreado, 554 kilos, né en décembre 2012, indulté par Enrique Ponce.

  • Enrique Ponce : oreille avec pétition de la seconde, oreille et deux oreilles symboliques.
  • Javier Conde : vuelta, silence et salut.