Béziers. 15 août (tarde). Une Miurada catastrophique. Juan Bautista sauve la tarde.

Après la déception de la veille avec les Victorino, la seconde corrida torista de la feria aura été un fiasco pour la légendaire devise de Miura.

Deux toros de Zahariche changés, on aurait pu en remplacer trois, car celui sorti en quatrième position n’avait pas plus à faire en piste que les autres. Pas moins de neuf toros sont sortis des chiqueros, le sobrero de Cayetano Muñoz sorti en sixième ayant laissé sa place à un pupille de José Cruz.

Des toros de Miura dont aucun ne tint la distance, faibles à la limite de l’invalidité, décastés, et qui provoquèrent l’ire d’un public se sentant floué. Après les cornes douteuses de Céret, la ganaderia Miura à nouveau sur la sellette avec des bichos incapables de supporter un combat normal. Tout cela est bien inquiétant …

Rafaelillo était revenu en terre biterroise tout auréolé de son succès de l’année précédente. Cette fois, le bétail n’aura pas été à la hauteur de ses espérances. Il passa toute la tarde à toréer à la voix (pour ne pas dire qu’il « gueula » en permanence à la limite du supportable).  Son premier était faiblard. Il s’acharna en criant à faire croire qu’il affrontait un monstre, toréant plus le public que l’animal. Larga de rodillas pour ouvrir le bal, puis quelques capotazos avant deux piques de moyenne intensité, la première prise en poussant. La faena ambidextre se résuma à quelques poignées de muletazos en tenant compte du peu de forces et de charge du Miura qui fut envoyé au desolladero d’une trois-quart contraire portée au second assaut. Salut au tiers.

Sortit en troisième un Miura invalide qui fut renvoyé après quelques muletazos et qui fut remplacé par celui prévu en cinquième position. Reçu par larga de rodillas et véroniques genou fléchi, le bicho fut ménagé par le lancier en trois picotazos avant quite du murciano par trois chicuelinas et revolera. Suivit une faena ambidextre de correcte facture (si l’on fait abstraction du volume sonore), conclue, après pinchazo, par une belle entière. Oreille.

Le quinto était un sobrero de José Luis Pereda. RAS au capote, deux picotazos, puis un trasteo (brindé à Juan Bautista) initié par passes hautes, main sur les tablas, avant quelques séries de bon niveau sur les deux mains, l’ensemble servi avec une certaine facilité, Rafaelillo goûtant le plaisir, rare pour lui, de toréer ce genre de toro. Des longueurs avec les aciers (demi-lame tendida après pinchazo puis quatre descabellos) le privèrent d’un possible trophée. Silence.

Juan Bautista avait accepté le défi de toréer les Miura. Sa déception fut à la hauteur de l’enjeu. Son premier Miura, quasiment invalide après deux rencontres avec la cavalerie, fit remplacé par son second adversaire (4° sur le papier). Reçu par trois véroniques, deux chicuelinas et une demie, le bicho prit deux piques de faible intensité avant une faena de bonne facture instrumentée sur les deux mains qui valut au torero arlésien la première oreille de la tarde après une entière caidita complétée par un descabello.

En quatrième position sortit le Miura prévu en sixième (il faut suivre !), un autre invalide ménagé à la pique (une seule), puis économisé au second tiers par une pose unique de banderilles. Malgré cela, l’animal ne tint pas la distance et Jean-Baptiste demanda son changement que le palco refusa. Le garçon prit l’épée pour en finir d’une demi-lame caida complétée par un descabello. Silence pour le torero et grosse bronca à l’arrastre.

Le sobrero de Cayetano Muñoz sorti en sixième position ne dépareilla pas dans ce défilé d’invalides. Pour éviter une émeute, le palco le remplaça par un sobrero de José Cruz (sans que le public soit informé de la provenance  de ce neuvième toro). Juan Bautista vit tout le potentiel du toro dès les véroniques de réception. Bien décidé à triompher, il le fit économiser à la pique, puis se lança avec une ferveur peu commune dans la faena, allant jusqu’à réclamer la musique que le palco tardait à envoyer. Un comportement peu habituel chez l’arlésien qui déploya tout le répertoire de sa riche tauromachie actuelle. Mains basses, sûr de lui, il fut extraordinaire de puissance et de maîtrise jusqu’à l’estocade a recibir portée au second assaut.

Tiers de lame, deux descabellos et vint l’oreille tant convoitée que Jean-Baptiste aura conquis avec son coeur et avec ses tripes, et que le public aurait aimé voir doublée.

Ainsi s’acheva une feria dont les plus grosses déceptions vinrent des deux élevages toristas les plus prestigieux du marché. Inquiétant …

Reseña et phoros : Paco.