Béziers. 13 août. Puerta Grande pour Roca Rey.

Une demi-entrée un peu décevante pour cette course dont l’affiche aurait dû attirer un public conséquent, les trois toreros du jour faisant partie des valeurs sûres du marché.

Les absents ont eu tort, d’autant que côté bétail les Garcia Jimenez ont affiché plus de présence que personnellement j’en attendais.

Pour les avoir vu à plusieurs reprises faibles et décastés, ce fut une agréable surprise, d’autant que la présentation, certes inégale, fut à la hauteur du cartel. Bref, un contraste certain avec les Cuvillo de la veille.

Enrique Ponce, très attendu, ne fut pas heureux au sorteo avec les deux toros les moins intéressants de la tarde. Le premier fut reçu par élégantes véroniques et demie avant de recevoir deux rations de fer, trasera la première.  Un peu affaibli par le châtiment, le bicho chuta sur les doblones d’ouverture de la faena, puis se reprit, aidé en cela par la muleta douce du Maestro de Chiva. Bien que gêné par le vent, le Roi Henri construisit petit à petit son oeuvre, inventant son toro qu’il incita à collaborer malgré son peu de charge. Certes le trasteo fut d’inégale intensité, évoluant de menos a mas pour culminer sur quelques séries ambidextres pas gagnées d’avance. Une entière trasera portée avec conviction parapha la copie. Salut au tiers que le public aurait aimé transformer en vuelta, mais Ponce, visiblement déçu de ne pas recevoir de trophée, en resta là.

Le quatrième permit moins encore à cause de ses charges brusques que le valencian ne put suffisamment tempérer. RAS au capote à part une paire de véroniques, puis deux piques correctes, la seconde en cognant dans le matelas. Brindée a todos, la faena, débutée par doblones genou fléchi, s’intensifia par la suite sur les deux bords, malgré quelques accrochages inhabituels chez le torero. On retiendra quelques séries mains basses agrémentées de molinetes et autres trincherillas élégantes. Le Garcia Jimenez acheva sa vie publique d’une entière tendida complétée par une poignée de descabellos. Salut respectueux au tiers.

Alejandro Talavante, l’un des hommes en forme du moment, fut bien servi par son premier adversaire et mal par son second. « Asiero », sorti avec le dossard n° 2, fut accueilli par jolies véroniques pieds joints, l’ensemble rématé par deux demies. Après deux rations de fer assez légères, Roca Rey intervint au quite par chicuelinas et revolera. Brindée au public, la faena débuta par une arrucina assez inattendue à ce moment, le bicho venant en plus de loin. Désarmé par la suite, l’extremeño se reprit, enchaînant sur les deux mains quelques correctes séries relevées par d’esthétiques changements de mains par devant. Un trasteo de menos a mas au sein duquel se glissèrent passes cambiadas et farol, et terminé par manoletinas serrées. Entière contraire delantera, descabello et première oreille de la tarde.

Le quinto ne fut hélas pas du même tonneau. Brusque, désordonné dans ses charges, accrocheur, il ne permit pas à Talavante de récidiver dans le succès. Après quelques véroniques et demie, puis deux piques en poussant le cheval par l’avant, ce Jimenez posa des problèmes que le torero ne sut résoudre malgré quelques tentatives volontaires mais infructueuses où la muleta fut souvent accrochée. Le final fut à la mesure du combat, compliqué. Trois pinchazos sur l’épaule, deux fois un tiers de lame avant descabello libérateur. Quelques sifflets lors du retour au callejon.

Andrés Roca Rey fut incontestablement le torero du jour, avantagé il est vrai par un sorteo favorable. Face au troisième, pas grand chose lors de la réception, à part une demie, puis deux piques correctes, la première prise en poussant un peu.  La faena qui suivit fut intéressante, mais avec le défaut d’être un peu trop longue. Andrés toréa en courant bien la main, en s’étirant au maximum pour donner le plus d’amplitude possible à son mouvement, tout en gardant la distance et quelquefois en ralentissant la charge du bicho. Bref une faena ambidextre de correcte facture terminée par luquecinas avant une bonne lame portée al encuentro en décomposant les temps. Oreille.

C’est face au bon sixième, « Escondido« , que le jeune péruvien donna la pleine mesure de son talent. De belles véroniques templées en ouverture, rématée par demie. Suivirent deux rencontres avec la cavalerie pour une première ration de fer prise en poussant, la seconde homéopathique. Brindée aux étagères, la faena débuta par statuaires avant de s’intensifier sur des séries ambidextres mains basses et corps relâché du plus bel effet. Plus classique et plus court que le premier, ce second trasteo gagna aussi en profondeur, Roca Rey revenant aux fondamentaux. Cinq manoletinas pour le final et une lame très basse limite bajonazo pour conclure. Le Jimenez s’écroulant très vite, le public n’ayant que bien peu d’exigence sur la suerte suprême, réclama et obtint les deux oreilles d' »Escondido » ainsi que sa vuelta. Personnellement, à cause de l’épée, une oreille m’aurait suffi, et je me serais contenté d’une ovation à l’arrastre. Mais « Vox populi, vox Dei ». 

Sortie a hombros pour Roca Rey qui confirme au fil des tardes son statut mérité de figura.

Reseña et photos : Paco.

En matinée, de très bons erales de la famille Margé (le second honoré de la vuelta) ont permis aux novilleros de s’exprimer à des degrés divers, Alejandro Adame (frère de Joselito et Luis David, inscrit à l’école taurine de Toledo) et Villalta (ET de Madrid) se détachant avec deux oreilles chacun.

El Luri (Navarra) et Alfonso Oriz (Zaragoza) ne déméritèrent pas, finissant avec une oreille de leurs adversaires respectifs.

Alejandro Adame reçut le trophée mis en jeu par les CTPR de Florensac et Montblanc, récompense remise en piste par Dominique Perron (président de l’UCTPR) et Arnaud Frade (délégué régional).