Villeneuve-de-Marsan. 8 août. Emilio de Justo et Thomas Dufau triomphent en souvenir de Manolo Cortés.

Semi-nocturne, arènes proches du «no hay billetes», ciel clair mais solide fraîcheur crépusculaire, deux heures vingt de spectacle.

Six toros de Patrick Laugier, trois «Piedras Rojas», les meilleurs et les plus complets, en première partie, et trois «Dos Hermanas», parfois un peu faibles. Excellente présentation dans cette arène. Tous une pique, la plus sévère avec le quatrième. Le troisième « Palomito », échappant aux peones et parti de loin renverse le cheval. Les châtiments toujours pris avec bravoure.  A la muleta toréables selon leur force.

  • Emilio de Justo (blanc et or), au premier, une entière, salut ; au quatrième, une entière, deux oreilles.
  • Thomas Dufau (bleu ciel évanescent et or), au deuxième, trois-quarts de lame et deux descabellos, une oreille ; au cinquième, une demi-lame et un descabello, une oreille.
  • Mathieu Guillon (bleu marine et or), au troisième, une entière et quatre descabellos, silence ; au dernier, une entière et deux descabellos, une oreille.

Emilio de Justo et Thomas Dufau quittant en triomphe les arènes de Villeneuve-de-Marsan alors que le crépuscule bascule dans la nuit… C’est l’image d’une corrida que les organisateurs et les acteurs ont associé à la mémoire de Manolo Cortes, disparu début mars et qui avait amené sur ce sable, en festival, les plus grands acteurs de la geste taurine, dans le sillage de Curro Romero et Rafael de Paula. Un azulejo à sa mémoire avait été dévoilé, avant le paseo au patio de caballos et à la fin du défilé de longues minutes d’applaudissements associées également au souvenir d’Ivan Fandiño… Pour ne jamais oublier  ces deux immenses toreros.

La course fut à la hauteur de l’événement avec des toreros qui ont toujours fait le maximum pour dominer les pensionnaires de Patrick Laugier très bien présentés. A l’échelle des arènes, une corrida très intéressante.

Emilio de Justo ouvrait les hostilités par un séduisant tercio de cape très complet. Toutes ses séries, sur l’une ou l’autre main, furent dessinées calmement avec lenteur et temple. Mais «Flamenco», avec un joli fond vicieux, avisa à plusieurs reprises… Emilio se retira sur un coup d’épée.

Il revint pour une faena stupéfiante avec le meilleur des trois «Dos Hermanas», une remarquable estampe de toro, sur lequel s’acharna le picador. Dès lors, Emilio de Justo s’offrait le luxe de le dominer dans un tout petit terrain en y récitant à droite de façon classique, à gauche avec un peu plus d’imagination, dans un récital où son corps était offert au toro, détendu, seul le poignet agissant avec art et précision. L’estocade est un monument à installer devant les arènes de Madrid. Elle est rapide. Elle n’a que des qualités. La récompense s’imposait.

Thomas Dufau sait qu’il n’est jamais facile de toréer devant son public à quelques tours de roue de sa maison natale. Aussi est-ce un peu crispé  qu’il attaque ce challenge. Un farol à genoux, des véroniques, une fantastique série de chicuelinas après la pique. Thomas Dufau se libère. Du classicisme un peu triste à droite, en sachant retrouver un brin d’imagination sur l’autre main. Apparaît une série de naturelles très personnelle avec l’épée qui vient agrandir la muleta et une lenteur indéfinissable dans le geste.

Sa seconde sortie, avec le «Dos Hermanas» est plus complexe. L’adversaire, un certain «Obligado» se défend sur place. On le sent dès la cape. Les choses s’aggraveront plus tard. Entretemps il dédie un émouvant brindis à la veuve de Manolo Cortès entourée des ses deux amis Jojo Dumont et son épouse. Thomas rappelle que s’il est là aujourd’hui c’est grâce à Manolo qui fut son idole et lui a appris les premiers gestes du torero. La faena est laborieuse, «Obligado» n’a pas toujours les moyens, la force, pour aller au bout des passes que lui demande Thomas. Il a tout fait pour extraire le meilleur du toro… ! Un trophée, bien, mais on proteste, et le matador s’en sépare rapidement en l’offrant à un jeune gamin en barrera. Il peut ainsi, plus tranquille terminer sa vuelta.

Mathieu Guillon, ses qualités, on les connaît. Elles sont énormes. Mais il lui faut totalement retrouver la confiance qui, par moments, lui fait défaut. Face au premier toro, elle a paru l’abandonner un instant. Mais le toro avait de quoi impressionner. Dès la cape il jouait de la corne. Un animal sans grande classe qui lui permettait de se sauver dans un tercio de banderilles avec trois poder a poder parfaits, athlétiques et courageux.

Mathieu attendait son heure. On le sait, c’est un épicurien, il ne pouvait que s’entendre avec «Acariciado». Un jeu de caresses qui commence à la cape avec toutes les figures qui déclenchent les applaudissements dans les tendidos. Il revient avec un ton au-dessus aux banderilles, bien décidé à émerger enfin de cette course. Il se tirera des mauvais pas et du genio de l’animal qui le débordera parfois. Mais jusqu’au bout Mathieu Guillon sera digne, démontrant qu’il a toute sa place dans le cercle réduit des toreros… Très applaudi, il s’éclipsera rapidement, mais avec le sourire, pour laisser la porte libre au triomphe de de Justo et Dufau. Avec ces trois acteurs n’oublions pas le ganadero, Patrick Laugier, qui effacera ainsi les mauvais moments connus il y a une quinzaine avec une novillada à Mont-de-Marsan.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.