Beaucaire. 30 juillet. La seule oreille pour Tibo Garcia.

Un petit tiers d’arène pour assister à la novillada des Héritiers de François André, une ganaderia qui soufflait cette année ses soixante-dix bougies.

Au menu six utreros issus de deux sementals différents, facilement reconnaissables à leur morphologie. Sans trop m’avancer, je dirais que les premier, deuxième et sixième appartenaient à une branche, et les troisième, quatrième et cinquième à l’autre, cette dernière s’avérant plus intéressante avec un troisième compliqué, un quatrième bon et un cinquième très bon. Les premier et second affichèrent un trapio un peu juste pour la catégorie.

Mario Palacios, face à un premier novillo abanto de salida, ne put que tenter d’esquisser quelques véroniques sur le passage avant que le bicho n’aille tout seul vers le picador pour une petite ration de fer et un picotazo trasero. Quite de Juanito par trois véroniques et demie. Muleta en main, la fadeur envahit la piste, novillo et novillero à l’unisson dans la soseria, l’animal cherchant en plus l’abri des planches. S’ensuivit donc une faena ambidextre de peu de résonance, le garçon alignant les passes sans leur donner la moindre profondeur. Final par luquecinas puis manoletinas avant une entière très en arrière. Salut au tiers.

Le quatrième était un bon novillo que Palacios accueillit par quelques delantales avant de le laisser dans les mains du lancier pour deux piques prises en poussant et en venant de loin. Musique (un peu exagérée) à l’issue de la seconde rencontre. Quite un peu brouillon de Juanito par trois chicuelinas et revolera. La faena fut cette fois d’une inégale intensité, le garçon toréant parfois fuera de cacho, puis se recentrant ensuite pour des séries plus abouties. On voit que le torero a du métier (c’est sa cinquième saison en piquée) mais il lui manque cette touche de personnalité qui fait toute la différence. Trasteo honorable, de menos a mas, et conclu par une quasi-entière latérale après quelques aidées par le haut. Salut.

Juanito n’eut pas la chance de débuter avec un opposant de qualité. Le second de la tarde manquait de race et se positionnait sur la défensive. Quelques véroniques sans liaison pour l’accueil, puis une pique sans mise en suerte sur l’épaule complétée par un picotazo en arrière. Le jeune portugais essaya de tirer parti de son adversaire mais celui-ci, refusant de jouer le jeu, le désarma sur les doblones d’ouverture, puis tricota avec ses cornes sans jamais s’employer. Juanito lui arracha quelques muletazos sur les deux bords avant d’en finir d’une lame de travers. Silence.

Le portugais eut ensuite la chance de tomber sur le meilleur novillo de la tarde. Après quelques véroniques très moyennes, le François André s’élança de loin pour deux rations de fer correctes prises en brave. Bien aidé par son opposant qui chargea avec noblesse et fijeza, et qui répéta avec alegria dans l’étoffe, Juanito composa une faena quasi-exclusivement droitière avec des gestes de qualité, même si l’on s’autorise à penser que le garçon accompagna plus qu’il ne commanda les charges. Travail somme toute agréable à suivre et conclu par une quasi-entière habile en place complétée par deux descabellos. Arrastre applaudi et vuelta de Juanito en compagnie de Frédéric Lautier. Un salut du ganadero n’aurait-il pas suffi ?

Tibo Garcia n’a pas eu le meilleur sorteo avec un premier novillo intéressant mais compliqué, et un second adversaire à la limite de l’invalidité. C’est pourtant de lui dont on se souviendra à l’issue de cette novillada. Il accueillit le troisième par esthétiques véroniques genou fléchi avant de fixer son adversaire au centre par deux demies. Après deux piques prises en poussant, la seconde longue à venir (le bicho avait sa distance), le jeune nîmois débuta en doublant très bien par le bas avant de servir une bonne série sur la main droite. Le novillo, au tempérament très Santa Coloma, afficha cependant plus de genio que de bravoure, s’avisant très vite et cherchant à accrocher l’étoffe. Ce fut un véritable combat que Tibo livra au son de Caridad del Guadalquivir (pas très adaptée à la situation) et qu’il remporta avec vaillance et une technique qui s’affirme au fil des courses. Quasi-entière perpendiculaire foudroyante au second assaut et oreille pour le garçon loin d’avoir démérité face à la difficulté avec des passages de toreo très pur. Arrastre applaudi et (à mon avis) un grand torero en devenir.

Le sixième ne fut pas du même tonneau. Faible, et de plus encore affaibli par un choc contre les burladeros, il chuta à plusieurs reprises avant et après l’unique ration de fer modérée. Brindée au ganadero, la faena d’infirmier qui suivit montra la maniabilité de l’animal dont on regrettera le manque de forces. Quelques essais sur les deux bords avant une entière delantera. Silence.

Le club taurin La Muleta d’Arles remit le prix du meilleur picador à Rafael Agudo qui piqua le troisième.

Reseña et photos : Paco.