Céret. 15 juillet (tarde). Corrida à l’ancienne.

Les toros de Saltillo n’ont pas failli à leur réputation.

Redoutés par les toreros, ils ont montré une fois de plus que la corrida ne se résume pas à un amoncellement de passes et qu’avant tout, un toro doit être lidié et dominé avant toute faena plus ou moins artistique, selon le cas. Bref un toro qui se fait respecter et n’arrive pas tout cuit dans la muleta des piétons. De temps en temps, ce retour aux sources fait du bien.

Sanchez Vara est un vieux routier des ruedos et un habitué des devises dures. Face au premier du jour, il esquissa quelques véroniques et demie avant de confier à Gabin le soin de piquer l’animal. Mais le garçon ne fut pas cette fois à la fête car ce bicho compliqué à la charge incertaine le mit en difficultés. Après une première ration de fer, le Saltillo revint vers le cheval pour un picotazo en déséquilibrant la monture, prit encore une ration de fer et revint charger la pièce montée, désarçonnant à moitié Gabin qui faillit avoir l’épaule déboîtée (quelques dégâts musculaires). A la demande du public, Vara cloua lui même les bâtonnets en poder a poder, sesgo por fuera et violin. La faena qui suivit fut brève avec quelques séquences droitières de correcte facture bien que souvent servies un peu à distance, le passage à gauche s’avérant plus compliqué. Bajonazo pour en finir après pinchazo sans s’engager. Silence.

Face au quatrième, la réception fut à l’identique. Peu piqué en trois rencontres (deux à blanc), le Saltillo fut à nouveau banderillé par le maestro combinant la première paire avec le salto a la garrocha de son peon Raul Ramirez « El Peque ».

Muleta en main, Vara dut faire avec un toro tardo qu’il fallait beaucoup solliciter, à droite comme à gauche. Faena regular du torero qui conclut d’une grande entière contraire justifiant la vuelta finale.

Perez Mota vit son premier adversaire changé pour boiterie après deux piques et remplacé par un sobrero des Héritiers de Christophe Yonnet compliqué et dangereux.

Après quelques capotazos et deux rations de fer prises sans s’engager, faisant fi de la muleta, le remplaçant cueillit le garçon d’entrée de jeu et l’envoya à l’infirmerie (coupure au niveau de la gorge). Sanchez Vara se débarrassa du mauvais coucheur d’une épée dans le flanc. Silence.

De retour en piste pour combattre le quinto, Manuel Jesus se remit à l’ouvrage et parvint à lier quelques bonnes véroniques et demie. Moment de panique quand le bicho renversa le cheval lors de la première rencontre, y revenant une seconde fois pour une belle pique, puis une troisième fois où il faillit à nouveau provoquer un batacazo. Salut du banderillero au second tiers pour deux grandes paires, puis une courte faena où le Saltillo prit convenablement la muleta lors des deux premières séries de la droite avant de se serrer sur l’homme lors du changement de main. Le retour à droite connut la même situation et Perez Mota n’insista pas. Entière contraire latérale après pinchazo hondo, descabello. Arrastre applaudi.

Gomez del Pilar, remarqué en fin de temporada dernière face à des Victorino, n’a pas convaincu face aux Saltillo. RAS au capote lors de la réception du troisième qui prit trois piques, la seconde en poussant, puis un quite par navarras et serpentina. Brindée au ciel, la faena fut d’inégale intensité, avec quelques séries droitières correctes, la gauche servie en jouant du pico. Tiers de lame, puis demi-lame et deux descabellos pour en finir. Silence.

Le sixième, « Sevillano » (photo du haut) était le garbanzo negro du lot. Planté au milieu de la piste, il attendait qu’on vienne l’y chercher et se comporta comme un véritable démon. Ce manso con casta dut être piqué dans tous les coins du ruedo sous les huées d’un public peu au fait de la lidia d’un tel animal. Il est vrai que des piques en carioca concertées avec le matador aurait été plus appropriées. Chargeant ensuite par fusées, il ne fut pas toréé et prit seulement quelques capotazos alors qu’un châtiment approprié en début de faena aurait pu être suivi de quelques courtes tandas. Trois-quart latérale habile, deux descabellos. Sifflets à l’arrastre et silence pour Gomez del Pilar.

Les prix attribués par l’ADAC, le Club Taurin de Bruxelles et La Muleta d’Arles furent décernés à David Prados qui piqua le troisième toro de la tarde.

Reseña et photos : Paco.