Istres. 25 juin. Grande matinée équestre.

Cinq oreilles et un rabo pour Mendoza ; trois oreilles et indulto avec trophées symboliques pour Léa.

Mano à mano avec compétition, au plus haut niveau, des deux cavaliers en présence, devant un excellent lot de toros de Niño de la Capea, des bichos bien présentés avec trapio et qualités intrinsèques qui font souvent défaut dans cet encaste d’origine Murube. C’est de loin le meilleur lot de toros de rejoneo que nous avons vu depuis le début de la temporada. Tous les toros ont été applaudis à l’arrastre par le conclave qui remplit l’arène aux trois-quarts.

Sept toros homogènes de type et de comportement en comptant le N° 53 opposé à Laury Tisseur la veille.

Samedi 24 juin. Le jeune cavalier nîmois ne réussit pas à profiter pleinement de la grande noblesse de ce premier exemplaire qu’il toréa en ouverture de la corrida mixte du samedi. Impressionné certainement par la responsabilité d’ouvrir un cartel de figuras, Laury nous a paru un peu tendu. Multipliant les passages à vide, trop souvent trop loin pour clouer, il passa à côté de ce bon exemplaire de Carmen Lorenzo. Il aurait fallu aguanter pour pénétrer le terrain du toro. Nous ne lui jetterons pas la pierre et nous soulignerons la bonne présentation de sa cavalerie. Des chevaux bien en place et qui ont montré des détails intéressants, tel Mandela de salida, Zeus et Cadabel aux banderilles, Xacal au troisième tercio. Avec un peu plus d’expérience et de maturité il aurait pu triompher. Nous retrouverons le jeune cavalier français avec plaisir notamment aux Saintes Maries de la Mer le 14 juillet prochain.

Dimanche 25 juin. Revenons à la matinée équestre du dimanche de clôture de cette Feria 2017 qui augura dès le début, d’un final en apothéose. Un vrai duel, même s’il resta amical et élégant, opposa les deux protagonistes. La maestria faisant face à la grâce et à l’ambition. La matinée fut rythmée par le talent des deux toreros en présence. Le chef de lidia, d’entrée de jeu, se montra à son meilleur niveau affichant son envie et sa détermination à ne pas se laisser détrôner. Alquimista de salida pour deux castigos bien placés, Berlin et Deco aux banderilles puis Nevado pour les courtes et une entière : une oreille.

Le premier toro de Léa portait le N° 41 pour 540 kg, il se montra quelque peu distrait jusqu’à la morsure du castigo posé un peu de manière opportuniste. La cavalière sut par la suite l’intéresser et le ramener dans le droit chemin. Reçu avec Bach, Il fallut un troisième châtiment pour que ce premier tiers joue son rôle. Avec Bético pour trois banderilles de face, puis Deseado qui s’illustra dans des cites au terre-à-terre ainsi que par de belles levades. Les courtes posées avec Greco avant que Espontaneo n’entre en piste pour conclure d’une entière : une oreille.

Mendoza toucha en troisième position le N° 47. C’est Napoléon qui reçut les 555 kg de muscles de « Platillo ». Disparate joua avec sa croupe après avoir cloué jusqu’à trois banderilles de face, le troisième tiers étant assuré par Nevado (trois courtes et deux paires à deux mains, la seconde excellente). Une lame après un pinchazo sans lâcher le manche lui valut deux pavillons.

Léa revint avec Petit-Pois pour recevoir le quatrième exemplaire, avant que Gacela ne se joue de ses écarts bien engagés lors de trois banderilles. Ce dernier céda la place à un Bazuka majestueux entre pesade et levade pour poser avec lui également trois bâtons de face de très bonne facture, la dernière pose particulièrement aguantée. Le fidèle Espontanéo conclut d’une entière sans fioritures : deux appendices.

Pour recevoir le cinquième toro opposé au navarrais c’est Alquimista qui revint en piste. Deux castigos puis Brindis entra en scène pour deux bâtons de face, le second bien templé. Vint le tour de Donatelli pour deux banderilles plantées successivement à piton contraire, agrémentées de déplacements hanches en dedans et des pirouettes à la tête du N°10. Au changement de tercio, Pablo chevaucha Nevado pour trois courtes au caracoléo puis une paire de courtes posées à deux mains. Une entière enfoncée en deux temps en maintenant la pression de la main sur le rejon : deux oreilles et rabo. Vuelta en compagnie du ganadero avec arrêt pour recevoir un abrazo d’Angel Peralta.

Le public était en liesse, la corrida avait atteint son point culminant. On n’avait pas tout vu…..

Dès son entrée en piste, le dernier exemplaire de Capea montra qu’il était de la race des seigneurs. Il n’était pas seulement le N° 1, il était « Culebrito ». Savait-il qu’il allait entrer dans l’histoire ? En tous cas, il fit tout pour…. La bravoure et la noblesse de ses embestidas ne laissaient aucun doute et se confirmèrent tout au long de la lidia et de la faena. Léa sut profiter de ses qualités, toréant à gusto avec précision, justesse et brio. Elle sut conserver la pureté et la valeur de « Culebrito » qui ne demandait qu’à répondre à chaque invite de la cavalière. Ce n’était pas seulement un combat, c’était un ballet, fait de grâce et d’émotion.

Alors, peu à peu, le choix se précisa : le mouchoir bleu ou le mouchoir orange ? Il était certain, en tous cas, que cet animal méritait notre hommage. Le mouchoir bleu, c’est la médaille à titre posthume, c’est malgré tout la mort. L’indulto, c’est la grâce, l’indulgence, la vie…. La vie et les prochaines vies que « Culebrito » pourra engendrer nous espérons, à son image. Alors le palco a choisi la vie avec ses espérances.

Oui, nous avons pensé que « Culebrito » méritait de vivre. Nous prenons nos responsabilités et nous assumons notre position. L’honneur de trôner au balcon présidentiel est aussi synonyme d’exposition et de contestation. La mort est trop noire et définitive pour être préférée à la vie. Nous aimons la vie et voyons dans l’indulto la symbolique d’un véritable hymne à la vie. Pour que vive et se pérennise le rejonéo, il y faut des toros de la classe de « Culebrito ».

« Culebrito » devait vivre…. »Culebrito » vit….

Léa fit une vuelta chaleureusement applaudie à la hauteur de l’événement, en compagnie du maestro et ganadero Pedro Guttierez Moya, avant de sortir à hombros avec Mendoza. « Culebrito » prit, dès le lendemain, le chemin de Salamanca pour y panser ses blessures…..

Pablo et Léa vont-ils se départager à Méjanes le 22 juillet ? Qui remportera le Rejon d’Or 2017 ?

Reseña : Freddy Porte. Photos : Martine Clément.