Istres. 25 juin. Tous a hombros.

La dernière corrida de la feria a remis les choses en place après l’indigence ganadera des deux premiers jours.

Certes les toros de Juan Pedro Domecq ne furent pas des foudres de guerre, mais, comme on dit, « ils ont fait le job », et dans cette corrida atypique, c’est ce que l’on attendait d’eux. Corrida atypique au niveau de la composition du cartel avec le retour ponctuel d’un belluaire, El Fundi, la présence d’un artiste, Enrique Ponce, deux toreros qui se croisèrent peu dans leur carrière car sur des trajectoires professionnelles bien distinctes, les deux encadrant un torero qu’on pourrait situer à mi-chemin des deux précédents, Juan Bautista, à la fois combattant et de plus en plus souvent artiste.

Le décor était en place, la suite pouvait s’écrire en fonction du comportement des toros du sieur Jean-Pierre.

El Fundi, après avoir reçu l’ovation du public, reçut des mains du maire de la cité, François Bernardini, la médaille de la ville, une distinction que reçurent aussi ses compagnons de cartel.

Le premier toro afficha d’entrée des problèmes locomoteurs, problèmes qui s’accentuèrent après une pique et une vuelta de campana au point que le mouchoir vert fit son apparition au palco. Le remplaçant, porteur du même fer, fut correctement reçu par véroniques et demie au centre, puis piqué correctement lors d’une unique rencontre. Brindée au ciel, la faena fut d’inégale intensité, les meilleures séquences venant sur la corne droite, le bicho s’avérant plus court de charge sur le piton opposé. On retrouva le Fundi d’antan dans ses postures de combat, pas forcément élégantes, ni adaptées au bétail du jour, mais efficaces quand c’était nécessaire. Bref le garçon a assuré et s’est fait plaisir. Final encimista devant le toril, trois-quart en place après deux pinchazos. Salut.

Face au quatrième, le niveau monta d’un cran. Après bonnes véroniques, chicuelinas et demie d’ouverture, puis une unique pique, José brinda son toro à sa famille présente dans les tendidos. Comme l’animal avait plus de présence, le trasteo du Fundi fut davantage valorisé. Le Juan Pedro affichant noblesse et codicia, ne refusant rien, les tandas ambidextres du torero affichèrent plus de relief malgré quelques scories. Une faena peut être un peu trop longue, mais de bon niveau, rématée par une entière en place au second assaut. Deux oreilles pour que le vétéran accompagne ses amis lors de la sortie a hombros. On ne boudera pas notre plaisir de l’avoir revu.

Avec Enrique Ponce, on passe dans une autre dimension. Quand le toro le permet, les gestes sont calculés, épurés, la muleta captant avec lenteur, douceur et puissance la charge de l’adversaire. Bref, on est plus dans de la chorégraphie que dans du combat. Avec le second Juan Pedro, l’opéra taurin pouvait se mettre en place. Douces véroniques et demie en ouverture du show, quite par delantales et revolera après une ration modérée de fer, puis une faena ambidextre initiée sur la corne droite, main basse, corps relâché, toro et torero fusionnant dans un ballet hélas quelquefois interrompu par les génuflexions du cornu. Sans être du niveau de l’année précédente, la faena nous transporta vers ce passé récent où le torero de Chiva avait subjugué toute la plaza. Le meilleur de la faena vint quand après un cartucho de pescao le maestro initia les charges par un doux mouvement de la pointe de sa muleta. Instants rares à caler dans un coin de sa mémoire et qui déclenchèrent le délire sur les étagères. « Torero, torero » scandèrent-elles. Entière tendida pour le final et deux oreilles pour Enrique Ponce après une mort un peu longue du Juan Pedro.

Avec le cinquième, on se prit à espérer que la magie s’installe à nouveau. On prend vite goût aux bonnes choses ! Mais cette fois le bicho de l’entendit pas de cette oreille. Réception par jolies véroniques et demie, quite par véroniques et larga après la pique, puis une faena où le diestro de Chiva tenta de baisser la main sans pouvoir y parvenir, compte tenu des forces justes d’un toro par ailleurs exigeant dans ses charges. On revint alors à une tauromachie plus classique, totalement maîtrisée avec une muleta déplacée à mi-hauteur sur les deux bords avec cette fois plus d’autorité que de douceur. Entière caida et delantera après final genou ployé. Oreille.

On l’a vu une nouvelle fois, Juan Bautista est vraiment dans sa meilleure période professionnelle. Face au troisième Juan Pedro, il fut élégant au capote par véroniques et demie de réception douces et templées, puis tout autant à la muleta lors d’une faena ambidextre servie main basse, un ensemble fluide malgré quelques gestes brusques dus à des charges inégales de l’animal. Chez l’arlésien, tout est maîtrisé, millimétré, empreint de cette difficile facilité apparente. Quasi-entière tendida portée a recibir pour la conclusion, descabello. Deux oreilles.

Le sixième toro sortit sur la musique de l’Aviron Bayonnais. De quoi mettre de l’ambiance sur les étagères, mais la plaza de toros n’est pas un stade et cet intermède musical me sembla déplacé. Très motivé, Jean-Baptiste accueillit le dernier toro par une larga de rodillas, poursuivant à genoux par véroniques, chicuelinas et revolera. Après une pique trasera, l’arlésien signa un joli quite par crinolinas et revolera avant de partager les banderilles avec El Fundi, ce dernier clouant en poder a poder tandis que JB posait al cuarteo et al violin. Débutant à nouveau de rodillas par derechazos, le garçon étoffa son trasteo par de bonnes séries sur les deux bords, dominant parfaitement son sujet jusqu’aux luquecinas finales. Travail puissant d’un torero dans la plénitude de son métier. Quelques circulaires inversées précédèrent une bonne entière a recibir. Deux oreilles supplémentaires pour Jean-Baptiste et vuelta généreuse pour le toro qui, mis à part sa grande noblesse, n’avait rien prouvé face au lancier.

Sortie a hombros des trois toreros et un final enfin digne des attentes du public.

Reseña et photos : Paco.