Istres. 23 juin. Castella triomphe, mais …

Une chaleur étouffante enveloppait hier les arènes du Palio d’Istres pour la première corrida de l’édition 2017 de la feria.

Au menu une corrida de figuras (Castella-Manzanares) à laquelle était invité le régional de l’étape Thomas Joubert. Pour ne pas contrarier le régime quotidien des toreros du haut de l’escalafon, l’empresa avait fait appel à l’industriel du toro commercial, Domingo Hernandez-Garcigrande. Des bichos qui restèrent dans la ligne génétiquement fixée par leur éleveur, à savoir de la noblesse sans complications, des forces justes pour ne pas tomber après un picotazo et tenir jusqu’au coup de grâce après avoir collaboré à une faena de quatre-vingts passes.

Cinq Domingo Hernandez et un Garcigrande (5°), de format réduit (anovillados) et d’armures bonitas, à l’exception du sixième  plus toro d’allure, sortirent donc des chiqueros pour la première grand-messe de la feria.

Sébastien Castella n’est plus à présenter mais chaque fois que je le vois, il m’impressionne par la sûreté de ses gestes et la quiétude de son toreo. Dommage que l’opposition ne soit souvent pas à la hauteur des qualités du biterrois. Son travail en serait grandement valorisé. Ainsi face au toro d’ouverture, les véroniques d’accueil furent lentes et templées jusqu’à la demie au centre, le quite par gaoneras et cordobinas parfaitement maîtrisé. Quant à la faena où Castella alterna les deux bords, on en retiendra surtout de longs derechazos au ralenti en début de faena, le bicho s’avérant plus court à gauche par la suite avant de se dégonfler, obligeant Sébastien à le retenir pour le final encimista habituel. Entière caida. Arrastre sifflé et oreille pour le piéton.

Le quatrième fut reçu par véroniques, chicuelinas et demie avant une vuelta de campana qui ne l’affecta pas trop. Débutée par passes cambiadas au centre, la faena ambidextre fut valorisée par un bicho qui avait plus de parcours que le premier. Castella se régala de le faire passer au point qu’il essora complètement l’animal. Un trasteo un peu trop long qu’il était inutile de prolonger alors qu’à mi-parcours l’essentiel était fait. L’entière en place libéra deux mouchoirs, synonymes de sortie a hombros. Mais, car il y a un mais, « A vaincre sans péril, … », vous connaissez la suite…

José Maria Manzanares, que j’aimais beaucoup avant, m’a ennuyé hier car tombant lui aussi dans le registre de la quantité sans émotion. Des muletazos au kilomètre, mais point de profondeur. Le premier adversaire de l’alicantin était un manso qui coupa le terrain dès le second capotazo. José Mari n’insista pas, et le manque de fijeza se confirma lors de l’unique puyazo qu’il reçut. Justes de forces, il obligea le torero à lever la main pour quelques derechazos de bonne facture avant d’opter pour la fuite. JMM dut lui courir derrière pour lui arracher quelques muletazos supplémentaires avant d’en finir d’une entière portée dans les planches. Sifflets à l’arrastre. Salut pour le torero (sans doute pour avoir essayé).

Le Garcigrande sortit en cinquième position était un petit toro vif que Manza accueillit par quelques véroniques et revolera. Une pique « normale » ne lui enleva pas son ardeur et il fut mobile dans la muleta du torero qui nous fit des passes, et encore des passes, sans que la moindre émotion ne passe. Bref, un bon coup de rasoir qui se prolongea lors de la mise à mort lorsque le garçon voulut ansolument tuer a recibir. Après de multiples sollicitations et un ratage, JMM parvint à ses fins. Le public venu voir couper des oreilles ne laissa pas partir le garçon sans qu’il ait la sienne !

Thomas Joubert avait une carte à jouer. Il l’a fait, avec les forces et les faiblesses qui sont les siennes, vu le peu d’opportunités qui lui sont offertes. Sa force est de se positionner devant le toro, de trouver le sitio et de le garder avec un calme olympien. Sa faiblesse est de souvent gâcher en fin de faena les bonnes choses du début. Il reçut joliment le troisième en fléchissant le genou pour d’esthétiques véroniques conclues par une brionesa. Mise en suerte par tapatias al paso pour une ration de fer normale, puis quite de l’arlésien par navarras, chicuelinas et revolera. Brindée à Alain Montcouquiol et Bernard Marsella, la faena débuta par passes cambiadas avant de se poursuivre sur la corne droite par deux séries de derechazos main basse de bon niveau. A gauche les muletazos péchèrent un peu par leur manque de fluidité. Thomas eut tout de même le pundonor de citer de face à plusieurs reprises et de tirer ainsi quelques valeureuses naturelles. Hélas comme dit plus haut, la fin fut plus brouillonne avant les bernadinas finales serrées qui conclurent le travail. Final un peu longuet avec les aciers : pinchazo, atravesada contraire perçante, cinq descabellos. Salut.

Le sixième était le seul à avoir un trapio de toro. RAS au capote avant une pique courte et un quite du titulaire par navarras. Gagnant le centre par passes hautes, Thomas frôla l’accrochage, le toro fusant sur l’étoffe, puis freinant, se serrant sur le piéton et cherchant l’homme derrière le leurre. Faisant fi du danger, le garçon enchaîna les séries ambidextres en sachant garder la tête de l’animal dans le leurre. Bon travail d’ensemble, sobre, classique, sans fioritures, avec notamment à nouveau de bonnes naturelles de face. Comme précédemment la série de trop qui laissa le garçon désarmé et qui gâcha un peu l’harmonie de l’ensemble. Entière contraire pour expédier le Domingo Hernandez. Oreille pour Thomas.

En début de course, une minute de silence fut observée à la mémoire des disparus (dont bien sûr Fandiño).

Reseña et photos : Paco.