Aire sur l’Adour. Ivan Fandiño tué par « Provechito » de Baltasar Iban.

Lorsque le public et les toreros, Thomas Dufau et Juan del Alamo se sont retrirés des arènes d’Aire-sur-l’Adour, tous ignoraient la terrible nouvelle. Ivan Fandiño, dans un état critique vivait ses derniers instants à l’hôpital de Mont-de-Marsan où il avait été transporté. Le torero d’Orduña est décédé peu après 20h45.

L’accident s’est produit alors qu’il participait à la brega du troisième toro de Baltasar Iban « Provechito » attribué à Juan del Alamo. Le toro sur un brusque coup de tête l’a jeté au sol, lui infligeant un coup de corne avant de le reprendre au sol. La corne entrée par le côté a pénétré dans le thorax. Transporté par Thomas Dufau, des banderilleros et son mozo de espada à l’infirmerie, il a reçu les premiers soins du chirurgien des arènes, le docteur Darracq. Celui-ci, devant l’extrême gravité de la blessure, le faisait transporter à l’hôpital Lainé de Mont-de-Marsan. Comme le craignait le praticien, la blessure était des plus sérieuses. En fin de soirée, Ivan Fandiño, originaire d’Orduña, décédait dans les Landes.

Le toro « Provechito » a également sérieusement secoué un banderillero, mais plus de peur que de mal.

Quelques minutes auparavant, Ivan Fandiño avait coupé une oreille. On avait vu un torero au sommet de son art, surtout à la cape où il avait été parfait. Après un brindis au public, il se montrait excellent sur les deux mains. Il nous fit un moment rêver par des naturelles interminables et très basses… Ce furent les derniers et immenses moments d’un très grand torero…

La corrida continue …

Aire-sur-l’Adour. Presque demi-arène, soleil et chaleur étouffante, deux heures vingt de spectacle.

Six toros de Baltasar Iban, bien présentés, très armés dans l’ensemble, tous deux piques prises avec une honnête bravoure. A la muleta parfois compliqués mais restant toréables.

  • Ivan Fandiño (moutarde et or), au premier, une entière, une oreille du seul qu’il tua.
  • Thomas Dufau (bleu et or), au second, une entière, trois descabellos, avis, salut ; au quatrième, une entière, trois descabellos, avis ; au dernier, un pinchazo, une entière, avis, silence.
  • Juan del Alamo (tabac et or), au troisième, un pinchazo, une entière, trois descabellos, vuelta ; au cinquième, une entière, un descabello, une oreille.

Rafael Agudo, picador de Fandiño, a reçu le prix de la meilleure pique pour sa rencontre avec le premier toro.

Thomas Dufau, pas très à l’aise à la cape, se rattrape vite à la muleta pour une faena très enlevée, rythmée et agréable. Ce fut le Dufau des grands jours. Mais l’acier devait le trahir, comme au cours de ses deux autres sorties. Il nous gratifia d’une larga à genoux et d’une très belle série de véroniques. Vint un toreo très classique dans lequel il excelle mais qui aurait mérité de mieux dominer son adversaire. Il tente tout pour enflammer son public avec le dernier toro qui lui revient en tant que nouveau chef de lidia. Sa première série à genoux est particulièrement réussie, c’est celle d’un gagneur, d’un torero qui veut s’imposer… Dommage, il baissera d’un peu de rythme par la suite. Thomas Dufau, auquel on ne peu rien reprocher, a manqué d’un peu de réussite et d’accord avec le public.

Juan del Alamo a été parfait à chacune de ses deux sorties, et chaque fois le public l’a soutenu et en a fait son « chouchou ».  Il est impressionnant lors de ses deux premières passes de châtiment lorsqu’il rentre dans l’arène et il se lance rapidement dans une série à gauche qui met le feu aux gradins. Son style est d’une pureté qui impressionne. Sa muleta est lente, on la croirait immobile… basse au point extrême de déséquilibrer l’homme. Ce n’est pourtant pas le toro le plus compliqué, son second, qui va le faire renoncer à ses envies de triomphes. Là encore c’est un mélange de classicisme et d’invention avec des pechos qui relancent le rythme de la faena. Juan del Alamo semble sur un nuage, tout lui réussit et il offre de très grands moments aux aficionados.

Sans le terrible accident, on célèbrerait le lot de Baltasar Iban. Mais hier ils ont ouvert le livre de leur légende noire.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Diaporama de la course : Romain Tastet.

Note : contrairement à d’autres, par respect pour le torero et suivant l’éthique de torobravo, nous avons choisi de ne diffuser aucune des photos de la cogida mortelle d’Ivan Fandiño.