Nîmes. Quand Christian Lacroix habillait Carmen …

Le Musée des Cultures Taurines ouvre ses portes à Christian Lacroix et à Carmen. Celle de Bizet, celle de Mérimée.

Depuis 1901 jusqu’en 1981, il était de tradition de présenter Carmen dans l’amphithéâtre nîmois. Femme fatale, troublante, nous la croisons à chaque instant……….elle appartient à notre Panthéon quotidien. Quel écrin pouvait-il mieux convenir, outre la Maestranza de Seville, que cette architecture romaine ?

Costumes de Carmen et d’Escamillo

Ce mythe fondamental qui nourrit notre imaginaire, nos rêves les plus secrets, nos fantasmes les plus fous…..a connu plusieurs mises en scène qui avait pour habitude de se clôturer par la mise à mort d’un toro en piste. En 1979, le matador de toros qui eut l’honneur de toréer fut Christian « Nimeño II ». Ce fut la dernière du genre. Ce spectacle hybride n’existe plus. On ne mélange plus Opéra et Corrida.

Dix ans plus tard, en 1989, Chritian Lacroix habilla, non seulement Carmen, mais également tous les acteurs du spectacle. La mise en scène était signée Antoine Bourseiller (père de Marie Sara). Beaucoup de ces costumes ont été chinés au Rastro de Madrid, puis rénovés, assemblés, rafraîchis pour certains, soit dans les ateliers parisiens de Christian Lacroix, soit à Nîmes dans les ateliers de Jean Bousquet (alias Cacharel) qui était à l’époque maire de la capitale gardoise. (Pas moins de 330 costumes).

On retrouve la plupart de ces costumes ainsi que bien d’autres souvenirs, photos, affiches etc….dans quatre salles du musée nîmois qui se veulent représenter les quatre actes de la pièce.

Aleth Jourdan, Daniel Jean Valade et Frédéric Pastor

La richesse de cette collection, hors du commun, vous est proposée depuis le 31 mai et jusqu’au 24 septembre 2017. Le catalogue de l’exposition est riche de textes de Jean Paul fournier et D.J Valade, d’Aleth Jourdan, de Christian Lacroix et de Sabine Teunon Lardic. On y apprend entre autres, qu’Antoine Bourseiller souhaitait absolument commencer à la lumière du jour pour capter la lumière naturelle. Il voulait voir décliner la lumière durant le premier acte et profiter ainsi des variations de couleur du couchant. Il utilisait la pierre naturelle de l’édifice sans artifice.

Concernant l’acoustique, les productions d’avant-guerre se proposaient de faire résonner le vaisseau de pierre dont le spectacle musical n’était pas la vocation. Dans les années 70, il est question d’utiliser une sonorisation discrète dans le but d’amplifier principalement l’orchestre pour homogénéiser cordes et vents.

Quelle belle histoire, quelle belle aventure, quels souvenirs précieux évoqués dans ces écrits du catalogue. Quel défi que d’avoir transplanté un opéra-comique dans l’Amphithéâtre !………… Notre Colisée, nos Arènes…….

Texte : Freddy Porte. Photos : Martine Clément