Vic Fezensac. 3 juin (tarde). Chacon confirme lors d’une intéressante corrida de Dolores Aguirre.

C’est toujours avec un grand plaisir qu’on retrouve les toros de Doña Dolores Aguirre dans l’écrin vicois, et ce jour encore la course a suscité l’intérêt, à une paire d’exceptions près.

Des toros bien présentés, souvent puissants et dénués d’innocence pour qui savait leur montrer que le patron était celui qui tenait la muleta. A ce jeu, seul Octavio Chacon a su vraiment jouer, ses deux compagnons affichant l’un une certaine réserve, Paulita, l’autre ce que l’on appellera gentiment des maladresses, Alberto Lamelas.

Le premier Aguirre était un bicho sans grand intérêt qui freina dans l’étoffe dès son entrée, puis qui ne s’employa pas lors des deux rencontres avec la cavalerie. Quite de Chacon par deux chicuelinas et demie pour se mettre en jambe. Arrivé gazapon et sans charge au dernier tiers, ce premier Aguirre ne permit à Paulita que quelques derechazos et rien sur le bord opposé. Trois-quart delantera latérale et descabello pour en finir. Silence.

Le second adversaire de Paulita, après quelques véroniques et demie de réception, prit trois piques, puis baissa de ton au dernier tiers. Brindée à Ruiz Miguel présent au micro de Taurocast aux côtés de Manolo Moles, la faena s’étiola très vite au fil de quelques tandas droitières, la main gauche s’avérant ensuite inexistante. Demi-lame tendida, descabello. Nouveau silence.

Octavio Chacon a affiché une fois de plus sa maturité torera. Calme, sûr de lui, il fut de bout en bout maître du jeu et par sa présence constante assura un rôle de chef de lidia en principe dévolu à Paulita. Le second Aguirre du jour nous enchanta au premier tiers, s’élançant à quatre reprises et de plus en plus loin vers le lancier, mettant les reins dans le peto et poussant avec vigueur. Belle ovation et musique pour le cavalier qui sortit sous les applaudissements. Chacon brinda ensuite lui aussi sa faena à Ruiz Miguel. Citant souvent de loin, se positionnant de face pour de belles naturelles, le torero sut construire un trasteo abouti, esthétique et autoritaire, agrémentée de quelques trincheras et conclu par manoletinas serrées.

Vuelta pour le bon Aguirre et oreille de poids pour le natif de Cadix.

Le quinto, après convenable réception par véroniques, leva la pièce montée au premier assaut, puis partit du centre pour une seconde rencontre prise correctement. A nouveau Chacon dessina une faena ambidextre de bonne facture, adaptant son toreo lorsque le toro se mit à raccourcir ses charges. Trasteo d’un torero à la tête bien faite mais qui hélas, après quelques molinetes, connut des difficultés avec l’acier. Trois pinchazos avant une trois-quart caida réduisirent la récompense à des applaudissements. Dommage, la Puerta Grande, un instant entr’ouverte, venait de se refermer.

Alberto Lamelas est un torero volontaire, doté d’un grand coeur, mais pénalisé par ses insuffisances techniques. Il reçut ainsi le troisième par une larga cambiada de rodillas suivie de bonnes véroniques et demie. Après une mésentente avec la cuadrilla lors de la mise en suerte au cheval, le toro chargea le picador sans être piqué. Lorsqu’il y revint, il mit les reins et jeta tout ce petit monde au sol.

La seconde pique fut moins spectaculaire. Bien débutée sur la droite, mise en valeur par l’alegria du bicho, la faena connut quels bons passage sur les deux cornes, puis la fin se fit brouillonne et Alberto torchonna un peu la fin de son travail. Hélas en ce moment le torero ne tue pas. Trois pinchazos avant une entière limitèrent pour lui aussi la récompense à un salut au centre. Arrastre applaudi.

Le sixième, après quelques véroniques, s’enfuit sous la première morsure du fer, puis revint vers le uhlan pour deux piques, la seconde latérale. Brindée aux Armagnacs d’Eauze, la faena connut un bon début lorsqu’Alberto parvint sur la gauche à allonger la charge mesurée de l’animal. La suite fut moins aboutie avec des naturelles chiffonnées et des derechazos esquissés. A nouveau des longueurs avec la rapière. Pinchazo, demi-lame de travers, pinchazo hondo, et enfin demi-lame tendida de côté complétée par un descabello. Silence.

Le mayoral n’a pas salué. Il aurait pu.

Reseña et photos : Paco.