Jerez de la Frontera. 20 mai. Encore un triomphe en sept oreilles, quatre pour Roca Rey, trois pour Talavante.

La grande confrontation, pour la dernière course de la feria, a bien eu lieu mais n’a pas véritablement départagé le jeune Alejandro Talavante et le tout jeune Andrés Roca Rey. Mais il y a eu de beaux échanges entre les deux, très classiques et académiques avec Talavante, plus modernes et inspirés avec Roca Rey. Malgré une oreille en faveur du péruvien déclarons un match nul au sein du mundillo.

Trois bons quarts d’arènes, sous le ciel bleu, le soleil et une température chaude au paseo qui est descendue jusqu’à la petite laine pour le dernier toro. Deux heures vingt de spectacle.Trois fois deux toros de Juan Pedro Domecq, Zalduendo et Nuñez del Cuvillo. L’ensemble de 510 à 465 kilos, tous une pique, véritablement intéressante et poussé, avec le 5ème Zalduendo et le 6ème Cuvillo. Tous intéressants à la muleta, le quatrième, un Domecq le plus compliqué. Le premier, un Domecq applaudi à l’arrastre.

  • Alejandro Talavante (violine et or), au premier, (Domecq) deux pinchazos, une entière, salut ; au troisième (Cuvillo), une entière à recibir et un descabello, une oreille ; au cinquième (Zalduendo), une entière, deux oreilles.
  • Andrés Roca Rey (vert et or), au deuxième (Zalduendo), une entière foudroyante al encuentro, deux oreilles ; au quatrième (Domecq), une entière, salut ; au dernier (Cuvillo), une entière, deux oreilles.

 

Alejandro Talavante marqua son territoire dès la première passe, une statuaire amplifiée par la violence du toro. Elle fut suivie de trois ou quatre autres avant d’enchaîner sur une série sur la senestre… de ces passes interminables, données avec une certaine nonchalance déclenchant la musique. Le reste allait crescendo, et si ce n’était quelques maladresses à la mort, pouvaient tomber les premiers trophées.

Ce ne fut que partie remise pour sa première oreille avec le Cuvillo. Une première série à genoux, puis vinrent quelques muletazos issus d’une veine très classique. Sans l’épée ce fut alors une série de changements de mains qui mirent le feux aux arènes avec une mise à mort presque parfaite.

Talavante économisait son art pour affronter son dernier, un Zalduendo. Il atteignait les sommets avec une série sur la main gauche et ne tardait pas à conclure avec quelques ayudados. Du grand art et une parfaite maîtrise de l’adversaire. Talavante n’avait pas perdu son pari à Jerez (deux oreilles), il faisait jeu égal.

Andrés Roca Rey a pensé un moment qu’il pouvait enterrer son adversaire. Très classique à la cape pour sa première sortie, il marquait les premiers points. Il insistait par une série de quites par chicuelinas. Un brindis au public et il frôle le drame au premier muletazo, bousculé à plusieurs mètres. Certes il n’avait pas bougé d’un millimètre comme il le fit en suivant sur les autres statuaires. Il semble copier Talavante en partant sur la gauche avec des naturelles interminables. Il joue d’une main à l’autre, mais semble manquer de sentiments en terminant sur des manoletinas, l’entière foudroyante, al encuentro ajoutera pour les deux oreilles.

Avec le Domecq il héritera du toro le plus compliqué du lot et malgré tous ses efforts pour l’inciter à charger et à répéter, et un petit essai en naturelle, il n’ira guére au-delà d’un gentil intermède.

Avec le dernier, il est décidé à se racheter. Avec de merveilleuses véroniques il fait monter la pression. Des chicuelinas marchées pour conduire le toro au cheval. Roca Rey domine parfaitement et laisse le sobresaliente, Caro Gil, faire quelques passes. La faena qui suit a deux moments. Sur la droite, il torée sur le passage sans vraiment peser sur le toro, mais lorsque la muleta saute dans la main gauche, Roca Rey canalise parfaitement la violence du Cuvillo. Ses recours sont immenses. Il tue bien et le public n’hésite pas à demander une queue, justement refusée. Roca Rey aura montré à l’aficion de Jerez qu’il peut revenir l’an prochain.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol