Esprit du Sud 34. « Fou qui fait le délicat – Fou qui songe à ses querelles… »

Samedi 6 mai, malgré un début de matinée pluvieux sur le sud de l’Hérault, c’est finalement sous le soleil que la « Charte pour les libertés et la diversité des cultures » présentée par l’association « Esprit du Sud 34 » a été signée par les représentants des fédérations, d’associations départementales, de l’Occitanie et de l’Hérault – chasseurs, pêcheurs, Chambre d’Agriculture, éleveurs, viticulteurs, aficionados, gardians, élus – présents sur le podium installé sur le parvis du théâtre de Béziers .

Entre 9h45 et 14h30, de nombreuses personnes sont passées sur ce lieu de rassemblement, restant 15 minutes, 30 et plus. Un succès certain puisque quatre-vingt-quatre personnes ont adhéré à l’association héraultaise « Esprit du Sud 34 » !

Regardant les signataires de cette Charte me venait à l’esprit les vers de Louis Aragon :

« Celui qui croyait au ciel – Celui qui n’y croyait pas – Quand les blés sont sous la grêle – Fou qui fait le délicat – Fou qui songe à ses querelles »

Après de nombreux morceaux de musique joués par la Lyre Biterroise, Michel Bousquet, président d’Esprit du Sud 34, ouvrait à 11 heures tapantes le moment des prises de position et de soutien de ce rassemblement débuté à 10 heures. Philippe Maury, professeur au CHU de Montpellier, Président d’Honneur d’Esprit du Sud 34, héraultais, biterrois, chasseur, aficionado, ne pouvait refuser cette distinction et encourageait l’assistance à le rejoindre pour défendre nos terroirs et nos passions menacés par des citadins coupés de la ruralité et de ses traditions.

Puis André Viard, Président de l’Observatoire National des Cultures Taurines, un des initiateurs d’Esprit du Sud, idée issue d’un important colloque au Sénat en octobre 2016 sur l’homme et l’animal, emporta, comme pour tous les intervenants, l’adhésion :

« Que serions-nous, gens du Sud, sans le rapport charnel que nous entretenons avec notre terre ?
Que serions-nous, frères occitans, sans cet Esprit du Sud dont les valeurs humanistes furent forgées par cent générations ?
Que serions-nous, hommes fiers de Provence, du Pays Catalan, du Pays Basque, du Languedoc et de Gascogne, sans les libertés ancestrales que nos aïeux préservèrent de l’État jacobin ?
Que serions-nous, face au pouvoir technocratique qui prétend niveler les modes de vie et de pensée, sans la fierté née de notre identité et notre volonté de transmettre à nos enfants ce patrimoine culturel reçu de nos parents ?

Nous serions, comme tant d’autres qui n’osèrent pas entrer en résistance, de pauvres déracinés sur nos propres territoires, auxquels ne resteraient que les yeux pour pleurer sur leur fastueux passé, dont le souvenir nourrirait la meurtrissure des mémoires.
Nous serions, parmi tant d’autres, les zombis décérébrés de cette mondialisation vorace qui soumet notre quotidien au joug de ses diktats et prétend éradiquer de nos cœurs le sel de nos existences.
Nos langues, notre agriculture, nos vins riches et forts, nos traditions de chasse, de gastronomie ou de tauromachies, nos fêtes et notre mode de vie qui sont autant de défis joyeusement désespérés que nous lançons à la Camarde, sont insupportables à ceux qui n’osent plus prononcer son nom. Que nul ne soit dupe : les interdits qui menacent nos cultures rurales, au nom de l’opprobre dont les élites urbaines nous accablent, sont le reflet de leurs propres frustrations.
Frères du Sud, on nous reproche d’être ce que sommes et on nous jalouse parce que l’on nous envie.Qu’on nous comprenne bien : jamais nous ne fermerons nos cœurs et nos portes à ceux qui veulent prendre la main que nous leur tendons. Jamais nous ne nierons à quiconque le droit de penser autrement.
Ce que nous refusons, avec toute la force dont nous sommes capables, c’est l’asservissement culturel de nos territoires et l’effacement de notre mémoire.
L’Esprit du Sud est généreux. L’Esprit du Sud est un idéal courageux de convivialité et de partage. Son souffle chaleureux est pareil à celui du vent d’Autan, et sa force à celle du Mistral et de la Tramontane. Il naît dans la boue de nos campagnes, dans la rudesse de nos maquis, dans la sueur et dans l’effort, dans le sang, la peur et les larmes, mais aussi dans le bonheur de se savoir en vie. Il dévale nos montagnes avec l’impétuosité des torrents sauvages, s’étend dans nos plaines que le génie de l’homme a fécondées, puis se jette dans la mer nourricière et l’océan brave, qui distribuent au loin les valeurs universelles de la civilisation qu’il a enfanté.
L’Esprit du Sud ouvre ses bras à quiconque veut s’en imprégner. Nous ne fermons pas la porte au monde. Nous vivons dans notre temps. Notre message appelle à la fraternité, à l’échange, à la tolérance et au partage. Mais nous exigeons aussi le respect pour notre culture, notre identité et notre liberté.
Amis Languedociens, Provençaux, Catalans, Basques et Gascons, levons-nous tous ensemble, pour que l’Esprit du Sud réveille les consciences. Si nous résistons, le temps nous donnera raison. Et de parent pauvre de l’égoïste civilisation urbaine, nous redeviendrons ce phare d’humanisme que nos terroirs ont toujours incarné.
Frères occitans, nos convictions sont fortes et nos racines profondes. Si nous sommes unis, personne ne pourra les arracher.« 

Le suivant, l’ancien rugbyman biterrois, Jean-Pierre Ortoland rappela les liens du rugby avec le vin, la feria et le toro, liens à préserver à tout prix…

Dolorés Roqué, représentait la Région Occitanie qui se doit de soutenir sa diversité culturelle liée notamment à ses différences et au passé :

« Si nous sommes ici réunis, c’est pour promouvoir et protéger l’identité culturelle occitane.
Si nous sommes ici réunis, c’est pour démontrer avec Esprit du Sud 34 la diversité et la complémentarité des contributions, au-delà même des différences.
Si nous sommes ici réunis, c’est parce qu’ensemble on va plus loin et notre culture, comme notre langue, comme notre patrimoine architectural, se sont enrichis des apports successifs des autres, de bien d’autres, des celtes, des grecs, des romains, des cathares, pour notre Biterrois, pour notre ville de Béziers.
Et c’est en tant qu’occitane, que biterroise mais aussi en tant que native d’un autre pays européen, l’Espagne, que je célèbre ce que ma culture d’origine a versé dans le pot commun de l’aficion, entre autres, ce que nous devons à d’autres cultures, comme ce que nous devons à notre passé, à nos traditions propres. Antoine de Saint Exupery ne l’aurait pas entendu autrement, les différences ne lèsent point, elles enrichissent.
Notre culture du Sud, l’esprit du Sud, s’est forgée d’apports culturels si précieux que les conventions de l’Unesco de 2003 et 2005 ont voulu les graver dans le marbre des patrimoines culturels immatériels, Nous devons donc ensemble, protéger notre singularité culturelle, nos richesses : agricoles, patrimoniales, gastronomiques, sportives, la transmission de la langue occitane comme la Région Occitanie y participe ici au Cirdoc, et nous contribuerons donc ensemble ainsi à la promotion et à la grandeur de notre SUD, fidèle à l’esprit de la Charte du Sud 34 pour les libertés et diversités des cultures.
Longue vie donc à l’ESPRIT DU SUD 34. »

Le jeune représentant de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jean-Pascal Pelagatti, soulignait notamment les manipulations sur l’abattoir de Pézenas, les dénonciations nécessaire des maltraitances animales, mais en faire une généralité c’était totalement méconnaître l’esprit des éleveurs vis à vis de leurs animaux…

Puis le président d’Honneur du Vin, Jean-Charles Tastavy, défendit avec vigueur, en « guerrier », non seulement le fruit de la vigne, mais aussi toutes ses traditions notamment la tauromachie, car dans l’Hérault, celle-ci, à travers les ferias et autres rencontres conviviales, fait corps avec le vin…

Ferdinand Jaoul, conseiller régional d’Occitanie, délégué à la chasse et à la pêche, avec à ses cotés les présidents des fédérations de la chasse et de la pêche de l’Hérault, démontra le rôle des dizaines de milliers de chasseurs et pêcheurs pour la protection et le maintien de la faune et de l’équilibre écologique…

Le président de l’Association des Éleveurs Français de Toros de Combat, Patrick Laugier, avec une émotion partagée par toutes et tous, dénonça les attaques continuelles dirigées vers les éleveurs, éléveurs garants de la bio-diversité à travers les pâturages… Révolté à devoir se justifier d’élever des toros, il affirmait que les antis le trouveraient toujours devant eux pour défendre notre liberté…

Le majoral du Felibrige, capitaine de la Nacioun gardiano, Guy Chaptal apportait son salut et soutien à l’Esprit du Sud pour sauvarder cette culture du Sud et ses traditions pour les générations futures.

Rémi Dumas, pour la Bouvine et les courses camargaises, soulignait l’importance pour l’avenir de nos territoires de défendre nos traditions venant de loin… souvent tristement attaquées, mais toujours bien présentes.

Puis ce fut Tierry Girard, président de la Fédération des Clubs taurins du Biterrois, un discours certainement partagés par les aficionados du département :

 » Il en faudrait et il en faudra, des discours pour dire le ressentiment, le raz-le-bol que nous éprouvons devant l’ostracisme et l’injustice dont nous sommes victimes. Nous avons été les premiers avec les chasseurs à être montrés du doigt, et n’avons eu de cesse de prévenir, attention, après la corrida, la chasse, ce sera la bouvine, le cirque, l’élevage, le gavage, la pêche.
Ces idées, il y a 20 ans, prêtaient à sourire. Aujourd’hui on y est, ce sont les idées à la mode de Paris, et tous les journaux et les télévisions les relayent sans relâche, l’animalisme est devenu la préoccupation médiatique de nos jours, avec un impact non négligeable sur la jeunesse. Et notre génération est en partie responsable d’avoir écarté les enfants de la ruralité, de la réalité. Les 16ème et 17ème siècles ont été les siècles des grandes découvertes, on s’aperçut alors que d’autres mondes existaient, aujourd’hui, on vient de découvrir héberlués que la viande qu’on achète au supermarché provient d’animaux élevés à cet effet; voilà la grosse découverte du 21ème siècle.
Les opposants à la corrida ont toujours existé, mais les bulles papales du 16ème siècle, lorsqu’elles voulaient interdire les courses de toros, le faisaient au nom de la protection de l’homme, pour qu’il n’y ai plus de morts dans les ruedos improvisés lors de capeas improbables.
De nos jours c’est le contraire, l’animal est roi, et les blessures subies dans l’arène ravissent les détracteurs de la corrida, et la mort d’un torero les réjouit comme on a pu hélas le constater l’année dernière. On croit avoir affaire à des gens dont l’opinion diverge de la nôtre, mais c’est beaucoup plus que cela, ce sont des fanatiques, organisés, déterminés, et je ne vais pas vous faire la liste des actions terroristes qu’ils ont déjà menées. Au risque de tuer des gens. Et ce serait nous les barbares ? On nous ringardise, on nous ignore, on nous culpabilise, mais malheureusement pour eux, nous existons, et nous ne sommes pas prêts de lâcher.
Nous disons haut et fort que notre passion est belle, que c’est la seule entité au monde qui respecte l’animal, on peut développer, mais il y a longtemps que nous avons compris qu’avec les opposants le dialogue est impossible. Il y a entre eux et nous des siècles et des continents !
Maintenant qu’ils se découvrent, que l’anthropomorphisme, l’animalisme, l’antispécisme deviennent une mode, maintenant que d’autres activités sont ostracisées, des traditions régionales directement menacées, des professions, des métiers, en danger, il est temps de s’organiser, de montrer qu’on existe, qu’on ne nous enlèvera pas facilement le jambon de Lacaune, les palombes en Salmi, le foie gras du Sud-Ouest, l’entrecôte de charolais, les côtes d’agneau à la braise de sarments, les huîtres de l’étang de Thau, les Miuras du 15 Août et tout cela sous les trois couleurs de notre drapeau viticole Blanc Rosé Rouge !
Nous, aficionados héraultais, rejoignons le mouvement « Esprit du Sud 34», non pas contre ou anti, mais POUR que les traditions qui font vivre les régions perdurent, POUR montrer qu’on existe, et que nous n’avons pas besoin pour vivre, bien et dignes, de mode d’emploi venu du nord ou d’ailleurs !
Vive Esprit du Sud 34 ! »

Olivier Duchamp, membre de la Coordination Rurale, souscrivait à toutes les interventions qui rejoignent la nécessité de défendre les produits agricoles et culturel de notre terroir : vigne, élevage, chasse, tauromachie; une nécessité pour l’avenir de nos enfants…

Philippe Maury se devait de conclure avant le maire de Béziers, en rappelant l’importance de l’union de tous pour l’avenir de nos territoires et la défense de nos passions et professions. Il appelait à le rejoindre au sein d’Esprit du Sud 34 pour se tenir informé et réagir à toutes les attaques futures de ceux qui voudrait nous imposer leur façon de vivre…

Puis Robert Ménard, maire de la ville, rappelait particulièrement l’importance de préserver, de défendre les valeurs ancestrales du Sud face à la mondialisation. Défendre nos traditions est une nécessité vitale pour notre avenir, celui des générations futures, c’est le but d’ Esprit du Sud dans tout notre Sud, et c’est tant mieux…

Le rassemblement devait se terminer par l’intronisation de Philippe Maury, André Viard et Michel Bousquet au sein de la confrèrie Sant Andiu de la Galinière. Car peut-on imaginer déguster un bon vin sans viande, volaille ou poisson.

Cette premiere manifestation d’Esprit du Sud 34 indique que face à l’activisme liberticide des animalistes, nous risposterons par l’activisme de l’intelligence et de la culture !

Reportage : Hugues Bousquet (http://lotaureroge.canalblog.com/)