Rencontre avec Manolo Vanegas.

Le 23 avril dernier, la Peña Manolo Vanegas organisait sa Fiesta Campera à la ganaderia Cuillé.

Pour la circonstance, Manolo Vanegas tientait une vache et tuait un toro. Si la vache se prêta au jeu des étoffes; le mâle fut, et c’est normal, un peu plus exigeant tout en affichant beaucoup de qualités, de bravoure d’abord en trois vraies piques, puis de noblesse dans la muleta douce et autoritaire du jeune vénézuélien qui toréa a gusto sur les deux mains. Bonne estocade au second assaut et un trasteo qui aurait pu être crédité d’un trophée dans n’importe quelle arène. De bon augure pour les rendez-vous à venir.

A l’issue de ses deux prestations, Manolo se prêta avec la gentillesse qui le caractérise au jeu des questions.

torobravo : merci de m’accorder un moment après la lidia que tu viens de mener. Comment s’est passé ce moment ?

MV : ça a été un moment important pour moi car ça m’a permis de penser mon toreo et d’en profiter pour régler des choses : les toques, la distance, le placement. La vache s’est bien laissé faire. Le toro a été sérieux mais il m’a permis de travailler en confiance et avec de la douceur.

torobravo : comment s’est passé ta préparation pour cette alternative qui arrive ?

MV : tout s’est très bien passé. Je passe beaucoup de temps à m’entrainer, jour après jour. Mais pour le moment, ce n’est pas à l’alternative que je pense en premier lieu car elle reste encore du temps, mais à l’encerrona d’Alès. Bien sûr l’alternative reste présente dans mon esprit car c’est un jour important pour un torero, pour ne pas dire l’un des jours les plus importants de sa carrière. C’est un peu comme une fille qui est fiancée. Ce qu’elle désire le plus ensuite, c’est se marier. Nous les toreros, ce qu’on désire le plus, c’est prendre l’alternative pour que tout évolue a mas.

Je ne veux pas être « un de plus » …

torobravo : pourquoi avoir choisi Vic ? Quand on s’était vu l’an dernier, tu avais évoqué entre autres Arles et Nîmes.

MV : je suis un torero qui voit les choses clairement, qui est réaliste. Je t’avais dit cela en début de saison, et puis en cours de temporada, j’ai vu beaucoup d’alternatives prises à Nîmes et je n’ai pas envie que les gens pensent « une alternative de plus ». Donc j’ai eu envie que ce soit différent. Il y a une attente forte. Vic est la plaza la plus torista de France et certains diront que je suis fou. D’autres penseront que j’ai du mérite. Je ne veux pas être « un de plus ». Je veux marquer les esprits et que ça soit un jour historique.

torobravo : tu vas ensuite toréer à Orthez. As-tu d’autres engagements ?

MV : je ne parle des contrats que quand le cartel est annoncé. Il y a des choses qui sont signées, au Pérou et au Mexique. Mais tant que les cartels ne sont pas sortis, je préfère ne rien dire car ça peut changer du jour au lendemain. A Orthez j’ai un rendez-vous important avec les toros de Valverde. Je suis un torero qui a eu une très bonne carrière de novillero, un bon apprentissage avec beaucoup de novilladas dures face auxquelles j’ai eu des triomphes importants. J’ai décidé de rester dans ce créneau. Je crois que le toreo et l’aficion attendent un torero nouveau, jeune, et qui se tourne vers les corridas dures.

torobravo : tu n’as pas été contacté pour toréer à Céret ?

MV : on a discuté mais on n’est pas arrivé à un accord. Je crois être un torero qui a du mérite. J’ai su me gagner un public qui a confiance en moi. C’est Dieu qui commande et j’irai partout où les empresas me feront confiance. J’irai donc probablement un jour aussi à Céret car je veux toréer dans toutes les arènes. L’an dernier j’ai été premier à l’escalafon, mais une fois que j’aurais pris l’alternative, je ne serai plus le premier mais le dernier. Ce que je veux, c’est gravir les échelons jour après jour et faire de ma carrière une belle histoire.

torobravo : on peut penser que tu reviendras à Madrid ?

MV : oui. Comme novillero je n’y retournerai pas car j’y ai fait il y a peu de temps ma despedida de novillero de l’aficion espagnole. Je crois y avoir laissé une bonne impression et que j’y ai gagné le respect. Si je dois y revenir en tant que matador, j’espère avoir la chance de toucher un toro brave, avec de la race et de la transmission, et être à la hauteur de la situation.

torobravo : il y a peu beaucoup plus de corridas dites « commerciales » que de corridas dures. Est-ce que ça n’est pas un problème pour l’orientation de ta carrière ?

MV : oui, c’est difficile parce que c’est vrai qu’il y a peu de corridas dures. Mais il y a aussi peu de toreros pour ces corridas et je pense pouvoir m’y faire une place.

torobravo : revenons à ce qui t’attend : l’encerrona d’Alès et la corrida d’alternative. D’autres rendez-vous en plus ?

MV : non, j’ai fait mes adieux de novillero à l’aficion espagnole à Madrid. Je vais faire de même à Alès, sans penser pour le moment à l’alternative. Chaque chose en son temps. Maintenant je prépare l’encerrona d’Alès, et il n’y a que ça qui compte car je veux être à la hauteur ce jour-là. Passé Alès, je penserai à mon alternative de Vic et je m’y préparerai. Chaque rendez-vous est important et je dois être le mieux possible.

torobravo : comment vas-tu te préparer à ces rendez-vous ?

MV : beaucoup d’entrainement de salon, de la préparation physique, du campo avec quelques tentaderos et quelques mises à mort en privé. Et surtout être mentalement très fort pour bien voir les choses, bien les analyser pour toréer a gusto.

torobravo : nous serons là pour tes prochains rendez-vous et te souhaitons d’ores et déjà tout le succès que tu mérites.

Propos recueillis par Paco le 23 avril 2017 à la ganaderia Cuillé. Photos : Paco.