Séville. 27 avril. Corrida de expectación … mais le Juli coupe et sauve la tarde.

Séville. Arènes de la Maestranza combles, frôlant le no hay billetes, deux heures vingt de spectacle, sous une fine pluie pratiquement sans discontinuer, température supportable.

Trois toros de Domingo Hernandez et trois de Garcigrande, fabriqués dans le même moule, lourds et bien armés, de 637 à 632 kilos pour les Domingo Hernandez et de 586 à 549 pour les Garcigrande. Les deux fers alternèrent, du Garcigrande en première position jusqu’au Domingo Hernandez en sixième. Tous deux piques, certaines secondes purement règlementaires, compliqués à la muleta et même intoréables.

  • Morante de la Puebla (orange et azabache) : au premier, une entière, silence ; au quatrième, deux pinchazos, une entière, trois descabellos, avis, silence.
  • El Juli (bleu foncé et or) : au deuxième, deux pinchazos et une entière, silence ; au cinquième, une immense estocade, un descabello, avis, une oreille.
  • Alejandro Talavante (bleu marine funèbre et or) : au troisième, un pinchazo, une entière, deux descabellos, silence ; au dernier, un pinchazo et une entière, silence.

On en parlait depuis plusieurs jours de cette course qui voyait la confrontation de l’artiste affirmé, Morante de la Puebla, et de l’ancien jeune qui a tout bouleversé, Julian Lopez El Juli. Arbitre : un autre jeune aux dents longues, Alejandro Talavante, qui se verrait bien supplanter Morante. Mais de tout cela rien, ou fort peu, avec seulement El Juli qui, avec ses dons et connaissances de lidiador, a pu se sauver et ravir quelques aficionados.

Morante de la Puebla n’a manifestement rien trouvé d’intéressant dans le Garcigrande comme dans le Domingo Hernandez qu’il toréait ensuite. A son actif, pour son entrée en piste, une grande véronique et quelques naturelles dans le début de faena. Mais l’artiste, qui semblait attendre son deuxième adversaire, un Domingo Hernandez, partagea la déception des aficionados luttant contre l’humidité et le froid. Rien, mais rien de rien à la cape, et à part trois esquisses de naturelles en début de faena, pas davantage en suivant. Il abrégea au plus vite pour un second silence glacial.

Julian Lopez « El Juli » eut quelques grand éclairs face à son premier, avec beaucoup d’art et de qualité dans les quites. Le brindis au public exalta ses supporters dans une immense ovation. Par la suite il fut parfait avec une muleta très basse et très lente. Mais le madrilène éclata avec son second, accueilli par six grandes véroniques et une demie. On le revoit au quite avec autant d’aisance et de volonté… Magnifiques les différentes séries qu’il va dessiner, inventer presque, avec une muleta se traînant sur le sable et toujours plus lente à chaque passage. Par instants El Juli est au sommet de son art, magistral, lidiador et artiste. L’impressionnante estocade avec laquelle il conclut valait l’oreille à elle seule.

Alejandro Talavante était dans son jour de malchance…Même le Garcigrande avec lequel il ouvrit son travail n’était pas le meilleur et il se contenta d’un honnête tercio de cape. A la muleta, pas grand-chose à faire avec cet « Entaponado » qui lui imposa deux extraños dangereux. Mais il allait trouver le pire avec le dernier Domingo Hernandez qui ignora la cape et malgré une grande pelea au cheval oubliait manifestement la muleta. Il donna une fausse impression avec trois muletazos… et se retira rapidement.

Une course très terne, et pourtant ce furent ces toros qui permirent souvent les grands triomphes.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.