Présentation de la Feria de Nîmes.

Hier matin à la mairie de Nîmes avait lieu la présentation des cartels de la Feria de Pentecôte.

Pour une fois, rien n’avait fuité dans la presse. Comme ce fut souligné, Madrid n’avait pas occulté Nîmes dans l’esprit de Simon Casas. On pourrait presque dire que la programmation nîmoise est la petite soeur de la programmation de Las Ventas.

Laissons la parole au directeur des arènes de Nîmes.

« Vous n’avez pas vu les cartels dans le journal ce matin car je les ai faits dans l’avion hier soir. Je plaisante.

A tout présent tout honneur, Jean-Baptiste est là, son solo à Nîmes, bien sûr, est important et de plus il est totalement justifié. Il aura lieu le dimanche après-midi. Il ne faut pas oublier qu’il a coupé ni plus ni moins que huit oreilles et une queue à Nîmes, plus quatre oreilles et une queue à Arles durant la temporada passée donc douze oreilles et deux queues, trois triomphes exceptionnels. Et si Jean-Baptiste souhaitait combattre seul six toros à Nîmes, c’est en pleine légitimité et c’est un honneur pour nous que de le recevoir. Je suis sûr que ce sera une après-midi pleine d’émotion. Il parlera tout à l’heure des toros des six élevages différents qu’il combattra ce jour-là.

En parlant de toros d’ailleurs j’ai souhaité dans cette feria, me souvenant que certainsl’année dernière avaient émis le souhait de voir un peu plus d’élevages différents, avec d’autres races, d’autres origines, programmer le vendredi après-midi une race importante, celle de Santa Coloma, avec des toros de La Quinta. Le week-end dernier il y a eu à Madrid une très grande et très importante novillada de La Quinta. Vous savez que l’origine Santa Coloma fait partie de l’histoire de la tauromachie, une origine un peu délaissée par les grandes vedettes qui choisissent, comme nous le faisons lorsque nous allons au restaurant, nous choisissons nos plats, ils ont tendance à choisir leurs plats ganaderos, c’est-à-dire leurs élevages de toros. C’est pas une question de risque d’ailleurs parce que les grandes vedettes reçoivent souvent des coups de cornes et des blessures graves. La tauromachie est un art et leur expression artistique, leur façon de toréer, suivant les uns ou les autres, s’adaptent mieux à certains toros, ou certains élevages s’adaptent mieux à la stylistique de chaque torero. Ça peut se comprendre, ça peut s’entendre. On ne peut pas demander à un violoniste de jouer de la contrebasse, il peut en jouer bien sûr mais il joue mieux du violon.

Donc les Maestros, d’abord s’ils deviennent Maestros, ce n’est pas par hasard. Ce n’est pas un métier, la tauromachie, ou je pourrais dire que c’est un métier très difficile, pratiquement impossible d’arriver au sommet. On a là un matador et il est français. Il est extraordinaire. J’ai vu toréer Jean-Baptiste chez moi, il avait six ou sept ans. Il y a beaucoup d’aspirants et très peu d’élus. C’est toujours très difficile de devenir un grand, un grand de la politique, un grand du football ou un grand de la peinture. C’est encore plus difficile en tauromachie parce qu’il y a la prise de risque, elle est énorme, et de la même façon qu’il y a la prise de risque, il y a la prise de chance. L’acteur principal de la tauromachie, qu’on le veille ou pas, c’est la chance. C’est une activité artistique où deux et deux ça ne fait pas quatre. Contrairement au cinéma, contrairement au théâtre, contrairement à la peinture, à la littérature, où toutes les répétitions, tous les essais sont possibles, en tauromachie il n’y a pas de répétition. et quel que soit l’élevage annoncé dont on connaît les mérites et l’actualité, quel que soit le torero annoncé dont on connaît l’actualité, eh bien ça peut rater parce qu’il peut y avoir du vent, parce qu’on peut rater les estocades, parce que parfois le torero a mal aux dents, et les toros aussi ont mal aux pattes, ça arrive. Croyez bien que lorsqu’il arrive à certains d’entre eux de chuter, de ne pas avoir toute la force qu’on souhaiterait, ce n’est pas de la faute de l’éleveur, ce n’est pas de la faute de l’impresario. Comme je le dis souvent aussi, la génétique est un mystère. Vous êtes tous papa ou maman, vous avez parfois plusieurs enfants et il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Il y en a un qui va être un excellent sportif, résistant physiquement, et lautre qui sera plutôt intellectuel. Eh bien demander que l’on puisse prévoir à l’avance comment vont sortir les toros, ça n’a pas de sens. Et c’est bien qu’il en soit ainsi car si la tauromachie était un art qui se répète, si c’était une science exacte, si deux et deux ça faisait quatre, il n’y aurait pas le même mystère, il n’y aurait pas la même grâce, il n’y aurait pas la même attente. Ce qui fait que tous les coeurs et les esprits s’emportent à certains moments, dans certaines après-midis, c’est que précisément la grâce est là. S’il y a grâce, c’est qu’il y a imprévu. La grâce ne se prévoit pas, elle se produit ou elle ne se produit pas.

Je suis toujours un peu bavard mais ça faisait un an que je ne vous avais pas vus puisque en septembre, eu égard à Monsieur le Maire qui n’était pas disponible, nous n’avions pas fait de conférence de presse. Et faire une conférence de presse, ici pour moi ce n’est pas une conférence de presse, je vois les visages, pour la plupart nous sommes amis depuis longtemps, et même quand nous ne sommes pas amis, on est de la même famille, on est de la même ville. Ici on parle corrida, on a été gagnés par cette même passion qui est un art et qui est une culture. Je le dis parce qu’il y a lieu de la protéger parce que c’est un art, parce que c’est une culture, parce que ça a du sens. DAns notre ville, et c’est le cas dans toutes les villes taurines, c’est grâce à la tauromachie qu’on s’est développés. La tauromachie, c’est-à-dire les émotions que nous transmet la tauromachie. La tauromachie est une culture parce qu’ au sortir d’une grande corrida, on est plus cultivés qu’à l’entrée de cette corrida. Les enjeux de la corrida sont des valeurs universelles, la vie, la mort, le dépassement de soi, l’animalité respectée bien entendue, et pas comme les animalistes qui ont fait du loup un toutou. Moi je veux être un loup, je ne veux pas être toutou. Le toro de combat n’a pas été dénaturé par l’homme, il est respecté avec ses pulsions, avec sa génétique, avec sa généalogie, il est respecté comme animal roi. C’est ce message qu’il faut faire passer, c’est ce message qu’il faut protéger et l’artiste toro, car c’est un artiste, inconscient, il ne pense pas, et ses pulsions sont majeures. C’est pour ça que c’est le roi des animaux dans toutes les civilisations, c’est un totem, et avec l’artiste torero, ils produisent ensemble un spectacle de volupté artistique et esthétique exceptionnel. A partir de là, je comprends très bien que certains puissent ne pas aimer la corrida. Il ne s’agit pas à partir de là de créer des conflits, il s’agit de créer de l’entendement culturel, et entendre ça veut dire écouter. On doit écouter l’autre, l’autre doit nous écouter, et on doit déboucher sur des explications intelligentes.

Et à la veille des élections présidentielles, j’en profite pour le signaler, dans le respect de toutes les opinions et bien sûr du vote de chacun d’entre vous, qui bien entendu ne sera pas le même, il m’appartient de souligner quels sont les candidats qui se sont prononcés pour ou contre la corrida. Monsieur Fillon, très clairement, a dit qu’il respecterait le statu quo et qu’il ne toucherait pas à une tradition et à une jurisprudence établie. Il respectera la corrida. Ça ne nous étonne pas, il était journaliste à France Presse Madrid avant même de faire de la politique, et entre autres, il était critique taurin. Peu de gens le savent. C’est un homme de courage, ça on peut s’en rendre compte, il aguante, il laisse venir le toro, mais il a eu le courage avant ça de dire dans une grande émission politique il y a quelques années en prime time qu’il avait deux passions dans sa vie, la course automobile et la tauromachie. Personnellement, chacun pense ce qu’il veut, un candidat qui aime la tauromachie, ça attire mon attention. De même que mon attention a été attirée par d’autres candidats qui carrément se sont prononcés contre. Je ne vais pas aller au-delà de cette observation mais simplement, puisque c’est une conférence de presse tauromachique, et que la tauromachie fait partie de la vie de la cité, il m’appartenait d’exprimer ce que je ressens.

Je reviens aux cartels. Mais on le sait la tauromachie et la politique ont beaucoup à voir entre elles, c’est pour ça que dans le langage tauromachique, porter des estocades, …, il y a tout un verbe politique dont se servent les acteurs politiques et parfois ce n’est pas simplement des allégories, les estocades sont réelles« .

Et Simon Casas de commenter les cartels ci-dessous, commentaires dont je vous fait grâce pour ne pas être trop long.

Et Simon de commenter aussi les alternatives nîmoises prises par certains des toreros à l’affiche.

« Vous vous souvenez que depuis que je dirige les arènes de Nîmes j’ai plaisir à faire prendre des alternatives, si bien que dans tous les programmes de corridas, quand on lit la biographie des toreros, on voit maintes fois écrit -alternative à Nîmes- et vous vous rappelez pourquoi, parce que moi quand je l’ai prise en 75, certains critiques taurins et même la Fédération des Sociétés Taurines Française, ont déclaré que mon alternative n’était pas valable parce qu’elle avait été prise en France. Or je m’étais dit que si la mienne n’était pas valable, celle de Roca Rey non plus, celle d’El Juli non plus, …, bien sûr qu’il faut être progressiste, bien sûr qu’il faut savoir imaginer l’avenir, et bien sûr qu’il faut être français, pour la grandeur de la France, pour la consolidation de nos identités. Il y a plein de français qui toréent ici, à Madrid, partout mais je fais référence à une époque où être français c’était l’interdiction de se voir ouvrir les arènes. Ça veut dire que quand on se bat, on y arrive et c’est ça le message important, un des messages aussi de la tauromachie« .

Sur la programmation :

« L’an dernier en septembre il y avait eu deux élevages triomphateurs, Victorinano del Rio et Nuñez del Cuvillo.  Victoriano del Rio est là, Cuvillo sera là en septembre. Je vous parlerai un petit peu brièvement de septembre tpout à l’heure car maintenant nous allons prendre l’habitude, comme le fait Arles, comme le font la plupart des arènes, d’harmoniser les deux programmations, parce qu’il y a lieu de tenir compte de l’environnement de chaque arène. Par exemple Manzanares et Talavante toréeront en septembre, concrètement le 16 septembre, au même cartel, avec les toros de Cuvillo. Parce qu’ils toréent à Arles et ils toréent à Istres, à Arles avant Nîmes, à Istres après Nîmes. Je pense que c’est bon dans l’intérêt de toutes les arènes d’avoir une politique globale de programmation, de savoir jouer sur nos deux ferias pour ouvrir les programmations« .

Je termine pour vous dire qu’en septembre les absents de Pentecôte seraient là. Je souligne pour l’intant la présence de Manzanares et de Talavante, et un gros événement, puisque Roca Rey, qui est le numéro 1 et qui n’a jamais fait de solo, fera un solo à Nîmes le dimanche 17 septembre en matinée. Et ça c’est très important car c’est une reconnaissance, une fois de plus, de notre arène comme grande capitale mondiale de la tauromachie, et puis pour les commerçants car vous le savez Roca Rey est péruvien, donc sud-américain, et son solo attirera à Nîmes beaucoup de public venant d’Amérique du Sud« .

L’intervention de Juan Bautista :

« Je ne vais pas retracer mon histoire avec les arènes de Nîmes. Pour la plupart vous la connaissez. La première fois que j’ai fait le paseo dans les arènes de Nîmes, j’avais 17 ans et ce jour-là j’ai grâcié un novillo d’Ortega Cano, donc mon histoire a bien démarré. Par la suite j’ai beaucoup toréé à Nîmes, j’ai souvent triomphé. Une arène, une aficion qui m’a toujours soutenu, toujours aidé, même dans les moments les plus difficiles. L’impresario aussi m’a toujours soutenu, toujours fait confiance et je lui en suis très reconnaissant. Nîmes, c’est un peu comme ma deuxième maison. C’est vrai qu’en tant qu’arlésien je me suis plus senti soutenu et aidé par le public nîmois.

Vous savez que pendant plusieurs années j’ai souffert un peu d’incompréhension, d’injustice à Arles alors que le public nîmois était tout le contraire avec moi. Simon a fait référence à ma dernière temporada surtout qui a été formidable pour moi. Quatre oreilles à Nîmes pour Pentecôte, trois en septembre à la première, trois oreilles et la queue à la deuxième. Je suis à quatre Porte des Consuls consécutives. C’est quelque chose qu’il aurait été difficile d’imaginer en début de carrière, même si le public nîmois me soutient. Ce n’est pas simple de triompher comme ça à chaque fois. Je voudrais aussi rajouter que quand j’ai rêvé d’être torero, quand Simon m’a connu à cette époque quand je toréais des petits veaux à Bellegarde, j’avais un rêve, c’était de me retrouver un jour seul dans les arènes de Nîmes.

C’est vrai que les années ont passé, j’ai réalisé plein de rêves durant toute ma carrière, j’ai triomphé et toréé dans les plus grandes arènes du monde. Voilà, le rêve de tuer six toros je vais le réaliser cette année. Six toros dans les arènes de Nîmes qui est l’arène où je venais quand j’étais enfant, quand je venais en spectateur avec ma mère dans les gradins, avec mon père, c’est là que j’ai rêvé de faire comme eux. C’est là que j’ai vu Chamaco prendre l’alternative avec un costume de Christian Lacroix à qui j’ai demandé aussi ce jour-là de m’accompagner et de me dessiner un costume, de participer à cet événement. Donc je voulais vous transmettre l’honneur qui est le mien de participer à cette corrida, de toréer seul contre six toros de six élevages différents. Les plus grands toreros de l’histoire de la tauromachie ont un jour toréé six toros dans les arènes de Nîmes, donc faire partie de ce groupe  de toreros de cette catégorie, c’est aussi un grand honneur.Vous dévoiler certaines choses, pas toutes, parce qu’avec Simon et Frédéric Pastor, nous avons décidé d’organiser une seconde conférence de presse où on pourra vous dévoiler une affiche que Christian Lacroix va dessiner spécialement pour ce jour-là, un vidéo-clip aussi de promotion que nous avons tourné dans la ville de Nîmes autour de cette corrida, tout ça d’ici la fin du mois.

En accord avec Simon, nous avons décidé de réserver six toros de six élevages différents, d’encastes différents, d’élevages très prestigieux, un notamment qui va se présenter à Nîmes, celui de Pedraza de Yeltes. Un toro de Garcigrande, un toro de Parladé, un toro de Jandilla, un toro de La Quinta, un élevage que j’apprécie énormément et dont j’ai grâcié un toro dans les arènes d’Istres et un toro de Capea pour apporter aussi un encaste différent. Il y aura des élevages plus toristes, d’autres plus toreristes, tous des élevages très prestigieux, de renom, qui ont permis de grandes faenas dans les plus grandes arènes du monde, et que je serai très heureux d’affronter ce jour-là. J’espère vous avoir transmis toute l’émotion que j’ai pour cette corrida et je vous donne rendez-vous dans une quinzaine de jours pour vous dévoiler plus de détails sur cette corrida« .

Avant de dévoiler les affiches, Frédéric Pastor insista sur la qualité des cartels et exprima la fierté des nîmois d’avoir un des leurs à la tête de la plus grande arène du monde.

Le peintre Loren, auteur des deux affiches, dévoila ses oeuvres et les commenta (voir en cliquant ci-dessous sur les images) puis les participants purent échanger autour du verre de l’amitié.

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