Bogota. 22 janvier. Le retour des toros et le triomphe de Roca Rey.

La plaza de toros La Santamaria affichait hier un « No hay billetes » pour le retour des toros à Bogota après cinq années de fermeture des arènes.

L’hymne de la République Colombienne retentit, suivi par celui de la ville de Bogota et symboliquement les clés du toril furent restituées aux monosabios tandis que les tendidos scandaient des slogans où le mot « Libertad » prenait une place majeure.

Le toro du renouveau, judicieusement baptisé « Libertad », était aussi celui de la confirmation d’alternative du jeune matador péruvien Andrés Roca Rey, lequel incarne lui aussi une forme de renouveau au sein de l’escalafon. Hélas le bicho d’ouverture manqua de franchise dans ses embestidas et le toreo du péruvien en fut affecté malgré l’évidente volonté affichée par le jeune torero. Sérénité, temple, lenteur des passes, à gauche surtout, mais une lame correcte qui, au final, n’eut pas l’effet escompté. Vuelta après pétition.

Le sixième toro fut celui du succès. Le garçon le brinda aux novilleros du cru qui avaient fait une grève de la faim pour obtenir le droit d’exercer leur métier dans les arènes locales. Après réception par belles véroniques et un quite par gaoneras, Roca Rey signa une faena d’inégale intensité mais empreinte de valeur et de classe, et toujours avec cette volonté de bien faire qui est devenue le dénominateur commun de ses trasteos. Estoconazo sin puntilla après pinchazo et cette fois deux mouchoirs blancs apparaissent au palco.

El Juli, chef de lidia du jour, n’eut guère de chance avec son premier adversaire qui ne lui offrit aucune option de succès (silence). Son travail face au quatrième fut certainement le meilleur de la tarde. Si le bicho finit a menos, inversement le madrilène, quant à lui, finit a mas, mettant tout son pouvoir et sa science du toreo dans la balance pour triompher, s’imposant face à un adversaire qui dut se rendre à ses arguments. Hélas une demi-lame défectueuse complétée par deux descabellos limita la récompense à une vuelta.

Luis Bolivar composa une faena importante face à l’encasté troisième, un toro qui nécessita que le garçon mette tout en oeuvre pour s’imposer. Le diestro colombien dut garder dans sa muleta un bicho qui avait tendance aussi à se dégonfler. Il parvint à force de volonté et de technique à dessiner de bonnes tandas ambidextres et fut récompensé par une oreille. Le trasteo face au quinto fut très en-dessous, Bolivar ne trouvant jamais l’accord avec un adversaire de piètre valeur. Des difficultés avec les aciers et retour en silence vers le callejon.

Les toros d’Ernesto Gutierrez donnèrent des jeux divers, les 4° et 6° se positionnant au-dessus du lot.

(Photo : Rodrigo Urrego B)

Un bémol pour cette belle journée : la violence des anti-taurins qui insultèrent et blessèrent  gravement des aficionados se rendant à la corrida, lesquels durent être transportés à l’hôpital. Une présence policière insuffisante serait à l’origine de cette situation.