Bayonne. Expo Lucien Clergue au Didam.

Après le Grand Palais il y a tout juste un an, le DIDAM-BAYONNE accueille des photographies de Lucien Clergue, jusqu’au 15 janvier 2017. Une exposition d’envergure, intitulée Les Suds, qui met à l’honneur une figure emblématique de la photographie décédée en 2014.

Le DIDAM s’est affirmé depuis avril 2015 comme un lieu d’expositions temporaires sur la rive droite de Bayonne. Il prend progressivement toute sa place dans le paysage artistique et, bien qu’ouvert à la création sous toutes ses formes, dessine une programmation de plus en plus axée autour de la photographie. Preuve de l’affirmation de cette ligne artistique, la saison 2016, année Donostia/San Sebastian capitale européenne de la culture – a offert une occasion unique de positionner le DIDAM comme un espace de dialogue privilégié autour de la photo avec les expositions Carlos Saura, Traité de Paix  et Jeu de balle. Lucien Clergue – les Suds, leur succède en monumentale clôture de la saison.

Lucien Clergue, ami de Picasso et Jean Cocteau, a notamment co-fondé le Festival international de photographie des Rencontres d’Arles avec Michel Tournier.

Élaborée en coproduction avec l’Atelier Lucien Clergue grâce à la complicité de Yolande Clergue et de ses filles Olivia et Anne Clergue, l’exposition présente 74 photos en noir et blanc sur les nus apaisants en bord de mer, les sables graphiques et mouvants, la vie bouillonnante des gitans des Saintes-Maries-de-la-Mer, l’afición et la tauromachie dans les jeux d’ombre et de lumière et les portraits fascinants des « toros » et de leurs toreros, au rang desquels El Cordobés photographié à Bayonne. Ces photographies sont accompagnées d’un film et d’ouvrages documentant la vie de l’artiste.

Lucien Clergue est né à Arles en 1934 à quelques pas des arènes. Il est élevé par sa mère, épicière à la Roquette, le quartier des gitans des bords du Rhône. Homme du Sud il photographie les sables, les nus de la mer, les gitans ou les taureaux de sa Camargue natale, thèmes qui nous plongent dans la civilisation méditerranéenne.

Pendant près de soixante ans, l’ombre et la lumière hantent le travail de l’artiste. C’est en noir et blanc qu’il a choisi de nous fait prendre conscience de son univers qui résume le cycle de vie : Eros et Thanatos. Profondément marqué par la guerre et la disparition précoce de sa mère, il va traverser une période sombre en photographiant des thèmes ardus comme les charognes dès son plus jeune âge. Son enfance est marquée par la présence du taureau, passion qu’il exploite durant toute sa carrière à travers son objectif, faute d’avoir pu devenir torero. Dans la section tauromachique, nous avons retrouvé des moments inédits avec El Cordobés et Nimeño dans les arènes de Bayonne.

Des arènes aux gitans qu’il côtoie au quotidien, l’exploration reste constante, il saisit l’âme de cette communauté persécutée durant la guerre qui réveille et inspire son émotion de poète photographe qu’il souhaite nous transmettre. Il se lie d’amitié à José Reyes, le père des Gipsy Kings et découvre le guitariste Manitas de Plata avec qui il fera le tour du monde.

Après sa période triste et mélancolique des débuts, la lumière apparaît dans son travail avec les nus de la mer. La vie revient sur les plages de Camargue et dans les vagues, la femme devient Aphrodite sortie des eaux, inspiratrice éternelle. En supprimant le visage du modèle, il lui donne une dimension intemporelle et transforme la femme en véritable sculpture antique vivante. C’est la vitalité retrouvée, le retour d’Eros.

Lucien Clergue raconte l’origine du monde. Il aborde la nature intacte, le grain de sable, observe le souffle du vent sur un seul brin d’herbe, les insectes. L’homme entre en scène, laisse son empreinte sur le sable, celle de sa voiture, abandonne ses déchets, le plastique. Le photographe est fasciné par l’éternel recommencement. Il sera le premier photographe à soutenir une thèse de 3e cycle uniquement avec des images, « Langage des Sables » avec un texte introductif de Roland Barthes.

Artiste inspiré, il réalise de nombreux courts métrages sur le thème de la tauromachie. Il a présenté le spectacle Jazz y toros  à Bayonne en 1993 avec le trio de jazz Kochoyan – Humair – Labarrière. Lucien Clergue est le premier photographe à être élu à l’Académie des Beaux Arts de l’Institut de France en 2006, il inaugure la VIIIe Section consacrée à la photographie. Il a exposé dans le monde entier et a publié plus de 80 livres. Ses photographies figurent dans les collections de nombreuses institutions.

Anne Clergue, commissaire de cette exposition inédite à Bayonne, est galeriste à Arles depuis 2014. Après un passage dans la célèbre galerie Léo Castelli à New York, elle prend la direction de la Fondation Van Gogh-Arles qu’elle quitte en 2007. Elle est commissaire d’expositions et gère aujourd’hui la succession du photographe au sein de l’Atelier Lucien Clergue.

Lucien CLERGUE « Les Suds » jusqu’au 14 janvier – DIDAM. Centre d’art à Bayonne – 6 Quai de Lesseps, 64100 Bayonne