Châteaurenard. 24 juillet. Course de pueblo.

Capture d’écran 2016-07-25 à 10.44.40Les week-end se suivent et ne se ressemblent pas. La corrida à l’ancienne, authentique, où le toro est roi, a laissé place hier à la corrida moderne, où le toro est absent et où seuls comptent les trophées, peu importe les circonstances dans lesquelles ils ont été obtenus.

Les Salvador Domecq de Châteaurenard, affichés (de façon optimiste) sur la romaine entre 480 et 518 kg, armés commode, ont été de piètres combattants, faibles, à la limite de l’invalidité pour certains, vite arrêtés, finissant sur la défensive par manque de moyens physiques.

Le sixième fut crédité d’une vuelta posthume ridicule. « C’était le meilleur ! » me dit mon voisin. « Le moins mauvais ! » lui répondis-je.

_DSC9834Juan Bautista est passé par Châto, a triomphé sans forcer son talent (qui est grand) face à des ectoplasmes indignes de lui. On le sait grand lidiador et capable de s’adapter à tout type d’adversaire. Il l’a encore montré hier face au quatrième qu’il sut maintenir sur ses aplombs alors qu’il avait déjà chuté par deux fois avant de rencontrer le picador pour le vaccin règlementaire. Le garçon avait auparavant accueilli son adversaires par élégantes véroniques genou fléchi et revolera.

_DSC9882La faena ambidextre qui suivit fut de bonne facture et Jean-Baptiste parvint presque à nous faire oublier la faiblesse de son opposant si celui-ci ne l’avait manifesté par plusieurs chutes au cours d’un trasteo agrémenté de quelques jolis détails (capeina, passe cambiada, farol). Final par manoletinas et une bonne entière en place après pinchazo. Oreille.

_DSC0046Juan Bautista avait débuté la tarde par la lidia d’un premier Santiago Domecq qui, après véroniques de réception près des tablas, fit illusion en poussant un peu sur l’unique pique après avoir auparavant contourné le cheval sans se faire égratigner le cuir. Quite d’El Fandi par deux chicuelinas et revolera. L’illusion dura peu, car à mi-faena le toro se décomposa et se mit à chercher l’homme derrière le leurre.Un peu gêné par le vent, l’arlésien, qui avait maîtrisé les premières séries ambidextres, se positionna au final dans les terrains de proximité pour arracher au bicho les derniers muletazos. Oreille après une belle lame en su sitio.

_DSC9966El Fandi est passé par la cité des maraîchers. Il n’y laissera pas un grand souvenir si ce n’est lors des deux premiers tiers. On le sait bon capeador et banderillero puissant mais muletero un peu juste. Ça s’est encore vérifié hier. Il accueillit ainsi le second par deux largas cambiadas de rodillas suivies de véroniques et chicuelinas rématées par un joli changement de main. Après une mise en suerte par chicuelinas al paso et revolera, courte ration de fer afin de garder des forces au Domecq pour le second tiers. Trois bonnes paires de banderilles dont le granadino a le secret : la première posée à reculons, la seconde en poder a poder et la troisième al violin avec poursuite en marche arrière, main sur le frontal, jusqu’à ce que le toro s’arrête. Débutée de rodillas, la faena du Fandi fut correcte sur la corne droite, plus distante à gauche où l’animal se serrait sur lui. Vite arrêté, le Santiago Domecq, après un desplante inopportun, fut expédié d’une entière caidita habile après pinchazo hondo. Oreille de pueblo.

_DSC0069Le quinto fut reçu par véroniques puissantes et fixé par une demie au centre. Après une pique sans s’employer, le bicho fut convié à un quite du Fandi par navarra, chicuelina et serpentina avant d’être banderillé efficacement.

_DSC0113Le Domecq se décomposa très vite, derrotant et désarmant le granadino au final de deux séries ambidextres décousues. Le garçon prit une marge de sécurité pour les essais suivants peu concluants. Entière traserita et caidita habile à nouveau pour expédier ce peu collaborateur cornu venu de Cadiz. Salut au tiers.

_DSC9995Thomas Dufau, comme El Fandi, accueillit par larga cambiada de rodillas son premier adversaire avant de se relever pour dessiner véroniques et cordobina. Chute du bicho à la sortie de l’unique pique  avant une faena joliment débutée par trois passes cambiadas alternées avec trois passes hautes sans bouger, puis qui se poursuivit, à mi-hauteur forcément, par des séries templées sur les deux cornes avant que le Domecq n’arrête de charger. Le landais lui arracha encore quelques naturelles, poursuivit par deux circulaires inversées avant de conclure par luquesinas. Entière delantera caida. Deux oreilles de pueblo (une seule aurait suffi).

_DSC0179Le sixième fut le seul à être présenté deux fois au cheval après véroniques de réception. Il poussa un peu lors de la première rencontre et ne reçut qu’un picotazo au second rendez-vous qui fut suivi d’un quite de Juan Bautista par trois chicuelinas et demie, Thomas intervenant ensuite par trois chicuelinas et revolera. La faena qui suivit est à créditer de bonnes séries droitières servies en courant bien la main avec beaucoup de temple. A gauche les muletazos furent de bonne facture mais Thomas ne parvint pas à les lier. Final plus ou moins brouillon par circulaires inversées et manoletinas avant une entière à nouveau caida. Deux oreilles à nouveau avec même avis que précédemment.

Sortie a hombros de Juan Bautista et de Thomas Dufau.On n’aurait pas fait mieux dans le plus reculé des pueblos d’Espagne.

Notes.

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  • L’alguacil traditionnel était remplacé par une charmante amazone en tenue de guerrière (!!).
  • Le palco, sans grands critères et peu regardant au niveau de l’attribution des trophées, se trompa de mouchoir après la pique du quatrième, sortant le vert au lieu du blanc, ce qui occasionna un moment de confusion. Manque de sérieux !
  • Pourquoi s’obstiner, année après année, à aller chercher des toros dans des ganaderias dites de garantie mais qui, au final, offrent un si piètre spectacle ? A réfléchir pour l’édition 2017.
  • Entrée : trois quarts. Public festif, sans trop de critères.
  • A l’issue du paseo, une minute de silence fut observée en hommage aux victimes de l’attentat de Nice, et trente secondes d’applaudissements en mémoire de Victor Barrio et Robert Chay.

Reseña et photos : Paco.