Les carnets du mayoral : El quite del Tiguan.

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Marisquero avant sa « rouste ». Photo Florent Lucas (Campos y Ruedos)

Moments d’émotions à Mirandilla. Une de ces journées où la frayeur a bien été présente, mais dont finalement le souvenir sera positif car le pire a été évité.

Après une grosse bagarre dans le groupe des utreros (3 ans), Marisquero, le nº 19 reçoit une grosse “rouste” de ses frères. Après l’avoir sauvé d’une mort certaine en intervenant avec le tracteur, nous réussissons à le sortir de l’enclos.

Considérant des marques de coups de cornes sur tout le corps et deux orífices sur le flanc et au niveau de l’anus, je préviens le vétérinaire. La corne droite en sang jusqu’à la base d’Hachero, le nº 10 ne m’invite pas à l’optimisme! Ce dernier a d’ailleurs déjà utilisé cette arme terrible en éliminant Nocturno le nº 15 il y a quelques semaines (*).

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La corne droite terrible d’Hachero Photo Florent Lucas (Campos y Ruedos)

Lorsque Pablo Osborne le vétérinaire observe le novillo couché au sol, avec des signes évidents de douleur, son diagnostic n’est pas favorable. On sait au campo que lorsqu’un taureau de combat reste au sol, c’est qu’il est vraiment mal en point …

La decision est prise d’opérer. Tracteur, remorque, et véhicules du vétérinaire et du mayoral dans l’enclos. Tir de fléchette hypodermique à la serbacanne et on s’éloigne de l’animal pour attendre l’effet anesthésique.

J’observe depuis mon véhicule, après un temps prudentiel, comment Pablo s’approche avec précaution du taureau qui somnole. Il vérifie par derrière qu’il est bien endormi en lui tapotant la cuisse.

Soudain, tout va très vite! Le taureau se lève comme un ressort, se retourne et fonce vers Pablo qui contourne son 4×4. Marisquero défonce au passage l’aile avant gauche du Toyota et poursuit son ennemi.

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Le Toyota du vétérinaire après la « caresse » de Marisquero

L’image qui s’offre à moi est angoissante : Pablo Osborne au sprint et un taureau d’Albaserrada d’origine Pedrajas (ce détail a son importance) derrière lui, qui le rejoint inéxorablement, sans échappatoire possible pour l’homme.

Réaction alors d’assistance à personne en danger, contact, démarrage de mon 4×4 et je fonce vers le taureau, lui coupant la trajectoire. Cette action restera à jamais dans les annales de Mirandilla comme “el quite del Tiguan”. Marisquero dévie sa course, ravi d’un adversaire bien plus imposant et surtout immobile et s’en donne à cœur joie …

Faisant marche arrière sur une cinquantaine de mètres j’éloigne le taureau qui pousse en brave mon Tiguan . L’avant est complétement détruit, mais le vétérinaire est sain et sauf! Je me souviens alors des recommandations d’Isabel mon épouse et de mes filles me faisant promettre de ne jamais utiliser le nouveau véhicule de la famille pour travailler au campo …

Enfin débarassé du taureau, qui s’est aussi employé sur l’arrière de mon tout-terrain (toujours la tête en bas), je retouve Pablo Osborne, son record personnel du 100 mètres pulvérisé, tapi derrière un chêne, haletant, le visage aussi blanc qu’un ensabanado (robe blanche, couleur drap) célèbre de sa famille ganadera!

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Le Tiguan après son quite providentiel

“Je n’ai jamais vu ça de ma vie! Une telle dose d’anesthésie dans le sang et “embestir” de cette manière, aussi longtemps et avec autant de force … Ce n’est pas normal” me commente-t-il reprennant son souffle, observant Marisquero au loin qui nous nargue, … encore debout.

Après le temps nécessaire pour retrouver un semblant de sérénité, nous retournons vers le novillo, en tracteur cette fois, pour tenter de l’endormir à nouveau.

Vaincu par une double dose de produit anesthésiant (équivalent à 800 kilos de poids, lui qui n’en pèse que 400), Pablo opère le Tulio des deux coups de cornes et me confirme que celle de l’anus est grave car elle est très profonde et a peut-être transpercé la paroie intestinale, ce qui déboucherait sur une péritonite mortelle.

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3 jours après l’intervention, Marisquero est vivant. C’est un signe positif même s’il faut encore attendre pour le déclarer sauvé.

Vient alors le temps de la réflexion. Pour Pablo qui a endormi des dizaines de taureaux, Marisquero n’était pas réellement endormi mais “faisait” l’endormi. Lorsqu’il a senti qu’il pouvait atteindre sa proie il s’est alors relevé pour tuer.

Pour moi, il est beaucoup plus résistant que ses demi-frères d’origine Domecq. Dans les deux cas, soit parce que plus malin, soit parce que plus robuste, soit les deux à la fois, l’Albaserrada/Tulio est clairement une bête avec une personnalité très marquée au campo qu’il me tarde de voir traduite en piste … à condition de survivre!

(Photo ci-dessus : Pablo recoud la plaie sur le flanc  après avoir opéré le coup de corne dans l’anus)

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Nocturno, un Albaserrada/Tulio qui a payé le prix de la différence de sang! Photo Florent Lucas (Campos y Ruedos)

(*) Nocturno le nº 15, un autre Albaserrada/Tulio qui était dans le même groupe d’utreros avait reçu une grosse dérouillée lui aussi. Depuis le début de la formation de ce groupe, il molestait et voulait imposer sa loi aux autres taureaux. Se trouvant en infériorité il a essuyé la vengeance terrible de ses frères. Nous avons dû le sacrifier à cause d’un coup de corne criminel du nº 10 (ah cette corne droite affilée comme un poignard!) au niveau du flanc et qui remontait jusqu’à la colonne vertébrale.

avec l’aimable autorisation de Fabrice Torrito, mayoral de la ganaderia du Marquis d’Albaserrada.

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