A propos de l’encerrona d’Enrique Ponce.

_DSC7894J’y étais, pourront dire tous ceux qui ont partagé cet état de grâce, ce moment fédérateur qui fit qu’au sortir de l’amphithéâtre, les gens avaient besoin de se toucher, de s’embrasser, d’échanger, d’évoquer…..

La joie, le bonheur se lisaient sur tous les visages….

Le vent, malgré sa violence et son entêtement, n’avait pas eu raison du talent et de la foi du Maestro.

Ponce avait puisé dans sa force intérieure et avait mis toute sa technique au service de son Art.

Les convives : 3 Juan Pedro Domecq, 3 Nuñez del Cuvillo, avaient étés choisis par des mains les plus expertes pour bien se tenir  à table. La Messe serait dite…..

Le ténor, la musique, les chœurs, le public, en parfaite harmonie, ne pouvaient que communier et boire le calice jusqu’à la lie.

_DSC7902Dans le cercle magique istréen, se vivait une belle histoire d’Amour avec un grand A. Un acte d’amour, dont je peux, comme tant d’autres d’entre-nous, témoigner.

Voyeur de ces étreintes intimes, émus, les larmes coulèrent sur nos joues burinées par les ans…

Les cris profonds sortaient de nos gorges serrées, à chaque étreinte entre l’homme et la bête. Les cornes se succédèrent avec régularité, mesure, à propos et justesse dans un ballet que seul le chef d’orchestre imposait. En rouge ou en noir, sa baguette donnait le tempo… « Navegante », le bien nommé, eut les honneurs posthumes, « Esparaguero » eut la vie sauve pour plus tard transmettre à la postérité sa grande noblesse.

Au plus haut des Cieux Juan Pedro savourait-il le fruit de son oeuvre ? De Cadix, une rumeur appelait-elle à l’indulto du Cuvillo ?

Nous, pauvres mortels, que des esprits chagrins font passer pour cruels, nous fêtions la mort à l’unisson des Jaleo, Rosito, Guason et Juerguisto. Le callejon sortait même de son devoir de réserve.

_DSC7941La gestuelle épurée, réduite au strict necessaire, rendait-elle possible que tant de douceur vienne à bout de tant de force bestiale ?

Enrique Ponce, économe à l’extrême, élégant et torero jusqu’au bout des doigts, ne fit ni fausse note, ni mouvement superflu. Il emmena ses partenaires jusqu’à la suprême étreinte, jusqu’à accepter leur sort, jusqu’à accepter la mort que donna par six fois la rapière précise.

Le maestro de Chiva aima sans compter…Les épousailles furent parfaites. A chaque invite, tant elles étaient courtoises, l’animal répondait. Enrique menait le bal et décidait du bout de ses doigts des pas de danse. On eut cru qu’il mena les negros et le colorado par la taille, comme il l’aurait fait d’une partenaire féminine.   

J’y étais, pourront dire, tous ceux qui ont partagé cet état de grâce, ce moment magique. L’union était consommée pour triompher de la mort et faire de ce passage obligé, un moment d’allégresse.

L’aficionado, fidèle, dépité quelquefois par l’ennui de certains après-midi, était à présent récompensé de sa patience et de son assiduité. A présent témoin de cette magie.

_DSC8207Merci Bernard d’avoir imaginé, merci Enrique d’avoir matérialisé ce rêve. A son souvenir les larmes coulent encore.

Article : Freddy Porte (20 juin 2016). Photos : Paco.