Gerena. Journées Torrito Aficion à Mirandilla.

Azulejo du Marquis dans le patio de Mirandilla
Azulejo du Marquis dans le patio de Mirandilla

Vendredi 13 novembre : assemblée générale.

Comment rendre compte d’un séjour idyllique en Andalousie, alors que le soir même de notre AG, en plein apéritif joyeux et amical, les plus jeunes d’entre nous ont été alertés par leurs téléphones du drame qui venait de se dérouler à Paris ?
Inutile de décrire l’ambiance qui a suivi ces annonces de plus en plus effarantes, et la fin de soirée sinon écourtée, tout au moins terriblement alourdie.
Mais foin d’un moral minoré à cause d’assassins jobastres, et sans oublier leurs victimes, mais bien pour leur rendre hommage, continuons de vivre. De bien vivre, avec les valeurs et les plaisirs qui sont les nôtres.

C’est donc par une journée superbement ensoleillée que s’est déroulée la traditionnelle journée de marquage des bêtes nées dans notre élevage de prédilection : la ganaderia Albaserrada. 50 bêtes, dont 30 mâles qui ne se sont pas laissé faire, ont donné de la tête, et bien du spectacle. Cette année, l’équipe des français a trouvé un nouvel amusement : s’agglutiner sur le chemin de sortie de la bête. Grand succès et franche rigolade garantie ! Qu’il pleuve ou pas, ils finissent tous dans le même état poussiéreux, vêtements déchirés, plus ou moins marqués de bleu et de rouge suivant qu’ils ont essuyé un coup de sabot ou un coup de corne. Et tout le monde prend l’apéritif hilare et heureux d’avoir « touché du toro ».

Puis vient le moment de la capea, appelée chiffonnade par certains, elle aussi très animée. Il faut dire que la personnalité des participants qui s’essaie au toreo y est pour beaucoup. Citons pour mémoire un Kamel de Beaucaire désopilant, mais également de beaux gestes des uns et des autres, inspirés par la présence de jeunes apprentis toreros locaux.

C’est fatigués, mais satisfaits, que les participants à la journée ont pu savourer le traditionnel Cocido (pot au feu aux pois chiches). Indescriptible : le goût, le lieu, le moment…

On dira ce qu’on veut, nais discuter l’estomac plein favorise les échanges sereins. D’où une assemblée générale toute de douceur et de communion.

Devant 80 personnes, le quorum largement atteint, la réunion a pu commencer par le rapport financier, malgré l’absence bien perturbante de notre trésorier et de notre secrétaire. Il reste en caisse 3.500 euros de l’exercice écoulé pour lequel 51 cartes avaient été attribuées. Soit une différence négative de 40 avec l’année précédente. Pourquoi? Plusieurs facteurs entrent en jeu, mais certainement pour partie à cause d’un manque d’efficacité de notre part. Le bureau, dont les membres sont géographiquement éloignés, se réunit assez peu. Postulat posé dès le départ, puisque notre association n’a pas pour but des animations régulières, mais bien simplement le soutien à Fabrice Torrito. Les actions sont donc décidées en fonction des besoins. Des problèmes personnels ont également perturbé l’investissement de certains d’entre nous, ce qui pousse l’AG 2015 a demander l’aide de ceux qui voudraient bien rejoindre le bureau et proposer leur énergie. Il est encore temps de poser candidature !
Enfin, décidés à n’être pas formels, nous demandons à ceux qui se plaignent de ne pas recevoir plus d’informations, de se tenir eux-mêmes informés grâce à l’informatique, et au blog Les carnets du Mayoral. Depuis sa création en 2010, 475 articles y ont été publiés et 350.000 visite reçues.

En ce qui concerne le rapport moral, le Président, Anthony Crouzet a fait le point sur l’année écoulée. L’association se porte bien, et malgré les incertitudes qui planent sur l’avenir de la ganaderia, le seul mot d’ordre est de continuer sur le chemin que nous nous sommes donnés afin d’aider Fabrice à avancer. Celui-ci est intervenu pour dire sa satisfaction sur une temporada qui s’est mieux terminée qu’elle n’avait commencée. Avec 40 bêtes ayant « franchi le portail » sur 400, le rapport est bon. Le fait d’avoir refusé la pratique de l’afeitado a fait fuir certains, et en a intéressé d’autres. Toujours cette dualité qui fait que l’éleveur apprécie plus particulièrement un toro qui, lui, est déprécié par les toreros et surtout leur entourage. Les organisateurs, eux, ne voient que par l’attribution d’oreilles, par leur intérêt financier au prix de pratiques frauduleuses comme cela a été le cas pour les toros vendus pour une corrida et prêts à être utilisés à d’autres fins moins glorieuses. Fort heureusement, une volonté juridique sans faille, et l’aide financière de l’association ont eu raison de ce vol manifeste.

Le mayoral a fait le point sur les bêtes sorties en 2015. Le bilan est encourageant. D’abord en quantité. Avec 40 mâles lidiés, cette temporada est la plus complète depuis très longtemps. En qualité, la principale satisfaction est la mobilité et la toréabilité acquises. Les animaux totalement arrêtés des dernières saisons n’est plus qu’un lointain souvenir. De nombreuses oreilles coupées, de nombreux taureaux ovationnés, même s’il faut relativiser vu le niveau des arènes (3º catégorie ou portatives). Des matadors comme Victor Janeiro ou Canales Rivera qui n’avaient jamais affronté des Albaserrada ont pris du plaisir à le faire. Fierté du mayoral d’avoir vu le maestro El Fundi lidier deux de ses taureaux et de le faire « a gusto ». Point important aussi les 5 erales lidiés, premiers fils du raffraîchissement Tulio. Résultat : 1 mauvais, 3 bons et un exceptionnel. Hortelano, le nº22 s’est en effet avéré très encasté à Vergèze en tienta. Novillo de très grande transmission dont la présence a rempli le ruedo du Rhôny. Piqué avec une petite pique qui l’avait très peu fait saigner, Fabrice a voulu le revoir à Mirandilla avec une vrai pique de novillo (voir commentaires de la journée suivante). Notre Mayoral conclut en expliquant la difficulté philosofique lorsque tu sélectionnes dans un élevage de prendre en compte les intêrets de toutes les parties. Il est très compliqué, pour ne pas dire impossible de satisfaire public, torero, empresa et ganadero à la fois! Une seul certitude, la rechercher de la CASTE.

Pour la temporada 2016, deux corridas sont déjà prêtes. Quel chemin depuis Saint Gilles en 2012 avec la première novillade non piquée! En matière de novilladas, sur 2 lots aptes à des novilladas piquées, un seul « tient la route ». En non piqué 2 ou 3 attendent l’intérêt des organisateurs. Pour beaucoup dans le sud-ouest de la France, ce pays dont l’Aficion fait encore rempart au déclin inexorable de la corrida, notamment en Espagne. Une note très pessimiste qui agglomère marasme économique et politique, lesquels ne sont guère propices au développement de la corrida, dont la jeunesse se désintéresse de plus en plus.

Christophe André a abordé le problème de l’avenir de la ganaderia, par rapport au décès de celui qui fut un éleveur soucieux d’authenticité et de toros encastés. A moyen terme, de sérieux doutes planent quant à la possibilité de continuer l’aventure engagée avec le neveu de la famille, futur héritier. Il a souligné la force du tandem Maruchi/Fabrice et l’attente de l’avenir dans la sérénité. Les solutions alternatives doivent être trouvées, Fabrice y réfléchit, mais il reste encore suffisamment de temps pour les chercher. Un seul but : garantir le toro que nous aimons, dans les meilleures conditions, dans la continuation de l’Aficion que nous défendons.
Des rapports adoptés à l’unanimité, avant un merci plein d’émotion flûté par Maruchi, au bord des larmes.

Samedi 14 novembre : journée détente.

Le samedi andalou des participants aux journées de Torrito Aficion a été empreint d’émotion. Et pour cause, après les nouvelles toujours plus terrifiantes venues de Paris, une cérémonie religieuse officiée par un jeune prêtre, neveu du défunt Marquis, dans les jardins du cortijo célébrait la mémoire de José-Luís de Samaniego y Queralt, Marquis de Taracena. Un moment intense et très émouvant, où les français ont participé en chantant le refrain de la « sevillana del Adiós » (magnifiquement interprété à capella par Isabel … heureusement !). En revanche, l’interprétation à plein gosier de la Coup Santo (où « catalans » a été remplacé par « andalous ») fut plus assurée. Un beau moment, parachevé par l’inauguration d’un grand azulejo dans le patio de Mirandilla, représentant le Marquis à cheval, magnifiquement coiffé de son sombrero « cordobés ». Par la dégustation également d’une profusion de churros trempés dans le chocolat espagnol caractéristique, épais et point trop lacté, offert par notre hôtesse toujours aussi charmante, ainsi que les traditionnelles « migas » cuisinées par le Papa Blanco (le père des Campuzano) et l’incontournable Gregorio.

Dans la nouvelle remorque géante, tous les participants ont pu visiter les différents parcs à vaches et taureaux et savourer l’exubérante dehesa de Mirandilla, qui commence à verdir. Belle expérience d’attraper une vêle âgée de quelques jours afin de l’identifier, aidé par l’efficace serbacanne du Mayoral et les cavaliers vachers. Cette jeune vache bouclée du muméro « 9890 » fille de la vache nº 652 Felona est à suivre … Rendez-vous pour la marquer en novembre 2016!

Vues ensuite les deux novillades pour la saison prochaine avec l’intérêt évident des premiers Tulio de 3 ans! Enfin, Fabrice annonça en exclusivité que le lot de taureaux que nous étions en train d’admirer serait lidié le dimanche de Pâques, 27 mars, à Aignan dans le Gers. Cela sera le retour des Albaserrada en corrida dans le sud-ouest, 15 ans aprés la dernière sortie à Vic-Fezensac. Enfin la visite se termine par la corrida spectaculaire que notre Mayoral a préparée pour 2016. Ce sont sept taureaux extraordinaires de présence, aux cornes merveilleuses. Tout le monde est resté ébahi par tant de majestueuse splendeur! Quelle arène sera l’heureuse élue et osera présenter cette corrida hors du commun?

Le tentadero concocté par Fabrice était composé de le retienta du novillo de Vergèze, de la tienta d’une génisse et de la lidia d’un semental de 6 ans et demi qui avait été sélectionné sur sa lignée et son morphotype.

Le novillo de Tulio a encore montré une grande mansedumbre encasté en s' »allumant » littéralement lorsqu’il reçut une forte première pique. Le reste du tercio de piques fut spectaculaire. Ce taureau couvrira certainement des vaches de Mirandilla cet hiver, en tenant en compte de sa pauvreté de cornes. Un coup de chapeau a Manuel Reyes le banderillero de la casa qui a parfaitement lidié ce taureau très encasté et déjà toréé!
Le reste du tentadero sera réalisé par Manuel Diaz Gomez, un jeune matador portuguais, cornaqué par Tomás Campuzano, qui a montré de réelles dispositions de lidiador, tout en sobriété et efficacité.

Le génisse est sorti noble mais quelque peu fade. Quand à Desdichado le semental, il a confirmé ce qu’imaginait le Mayoral vue sa lignée. Le taureau a montré une grande noblesse non dénuée de bravoure au cheval en deux piques poussés. Très agréable pour le torero, le Mayoral sait que ce n’est pas complétement satisfaisant et qu’il faut y ajouter plus de caste.

Fabrice va maintenant attendre les descendants de ce taureau dans un an (ses premières filles) pour se faire une idée plus globale de la valeur de ce semental.
Qu’il est compliqué et long de vérifier les résultats de sélections et d’assemblages!

Ensuite, 4 nouveaux azulejos furent posés par leurs propriétaires. A ce jour, ce sont 65 plaquent qui ornent la Cerca de los Franceses. Quelle belle initiative!

La fin de la journée fut un moment de grâce. Quelle chance d’avoir pu découvrir à un galop de Mirandilla, le cortijo de l’Esparragal. Au passage, le rafiné apéritif dinatoîre pris dans le patio de ce bâtiment datant du 17º siècle fut financièrement allégé grâce à la participation de l’association pour ses adhérents. Cet hôtel-résidence-musée…qui abrita la ganaderia de Juan Vazquez au début du 20º siècle, est riche de tableaux, de sculptures, de livres et de magazines qui laissent pantois et admiratifs. Beau moment d’émotion avec un texte plein de force poétique écrit et « tonitrué » par Michel Cece en l’honneur de notre Mayoral parvenant difficilement à contenir ses larmes.

Alors à tous nos amis actuels, à tous ceux qui vont nous rejoindre, sachez que Torrito Aficion continue, nous vous donnons rendez vous l’année prochaine, même époque, même pays, même terre.

Arlette Chavanieu/Fabrice Torrito.
publié dans http://lescarnetsdumayoral.blogspot.com.es/