Mont de Marsan. 22 juillet. Début en demi-teinte, sans oreille.

Capture d’écran 2015-07-23 à 08.46.57Première corrida de feria, arènes quasi combles, temps couvert et température agréable, deux heures de spectacle.

Six Garcigrande, parfaitement présentés et bien armés dans l’ensemble, tous deux piques, même si parfois la seconde était réglementaire, tous très toréables à la muleta et très mobiles, souvent encastés.

  • Diego Urdiales (bleu marine obsèques et blanc), au premier, une entière, un descabello, silence ; au quatrième, une entière longue d’effet, salut.
  • Miguel-Angel Perera (vert foncé et or), au deuxième, une entière, applaudissements ; au cinquième, une entière, silence.
  • Alejandro Talavante (bleu roi et or), au troisième, une entière, pétition d’oreille ; au dernier, une demi-lame et une entière, sifflets.

Capture d’écran 2015-07-23 à 08.46.40Pour couper des oreilles il faut aussi que le président ne considère pas la course comme une leçon de philosophie. Il y a la rigueur de Madrid et les autres arènes. A deux reprises, avec Perera mais surtout Talavante, le palco pouvait faire sortir des mouchoirs. Il y avait un lot de Garcigrande parfait pour cela, mais encore fallait-il un petit coup de pouce de la présidence. On aura fait sans, pour finir dans une sorte de psychodrame, Talavante après deux ou trois muletazos proche du vulgaire, s’arrêtant, prenant l’épée et tuant. Il est impardonnable. Mais on peut comprendre l’ego de ce garçon qui, avec son premier toro, a signé une faena d’une élégance irréprochable. Il étonne avec la cape qui se déplace avec lenteur, réduit la charge du fauve et s’échappe dans un mouvement d’un rythme débordant de lenteur. Lorsqu’il prendra la muleta, il nous fait pénétrer dans un monde de pureté et de temple. Il dessine une dizaine de naturelles sans changer d’un terrain guère plus grand qu’un mouchoir de poche. Les pieds sont rivés au sol et le toro semble devenir fou de suivre la muleta. Il signe une faena délicieuse, des moments rares pour que l’on s’en souvienne. Le public ne s’y trompe pas et après une épée demande avec insistance une oreille qui ne viendra pas… Alors pourquoi donc forcer son talent… C’est ce que semble dire Talavante dont on sait désormais qu’il a mauvais caractère.

Capture d’écran 2015-07-23 à 08.46.21Perera nous aura donné une grande leçon de temple à chacune de ses faenas. Les cornes n’ont jamais touché le drapelet et les changements de mains furent multiples et élégants. Par moments ce fut de la véritable dentelle, une autre façon d’interpréter la tauromachie. Sa seconde sortie sera placée sous le signe de cette immense sérénité. Nouvelle leçon de temple et cette fois il semble hypnotiser son adversaire. C’est pourtant un toro débordant de caste mais qui se laissera emprisonner dans cette symphonie. Perera, froid, sûrement, mais immense dans son art. Lui aussi aurait mérité une oreille. Entre la présidence et le public, très curieux dans ses réactions, rien n’était gagné.

Capture d’écran 2015-07-23 à 08.47.17Diego Urdiales qui faisait une entrée officielle, à 40 ans, dans le monde des artistes, sera resté un peu froid. Très classique, une tauromachie castillane, un peu triste mais toujours efficace. A son crédit lors de sa deuxième sortie, quelques naturelles immenses. En poursuivant sur cette ligne Diego peut espérer, un jour, changer de répertoire. Mais est-ce une bonne chose ? Affaire à suivre. Mais hier les choses étaient compliquée avec ce public difficile qui commence par lui infliger une mini bronca avant une ultime ovation.

On regrettera que cette course n’ait pas lancé la feria de Mont-de-Marsan.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol