AccueilLes acteurs du mundilloLuc Jalabert, empresario des arènes d’Arles

Photo : Jacques Sévenier « Jiès »

La publication des cartels d’Arles passée, c’était l’occasion de rencontrer celui qui dirige depuis plus d’une décennie la plaza de la cité rhodanienne. Nous commencerons par évoquer la carrière de ce personnage polyfacétique.

Torobravo : Luc, pour te situer, nous allons retracer un peu ton parcours professionnel.  Né le 27 août 1951 à Arles, tu as vécu une partie de ton enfance au Mas du Petit Travers (au Sud de Montpellier, sur le littoral entre La Grande Motte et Carnon. Autrefois promenade à cheval, restaurant, night-club, le Mas a laissé place à un parking). Des études d’agriculture (pas très longues, me confie-t-il) et une attirance marquée pour le monde du cheval et particulièrement pour le rejoneo. Dans le sillage des Fidani, Pellen et Bonnier, tu te lances dans l’aventure et débutes en 1972 à Palavas, en compagnie justement de Jacques Bonnier, et tu affrontes en simulacre du bétail d’André Rébuffat. Suivent la même année et la suivante une dizaine de courses dans le secteur avant de franchir le Rhône en 1974.

Luc Jalabert : A cette époque-là, je toréais à la mode camarguaise, à savoir chevaux, harnachement et costume locaux. Ensuite, en 1975, j’ai acheté des chevaux ibériques à Fermin Diaz, gendre de Paul Ricard, qui était rejoneador.

Torobravo : Tu troques alors le costume traditionnel pour le traje corto des andalous (NDLR : il adoptera ensuite par affinité le costume portugais au contact des rejoneadors portugais avec qui il travailla). Tu tues ainsi ton premier novillo à Méjanes le 16 mars 1975, puis tu torées une demi-douzaine de fois dans des placitas comme Vichy ou Vauvert.

En 1976, pas de sortie ? Que se passe-t-il ?

Luc Jalabert : Je n’avais pas une cavalerie d’un niveau suffisant. J’ai préféré attendre et repartir avec de bons chevaux.

Torobravo : Ce que tu fais l’année suivante avec une cuadra plus importante ?

Luc Jalabert : Oui, en 77, je suis reparti avec de meilleurs chevaux et j’ai toréé plus d’une quinzaine de courses : Pérols, Collioure, le Portugal aussi avec Nazaré et Sobral de Monte Agraço …

Torobravo : En 78, tu torées 23 corridas dont une importante, celle de l’alternative,. conférée à Méjanes par Alvaro Domecq.

Luc Jalabert : C’était le 14 juillet 1978 dans le cadre du Rejon d’Or (NDLR : six toros de Gardiola pour Alvaro Domecq, Manuel Vidrié, Antonio Ignacio Vargas, Jacques Bonnier, Gérald Pellen et Luc Jalabert). J’ai coupé une oreille à mon toro d’alternative.

Torobravo : De 79 à ta despedida en 92, tu as torée en moyenne une trentaine de fois par an, en France, en Espagne et au Portugal, soit à peu près 400 courses dans ta carrière. Quelques dates importantes ?

Luc Jalabert : La confirmation d’alternative au Portugal le 4 septembre 1980 des mains de Mestre Batista (NDLR : avec Ruiz Miguel et Victor Mendès, toros de Murteira Grave. Luc est le premier rejoneador français à avoir confirmé au Portugal et le deuxième étranger de tous les temps). La présentation à Madrid le 14 août 1983, un triomphe aux Fallas et à Barcelone en 84.

Torobravo : Tu es un des rares rejoneadors français à avoir toréé aussi souvent au Portugal et à Madrid ?

Luc Jalabert : Oui, je suis allé 6 fois à Lisbonne, 4 fois à Madrid, la dernière en 92 pour ma despedida.

Torobravo : Ta despedida a eu un cadre assez spécial …

Luc Jalabert : C’était le 20 septembre 92 lors d’une corrida hommage à Angel Peralta. Six parejas de rejoneadors ont combattu six toros de Ramon Sanchez Rodriguez (Curro Bedoya – Fernando San Martin, Jacques Bonnier – Luc Jalabert, Joao Moura – Antonio Ribeiro Telles, Paulo Caetano – Joao Ventura, Luis et Antonio Domecq, Angel et Rafael Peralta). Cette année-là, j’ai décidé de me retirer car j’ai été blessé par un toro, et puis à un moment, il faut savoir s’arrêter !

Torobravo : En dehors de ta carrière de rejoneador, tu as été aussi empresa, organisateur de spectacles et aussi apoderado …

Luc Jalabert : Oui, je me suis occupé des arènes de Méjanes depuis 1977, j’ai d’ailleurs créé la Feria du Cheval en 81 à Méjanes, puis à Méjanes et aux Saintes Maries. Je me suis occupé de pas mal d’arènes comme Lunel, Soustons, Alès, Saint Martin de Crau et depuis 1999 Arles. J’ai organisé des spectacles un peu partout, même en Amérique du Sud, notamment quand je m’occupais de Gines Cartagena. J’ai été aussi l’apoderado d’Antonio Correa, D’Andy Cartagena, de Joselito Adame, d’Antonio Ferrera pendant sa dernière année de novillero et ses trois premières années de matador. Je donne aussi un coup de main à des français comme Mehdi Savalli ou Tomasito.

Torobravo : Actuellement, tu apodères un torero ? Et est-ce que tu travailles toujours avec Alain Lartigue ?

Luc Jalabert : En ce qui concerne Alain, chacun gère ses arènes, mais nous restons en contact et nous nous donnons encore un coup de main. Quant à apodérer un torero, j’ai arrêté, ça demande trop de temps, trop de déplacements, et j’ai beaucoup d’autres choses à faire.

Torobravo : Notamment avec les toros que tu élèves …

Luc Jalabert : Oui, on a monté avec Marc une première ganaderia en 1980, c’est la ganaderia Luc et Marc Jalabert, puis une seconde en 1984 qu’on a baptisée Le Laget. Dernièrement, on a rentré la moitié d’une ganaderia achetée à José Chaffik, La Gloria, avec Patrick Laugier. On vient de rentrer aussi du bétail acheté à Roberto Dominguez, toujours d’origine Daniel Ruiz. L’ancien sang sera marqué du fer du Laget et les nouveaux seront marqués du fer de Jalabert.

Torobravo :  Si tu le veux bien, la ganaderia fera l’objet d’un autre entretien. Parlons un peu des arènes d’Arles. Tu gères donc ces arènes depuis 1999 ?

Luc Jalabert : Oui, il y a eu une délégation de service public et j’ai pris la direction des arènes.

Torobravo : Parles nous un peu de ton travail depuis 1999.

Luc Jalabert : Depuis que j’ai pris la direction, on a mené avec nos partenaires une politique en direction des aficionados, d’abord au niveau des prix, on est une des seules arènes où on peut avoir une numérotée à 16 €. Cette année, on peut voir toute la feria, soit sept spectacles pour 90 €. On a aussi le passeport jeunes et le passeport privilège destiné aux arlésiens retraités, aux demandeurs d’emploi et aux Rmistes. Avec ces passeports, on peut voir 23 spectacles pour 40 €.  On a aussi créé le Salon du Toro aux corrales avec pas mal d’animations.

Torobravo : Il y a aussi une politique dirigée vers les acteurs français de la tauromachie ?

Luc Jalabert : Oui, à Pâques cette année on a trois élevages français à trois niveaux différents, novillada sans picadors, novillada piquée et corrida, et on a 8 toreros français répartis dans les trois niveaux. Je crois qu’au niveau de la programmation, c’est pas mal, non ? De toutes façons, on ne peut pas les mettre tous.

Torobravo : Parlons un peu des cartels. Est-ce que cette belle programmation est liée à l’appel d’offres de juillet dernier ?

Luc Jalabert : Non, si j’ai emporté l’appel d’offres, c’est que mon bilan était bon. Mais tu sais, j’ai toujours essayé d’amener la qualité mais c’est pas toujours facile.

Torobravo : El Juli, Morante, Juan Mora, pas trop difficile de les faire venir ,

Luc Jalabert : Non, si on s’y prend au bon moment. Et puis certains toreros aiment venir dans certaines plazas et ne voudront jamais retourner dans d’autres. Il faut faire avec.

Torobravo : Pourquoi avoir mis certains toreros comme El Fandi, ou encore El Fundi dont on sait qu’il n’est pas forcément dans une bonne période ?

Luc Jalabert : El Fandi est le numéro un de l’escalafon, un des meilleurs banderilleros que je connaisse. C’est même bizarre qu’on ne l’ait pas programmé avant. Mais tu sais, on a des habitudes au niveau des engagements. Quant à El Fundi, il semblerait qu’il ait retrouvé le moral pour débuter cette nouvelle temporada et pour le moment, il ne veut pas entendre parler de despedida.

Torobravo : gros cartel le lundi matin avec les deux meilleurs rejoneadors qui s’évitent souvent. Que vient faire Bastinhas au milieu ?

Luc Jalabert : Mendoza, on le sait, n’aime pas passer en premier. Il fallait bien en trouver un qui soit plus ancien que les deux autres, et il n’y en a pas beaucoup. Et puis Bastinhas est un bon torero, moins spectaculaire mais qui a du métier.

Torobravo : pourquoi les Miuras le lundi alors qu’avant le lundi était réservé aux vedettes ?

Luc Jalabert : Le cartel fort maintenant, c’est le vendredi. Souvent, les gens ne viennent que pour deux jours, et ils s’en vont le lundi matin. Alors, les deux premiers jours, j’ai mis des cartels attractifs pour ces gens là et la clientèle locale qui est plus habituée à une tauromachie plus dure et qui reste jusqu’à la fin verra des corridas comme elle les aime.

Torobravo : Parlons pour finir de la Feria du Riz. La goyesque est toujours là avec un cartel de luxe. Est-ce qu’on va rester sur une décoration de l’arène ou revenir à un défilé avec calèches et chevaux, recortadores, …

Luc Jalabert : On va rester sur la décoration. D’ailleurs, j’ai une idée (qu’il me confie, mais que je ne dois pas répéter, donc chut !).

Torobravo : la concours est maintenue. Mais je me pose une question : pourquoi Margé qui a gagné la concours l’an dernier ne remet pas son titre en jeu ?

Luc Jalabert : J’avais décidé de programmer une novillada de Robert (Margé). Alors, en plus, un toro à la concours, ça faisait double programmation.

On aurait pu encore discuter longtemps, mais le téléphone, qui sonna souvent lors de notre entretien, rappelle à Luc qu’un autre rendez-vous l’attend …

Propos recueillis par Paco le 16 février 2011 à Arles

Photo : Jacques Sévenier « Jiès »

Les commentaires sont fermés.