AccueilHistoireLa saga des Bienvenida (3).

Biographie de Manuel Mejias y Rapela « Bienvenida III ».

Photo parue dans le journal « Nuevo Mundo »

Manuel Mejias y Rapela dit Manolo Bienvenida puis « El Papa Negro ». Bienvenida III.

El principio de una gran dinastía andaluza (Le début d’une grande dynastie andalouse)

Pourquoi « Papa Negro »…? (1910) Tout simplement parce que le journaliste taurin Don Modesto avait écrit que le sévillan de Tomares, Ricardo Torres Reina dit Bombita (1879/1936) était le pape de la tauromachie, et que le cordouan Rafael González Madrid dit Machaquito (1880/1955) en était le cardinal. Il renouvela l’appellation avec Bienvenida en rajoutant simplement le mot negro (voir l’explication dans la suite).

Une autre version est donnée sur cette appellation de Pape Noir, en rapport avec la religion, dont chez les Jésuites espagnols, le supérieur de cette confrérie était de noir vêtu.

Nous laisserons donc au lecteur le choix de la véritable source de ce patronyme.

Toujours est-il que Manolo n’avait pas grand-chose à voir avec cette appellation, du fait qu’il était blond, avec de beaux yeux bleus; ce qui contrariait énormément son père, puisqu’il lui gominait les cheveux pour les noircir, et le forçait à mettre des petites chaussures pour des pieds trops grands, afin de lui donner l’apparence d’un vrai torero. « Tiene un estilo demasiado inglés…! » ( Il a un style trop anglais …!), disait sèchement son père.

Malgré des coups d’éclats en début de carrière, ce maestro subit aussi beaucoup de cornadas au cours de son métier, des blessures qui le diminueront considérablement, et peut-être plus particulièrement ce jour du 10 juillet 1910 où il rencontra ce toro n° 13 du Comte de Trespalacios qui lui transperça l’os iliaque, touchant le nerf sciatique et perforant la veine saphène.

Sa jeunesse et son adolescence.

 Manuel Mejias vit donc le jour à Bienvenida (Badajoz) le 12 février 1884. Ses parents quittèrent cette province pour aller travailler à Séville, et le petit Manolo, qui avait à peine sept ans, dut laisser son village natal à contre-cœur (à l’époque, il fallait bien gagner son pain). Il torée dans la rue et au marché, entouré d’admirateurs, et un jour, le voyant, un touriste anglais tire une livre sterling de sa poche et lui dit : « prends, torerito, tu es un grand artiste ». Ce fut son premier cachet. A 8 ans (1892), il apprit qu’il y avait chez Miura un toro boiteux. Il s’y rendit et avec l’inconscience de son âge lui donna une passe de pecho et une naturelle sans bouger. Un an après (1893), il se rendit au Portugal avec son frère José de quatre ans son aîné. Ils rejoignirent Lisbonne clandestinement en train, cachés sous les sièges en bois. Dans cette ville, Manuel obtint son tout premier contrat (12.000 réaux, qu’il donna très fier à sa mère dès son retour). Il toréa 17 becerradas avant de regagner l’Espagne.

Manolo connaissait désormais on ne peut mieux le maniement du capote, puisque dès son arrivée à Séville, haut lieu de l’élevage du toro de combat, il partait toréer aux enclos de Tablada. En 1895, il se rend aux Açores et y torée six becerradas. A son retour, il forme avec Revertito la « cuadrilla de niños sevillanos ». Le rêve de Manuel est de toréer à Madrid, mais le gouverneur s’y oppose. L’intervention de Ramon Gasset est décisive et finalement le garçon parvient à se faire annoncer dans la capitale lors d’un spectacle mixte le 18 décembre 1898. Manuel devait estoquer deux becerros, au final il tua deux novillos de plus et se montra à son avantage. Il vint toréer en France en 1900, plus précisément à Nice où Félix Robert avait une placita. Engagé pour six corridas, il n’en toréa que la moitié, résultant gravement blessé à la troisième. Manuel se présenta avec picadors pour la première fois le 30 mars 1902 à Badajoz et coupa une oreille. Avec pas mal de difficultés, il parvint à se faire admettre au cartel à Madrid. Le 8 mars 1903, aux côtés de Regaterin et Mazzantinito, il affronta des novillos d’Arribas qui prirent 27 piques et éventrèrent 9 chevaux. La critique encensa la valeur et l’art de Manuel.

Pendant les deux temporadas qui suivirent, Antonio parvint au sommet de l’escalafón des novilleros, mais il reçut aussi le premier grave coup de corne par un animal de Villamarta (élevage qu’il connaissait bien), toujours aux anciennes arènes de Madrid.

A 20 ans, il triomphe un peu partout : Lisbonne, Madrid, Valencia, Bilbao…etc. On dit qu’à Barcelona, on affichait le « no hay billetés » et qu’il est même arrivé que la Guardia Civil doive faire rentrer brutalement dans l’ordre des personnes qui désiraient forcer les grilles faute de places (cela se passait aux anciennes arènes d’El Torín à la Barceloneta, plaza fermée définitivement en 1923, et démolies en 1944). N’oublions pas que Manolo n’était encore qu’un novillero, mais déjà un prodige, considéré comme un maestro…!.

 La consécration.

Manuel se doctora le 14 octobre 1905 au cours de la Feria del Pilar de Zaragoza. El Algabeño, son parrain d’alternative, lui dit simplement lors de l’échange des trastos : « Manolito, suerte y sigue siendo un buen hijo…!. » (Manolito, bonne chance, et reste un bon garçon…!). Pour mémoire, le témoin était Lagartijo Chico, et le toro de la cérémonie « Huidor » de la ganaderia des Herederos de Benjumea auquel il coupa une oreille. Ce jour-là, son père l’avait chargé de deux missions : la première était de déposer mille pesetas au pied de La Vierge avant la corrida ; la seconde étant de dépenser la même somme dans un jeu de hasard. Manuel accomplit les deux et gagna. Il répartit une partie de la somme entre les membres de sa cuadrilla et Dépensa le reste au Casino, avec son copain Emilio dit « La pequeña bomba ».

Cinq mois plus tard, le 14 mars 1906, le même Algabeño lui confirma l’alternative (à Madrid bien entendu), en lui cédant le toro « Javato » de Miura.

Après le décès de son père courant 1908, Manolo alla toréer à Madrid, et pour porter le deuil, s’habilla de soie noire, avec brodreries couleur lignite noir brillant ou jais. Il triompha. Après ce vif succés, il embarqua pour le Mexique, et dans la capitale aztèque, foula le sable de la plaza à six reprises pour la modique somme de 60.000 pesetas.

Le crépuscule, et la fin d’une carrière.

El Papa Negro toréant dans un festival à Arganda del Rey

1910. Manolo était au zénith de son art. Il toréa à Madrid les 2, 26 et 29 mai avec des succès qui surprirent et enflammèrent l’aficion de la capitale. Suite à la corrida du 29, débordant d’enthousiasme, Don Modesto, le célèbre critique du journan « Le Libéral de Madrid », le proclama « Papa Negro del Toreo », l’appellation « negro » faisant référence au costume du torero. Le 10 juillet suivant, Manuel décida de s’enfermer seul en plaza de Madrid avec six toros du Comte de Trespalacios. L’histoire raconte que Manolo était allé voir ses toros au campo, fait assez rare pour être souligné, car un torero ne va que très rarement voir ses adversaires avant un combat. Dès le premier coup d’oeil, il remarqua un bicho gris portant le chiffre 13 sur le flanc droit. « Viajero », c’était son nom, combla de satisfaction Manuel, mais pas l’empresa qui trouva que le cornu avait une face de raseur ou de casse-pieds, pour ne pas dire d’emmerdeur (cara de guasa), et non une tête de grand voyageur, comme le signalait son patronyme. El Papa Negro était tellement ravi que le matin de la course il demanda d’assister à l’office, pas très loin de son hôtel Ultramar. Ensuite il indiqua en plaisantant à un revistero, qu’il sortirait en triomphe ou sur un brancard, puis rajouta : « Esta tarde, voy a hacer un paso, y si yo salido bien, la va a revolucionar la tauromaquia » (Cette après-midi, je vais faire une passe, et si je la réussis, elle va révolutionner la tauromachie). Le critique taurin El Caballero Audaz ne comprit pas si le maestro le raillait ou non. A son peon de confiance, dit « Le poète », toujours sur le même ton, il rajouta : « El poeta, prepara la pommada » (pas besoin de traduire). On vit le vit entrer dans l’arène dans un traje de luces grenat et or. Tout se passa très bien jusqu’au troisième animal. « Viajero » parut, reçut sept piques et sept quites différents, envoyant par la même occasion huit chevaux de picadores ad patres. Après brindis au public sous les acclamations, Manolo entama sa faena et amena le bicho au centre du ruedo.

Face au tendido cinq, le diestro dessine une statuaire ou plutôt une naturelle haute aidée. « Viajero » dédaignesoudain la muleta, et sa corne vient fouiller le haut de la cuisse gauche du torero jusqu’à l’aine, provoquant section de la saphène et du nerf sciatique.

L’amputation fut sérieusement envisagée lors de l’hospitalisation, mais Manolo (opéré à vif, dit-on) refusa catégoriquement la mutilation, présentant un revolver au chirurgien. Anecdote un peu farfelue !

A sa guérison, Manolo effectua à pied le pélerinage entre Sevilla et son village natal, Bienvenida, distant de 121 kilomètres, et offrit une jambe en argent à la Virgen de Los Milagros. Cette jambe fut, dit-on, par la suite fondue et incorporée dans la porte du tabernacle de l’église.

Cette saison 1910, il dut renoncer à un peu plus de soixante contrats déjà signés.

Cet évènement fit de lui un tout autre homme, très atteint, diminué physiquement, et qui dut ralentir considérablement ses actuacións (contrats).

Affaibli moralement, il recommença à toréer en 1911, mais avec peu de contrats. Courant 1917, Manolo partit pour l’Amérique du Sud, et n’en revint officiellement que sept années plus tard, le 9 septembre 1924, pour essayer de se faire à nouveau accepter par ce milieu qui ne pardonne rien.

La rumeur dit que, pour toréer, il proposait aux spectateurs de les rembourser s’ils n’étaient pas satisfaits de ses prestations. Entre-temps, en Amériques, il effectua bien des métiers, de petit entrepreneur à explorateur, en passant par aviateur, et chercheur de pétrole.

Pendant cette période, il toréa parfois à Mexico. Lors d’un paseo, il demanda au torero aztèque de Guanajuato, Juan Silveti Mañón (1893, certains donnent 1891/1956) d’avancer plus lentement, car il ne pouvait le suivre, séquelle de sa grave blessure.

Dégoûté par une pléiade de toreros tels que Guerrita entre autres, qui avaient soif de triomphes et de couronnement, il se sentait piteux et supportait assez mal ses quarante printemps. Il décida donc de se retirer définitivement des arènes. En ce 9 septembre 1924, en plaza de Bélmez (Cordóba), il se fit couper la coleta par Manuel ou Manolo Belmonte (ne pas confondre avec Juan Belmonte). Le bétail était de Pérez de la Concha. Manuel prendra ses quartiers de retraite à Madrid, dans le barrio, calle du Général Mola – 3 – Principe de Vergara, et l’on constatera son décès en 1964 le 4 octobre à l’âge de 80 ans.

Conclusion.

Avec son père banderillero, Manuel est à l’origine de toute une dynastie Bienvenida.

L’histoire ne nous indique pas si Manolo eut des filles mariées à des toreros, mais ce qui est certain est que Bienvenida II sera le père de six garçons dont cinq reçurent l’alternative : Manolo, Pepe, Antonio, Angel-Luis, et Juan, Rafael le 3ème garçon dans la dynastie, comme déjà indiqué, n’y parvint pas, puisqu’assassiné très jeune.

Quand l’on reprend plus en détail toute la lignée de cette famille, on peut avancer le fait que cette grande maisonnée s’est éteinte avec Antonio le 16 octobre 1966 en plaza de Madrid. Son frère Pepe était l’un des banderilleros d’Antonio, et c’est lui qui lui coupa la coleta.

Pour l’anecdote, Antonio lança les deux oreilles du cinquième bicho à ses deux fils : Manolito et Antonio en lançant à la cantonade : «Mis hijos no serán nunca toreros…!. » (Mes fils ne seront jamais toreros… ! ).

Si sur son chemin ne s’était pas trouvée cette corne meurtrière, Bienvenida aurait pu être l’une des plus grandes Figuras del toreo de ce début de siècle.

Les commentaires sont fermés.